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02/03/2019 06:00 EST | Actualisé 13/05/2019 16:00 EDT

Traiter le cancer autrement

De récentes percées nous permettent d'imaginer que des vaccins contre les cancers pourraient bientôt voir le jour et nous guérir.

STEVE GSCHMEISSNER/SCIENCE PHOTO LIBRARY via Getty Images
Lorsqu'une cellule devient cancéreuse, elle accumule des altérations dans son ADN qui, traduites en protéines, vont pouvoir générer ces fameux fragments anormaux que l'on appelle aussi antigènes spécifiques aux tumeurs.

Autour des années 1950, lorsqu'un individu était atteint d'un cancer, l'espérance de vie dépassait rarement les six mois. À cette époque, la première approche thérapeutique était la chirurgie. Il s'agissait d'enlever la tumeur en essayant de ne pas oublier une seule cellule cancéreuse. Le cancer avait alors tendance à récidiver.

Puis, il y a eu les débuts de la chimiothérapie. Certains cancers, celui du sein par exemple, semblaient être liés aux hormones. On pensa donc à l'hormonothérapie. Graduellement, on observait que même si certaines personnes réagissaient positivement à cette thérapie, chez d'autres, elle n'apportait aucun résultat.

Et si c'était à la surface des cellules que se trouvait la solution? Lentement, au fil de l'évolution de la médecine, nous sommes donc passés d'une masse cancéreuse, à des cellules cancéreuses pour finir par cibler des protéines à la surface des cellules.

Parallèlement, les essors en génétiques se sont multipliés et la double hélice d'ADN a révélé de plus en plus de secrets. Puis, vint l'idée audacieuse de créer des traitements individualisés qui pourraient traiter les cancers de chaque individu.

L'Institut de recherche en cancérologie et en immunologie (IRIC) de l'Université de Montréal a peut-être démystifié le mystère de certains cancers.

En entrevue avec mesdames Céline Laumont, étudiante au Ph. D. à l'IRIC et Krystel Vincent, agente de recherche dans cette même institution, j'ai appris que le laboratoire du Dr Claude Perreault, chercheur principal à l'IRIC, travaillait sur un projet de recherche visant à mettre en place une forme d'immunothérapie se situant à la croisée de l'universel et du personnalisable.

Depuis longtemps, les chercheurs savent que le système immunitaire peut éliminer les cellules infectées ou cancéreuses en reconnaissant, à leur surface, de petits fragments de protéines anormales.

Lorsqu'une cellule devient cancéreuse, elle accumule des altérations dans son ADN qui, traduites en protéines, vont pouvoir générer ces fameux fragments anormaux que l'on appelle aussi antigènes spécifiques aux tumeurs.

Jusqu'à présent, plusieurs chercheurs ont essayé d'identifier ces antigènes en se concentrant sur le 2% de notre ADN, dit codant, responsable de la production des protéines. Malheureusement, en plus d'être rares, les antigènes identifiés sont uniques à chaque échantillon tumoral analysé.

Pour élargir le spectre de recherche des antigènes, l'équipe du Dr Perreault a donc fait le pari d'y inclure les 98% restants de l'ADN que l'on nomme ADN non codant ou encore, de façon plus imagée, ADN poubelle (en anglais: junk DNA), et dont le rôle reste peu connu. L'idée a porté fruit.

Aujourd'hui l'équipe a pu démontrer que la majorité des antigènes identifiés venaient dudit ADN poubelle et qu'ils avaient le potentiel d'être partagés par plusieurs patients atteints d'un même type de cancer. Ainsi, cela voudrait dire que si l'on considère 100 personnes atteintes du même type de cancer, au lieu de développer 100 traitements efficaces — soit un pour chacune de ces personnes —, les résultats préliminaires émanant de cette recherche suggèrent qu'un seul traitement pourrait bénéficier à tous ces patients.

En d'autres mots, le docteur Claude Perreault et son équipe ont véritablement fait le premier pas nécessaire au développement d'un traitement semi-universel contre le cancer. Pour aller de l'avant, il leur a ensuite fallu démontrer l'efficacité thérapeutique de ces antigènes.

Augmenter les réponses antitumorales grâce à la vaccination permet aux cellules immunitaires de mieux détecter et éliminer les cellules cancéreuses.

Pour ce faire, ils ont utilisé un modèle animal dans lequel ils ont pu observer que vacciner un sujet contre un antigène provenant de l'ADN poubelle permettait de le guérir de son cancer. Ainsi, augmenter les réponses antitumorales grâce à la vaccination permet aux cellules immunitaires de mieux détecter et éliminer les cellules cancéreuses. De là l'idée de développer un vaccin contre le cancer chez l'humain en utilisant les antigènes produits par l'ADN poubelle.

Deux types de vaccins thérapeutiques contre le cancer

Il existe en réalité deux types de vaccins: les vaccins préventifs comme ceux que l'on reçoit pour prévenir une maladie (par exemple les vaccins contre la rougeole, la grippe, la coqueluche, etc.) et les vaccins curatifs (par exemple le vaccin contre la rage), lesquels sont administrés pour guérir d'une maladie. Ce serait donc le même principe pour les vaccins anticancéreux. Le but ne sera donc pas de prévenir le cancer, mais bien de le guérir chez une personne qui en souffre.

Ces récentes percées nous permettent d'imaginer que des vaccins contre les cancers pourraient bientôt voir le jour à la seule condition d'avoir des antigènes à cibler.

Pour l'instant, le laboratoire du docteur Perreault a été en mesure d'en identifier sur des échantillons de cancers du poumon et de leucémies. L'équipe reste optimiste quant à l'identification de ces antigènes sur tous les types de cancers.

À ces fins, des collaborations s'établissent avec d'autres grands acteurs du milieu comme des centres hospitaliers universitaires et des compagnies pharmaceutiques comme AbbVie, qui participent à ces recherches, en ciblant un type précis de cancer, soit dans ce cas-ci la leucémie myéloïde aiguë (LMA).

C'est donc dire que nous ne sommes pas si loin du développement de vaccins thérapeutiques contre les cancers. Puisqu'il n'existe pas un cancer, mais bien une multitude de formes de cancers.

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