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15/12/2018 06:00 EST | Actualisé 15/12/2018 06:00 EST

Peut-on ralentir le vieillissement?

Faudra-t-il se restreindre à manger deux fois moins et à dormir deux fois plus pour atteindre les 125 ans?

Près des trois quarts des facteurs qui nous feront vivre plus longtemps et en meilleure santé sont sous notre contrôle individuel.
AleksandarNakic via Getty Images
Près des trois quarts des facteurs qui nous feront vivre plus longtemps et en meilleure santé sont sous notre contrôle individuel.

Au niveau biologique, il existe une raison fondamentale qui justifie le vieillissement et la mort: elle s'appelle l'adaptation. Toute espèce qui veut survivre doit conserver son pouvoir d'adaptation, c'est-à-dire la capacité qu'elle a de pouvoir évoluer dans un environnement qui change. La clé de ce pouvoir d'adaptation réside dans la diversification.

Supposons une espèce animale qui ne serait capable que de digérer des bananes, par exemple. Dès qu'il n'y aura plus de bananes disponibles, cette espèce disparaîtra. Or, pour se diversifier le plus efficacement possible, il faut que les individus faisant partie de l'espèce se renouvellent régulièrement, d'où le cycle obligatoire de naissance – reproduction – décès. Cela est vrai pour tout ce qui vit, de la plus petite cellule à la plus grosse baleine.

L'être humain a atteint un très haut niveau d'adaptation. Il peut vivre sous pratiquement tous les climats sur Terre, de l'Arctique aux tropiques, et dans toutes les latitudes.

La vie éternelle

L'élixir de la vie éternelle n'est donc pas pour demain. Cela ne semble pas faire partie des voies de l'évolution. Mais maintenant que nous savons le pourquoi, essayons d'en déterminer le comment. Car s'il est inévitable de mourir et de vieillir, autant que ce soit le plus tard et le «mieux» possible.

Pour être en mesure de semer les graines d'un vieillissement en bonne santé, il convient d'en examiner les causes physiologiques.

À ce sujet, plusieurs théories ont été élaborées. Il s'agit bien de théories pour l'instant, puisque les causes réelles demeurent encore inconnues. Toutefois, les pistes se précisent, comme nous le verrons ici.

Longévité versus espérance de vie

Lorsqu'on examine les diverses statistiques, nous devons bien comprendre la différence entre ces deux concepts que sont la longévité et l'espérance de vie. La longévité représente la longueur de la durée de la vie. Par exemple, l'être humain qui détient le record de longévité prouvée est une Française, Jeanne-Louise Calment décédée en 1997 à l'âge de 122 ans et 5 mois.

L'espérance de vie est une moyenne de l'âge des décès à une date donnée selon les estimations prévisibles. Ainsi, un homme qui naissait en 1900 pouvait espérer vivre jusqu'à l'âge de 50 ans, selon les statistiques de l'époque. Un homme qui naissait en l'an 2000 verrait son espérance de vie portée à 78 ans.

L'idée généralement admise que la limite d'âge maximale serait de 125 ans semble justifiée, à moins que nous devenions capables de modifier le code génétique des humains, ce qui, du moins pour l'instant, semble tout aussi présomptueux que dangereux et éthiquement indéfendable.

Génétique versus environnement

Les spécialistes s'accordent à dire que les facteurs génétiques comptent pour environ 30% dans l'espérance de vie d'un individu. C'est donc dire que l'âge qu'il atteindra dépend à 70% sur son environnement, son alimentation, son mode de vie, sa prudence au volant de son véhicule automobile, etc.

Notre bagage héréditaire ne nous condamne pas à mourir au même âge que nos parents.

Il s'agit en soi d'une excellente nouvelle pour tous. Notre bagage héréditaire ne nous condamne pas à mourir au même âge que nos parents. Près des trois quarts des facteurs qui nous feront vivre plus longtemps et en meilleure santé sont sous notre contrôle individuel.

Usure, génétique ou énergie

La première théorie qui fit son apparition découlait de la logique mécanique. L'expérience humaine avait toujours constaté que l'usure de tout ce qui l'entourait se manifestait avec le temps. De là l'idée que les organes du corps humain s'usaient aussi avec l'âge, ce qui, en soi, n'était pas faux.

Si de fait les organes s'usent, c'est d'abord et avant tout parce que les cellules qui constituent ces organes deviennent inefficaces.

C'était l'époque des romans et des films de science-fiction dans lesquels on espérait trouver le secret de la vie éternelle en remplaçant les organes malades par d'autres en santé. Ainsi naquit au début du siècle dernier un certain Frankenstein.

Le ver rond

Le ver rond est un invertébré qui a la curieuse habitude de se transformer en cocon quand un stress environnemental menace son existence, comme un gel intense ou une chaleur extrême. Le ver peut rester sous sa forme chrysalide très longtemps, sans ne sembler vieillir (état anti-âge).

Une fois l'élément stressant disparu, notre ver reprend sa forme, vieillit normalement et meurt. Le secret de la fontaine de jeunesse réside-t-il dans le code génétique de ce ver rond?

Vers les années 1990, la biologie moléculaire (science qui étudie les gènes et leur formation) a fait d'immenses progrès si bien qu'il fut possible d'identifier deux gènes responsables de l'état anti-âge de notre ver.

Et le rat dormeur

C'est alors que l'idée d'économie d'énergie survint. Et si chaque cellule avait un capital d'énergie qu'elle peut utiliser tout au long de sa vie? Si elle utilise très vite ce capital, elle meurt plus tôt, si elle l'utilise plus lentement, elle vit plus longtemps.

Faudra-t-il se restreindre à manger deux fois moins et à dormir deux fois plus pour atteindre les 125 ans?

C'est ici qu'arrive notre rat dormeur. Pour vérifier l'hypothèse, on prit un groupe de rat que l'on fit vivre au ralenti en leur donnant moins de nourriture et en les restreignant dans leur mouvement (petite cage, sans stress de température, etc.). Les rats dont le métabolisme avait été ralenti ont vécu de 30% à 50% plus longtemps qu'un groupe témoin alimenté normalement. Les découvertes concernant le ver rond allaient dans le même sens, mais sous un autre angle.

En réduisant le nombre de récepteurs d'insuline, moins de glucose entrait dans la cellule et moins de fabrication d'énergie en découlait. Donc ici aussi, économie d'énergie. Faudra-t-il se restreindre à manger deux fois moins et à dormir deux fois plus pour atteindre les 125 ans?

En résumé

Ce court et bien sûr très incomplet voyage au sein de la cellule nous ouvre cependant bien des pistes que les spécialistes anti-âge vont explorer avec avidité.

Déjà nous nous rendons compte que la tendance à l'embonpoint (si ce n'est à l'obésité) n'est pas de bon augure si on désire vivre plus longtemps et mieux. Il faudra agir et vite, sinon l'accès aux soins de santé sera encore pire, tellement il y aura de complications de santé reliées à l'obésité comme les problèmes cardiovasculaires et le diabète, pour ne souligner que ceux-là1.


Références:

1 Tiré du livre de Christian Fortin et Jacques Beaulieu, À la poursuite de l'éternelle jeunesse, Éditions Publistar, Janvier 2006

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