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26/01/2019 06:00 EST | Actualisé 13/05/2019 15:49 EDT

Mais qui pense au patient?

Les programmes de soutien aux patients ouvrent cet accès à des médicaments que ni le patient, ni les assureurs et ni l'État n'ont les moyens seuls de s'offrir.

boonchai wedmakawand via Getty Images
Où est le patient dans cet univers pourtant initialement conçu pour lui?

Bien sûr, la santé est un enjeu majeur. Particulièrement au début de cette année, où tous ont donné et reçu des vœux de bonne santé pour 2019 qui commence. Mais j'ai bien peur que pour les onze prochains mois, parmi tous les enjeux de santé, l'intérêt du patient semble ne pas toujours peser bien lourd dans l'ensemble des problématiques reliées à la santé et au titanesque système de santé.

Les méchants loups

Le débat consiste trop souvent à trouver les loups les plus méchants sur qui jeter notre hargne. Sont-ce les médecins aux salaires présumément exorbitants? Sont-ce les gestionnaires trop nombreux et insuffisamment productifs? Est-ce le personnel infirmier, toujours en train de se plaindre d'être à bout de souffle?

Peut-on aussi blâmer les pharmaciens, maintenant que l'on peut constater sur chacune de nos factures leurs honoraires professionnels? Peut-être devrions-nous regarder du côté des pharmaceutiques avec leurs programmes de fidélisation ou encore avec leurs programmes de soutien aux patients? Ou encore est-ce la ministre elle-même qui croule sous la complexité du système?

Ces questions semblent toutes légitimes, mais où est le patient dans cet univers pourtant initialement conçu pour lui?

Qui pense à lui, à ses besoins et à ses craintes? Car lorsque l'on est malade, tout ce que nous voulons, c'est d'être soignés. Que ce soit le médecin spécialiste, le médecin de famille, la super infirmière, le pharmacien ou encore une compagnie pharmaceutique qui m'offre un soutien, pourvu que je reçoive les bons soins au bon moment, je suis un patient heureux. En somme, au lieu de chercher les méchants loups, examinons ce qui pourrait aider le patient!

Les programmes de soutien aux patients (PSP)

Force est d'admettre que notre régime général d'assurances médicaments fonctionne quand même assez bien. La plupart des médicaments sont facilement disponibles, à un coût abordable et sans besoin particulier de soutien.

Par exemple, prendre une pilule pour aider à contrôler sa tension artérielle est à la portée de tous. Mais certains médicaments coûtent plus cher ou encore doivent être injectés ou administrés sous surveillance médicale. C'est largement pour ces cas que les PSP ont été créés.

Aider à assumer les coûts

Sur des milliers de molécules étudiées, une seule molécule donnera naissance à un médicament. Et une fois ce médicament trouvé, il faudra encore plusieurs années avant qu'il n'ait traversé toutes les étapes de la recherche clinique et des évaluations administratives de Santé Canada et des autorités provinciales (INESSS et MSSS au Québec) pour se retrouver finalement disponible aux patients.

C'était vrai pour les molécules chimiques et c'est encore plus vrai pour les médicaments biologiques, qui généralement coûtent plus cher et sont plus complexes à administrer.

Les compagnies pharmaceutiques négocient à certains endroits avec des assureurs privés et à d'autres endroits avec divers gouvernements pour en arriver à offrir, aux uns comme aux autres, un prix qui tient mieux compte de la capacité de payer des payeurs (L'État pour l'assurance publique de la RAMQ, et les employés et employeurs pour les assurances privées).

Mais les ententes négociées n'affectent pas la portion du prix du médicament que le patient doit assumer (sa coassurance et sa franchise) pour avoir accès à son traitement. Par conséquent, bien des compagnies pharmaceutiques sont appelées à offrir, à travers des programmes, une compensation financière essentielle pour que le patient en situation de précarité financière puisse avoir accès à ses médicaments.

Offrir des endroits où certains médicaments doivent être administrés

Comme souligné précédemment, certains médicaments doivent être injectés. Dans certains cas, comme pour l'insuline, l'injection est sous-cutanée et le patient a besoin d'un support initial pour apprendre comment s'auto-injecter son insuline, après il peut le faire lui-même.

Dans d'autres cas, le médicament doit être injecté directement dans une veine, ce qui exige la présence d'un professionnel (médecin ou personnel infirmier qualifié). Et dans d'autres cas encore, le patient doit être monitoré et demeurer en observation médicale avant durant et pour une période plus ou moins longue après la prise du médicament.

Quel que soit le motif, le patient est celui qui a le besoin.

Donc que ce soit pour des raisons financières ou pour des raisons médicales, le patient bénéficie de ces services et si, pour des motifs idéologiques, ces programmes sont remis en question, le seul perdant en fin de compte sera le patient.

Mais que sont ces PSP

En réalité, les PSP commencent là où les services assurés ne peuvent intervenir, encore ici, soit pour des raisons financières ou médicales. Par exemple, si un nouveau médicament n'est pas couvert par l'assurance médicament ou n'est que partiellement couvert par un assureur privé, certaines compagnies pharmaceutiques pourront dans des cas bien précis combler la différence et offrir le médicament au patient.

Certains de ces programmes ont pour but de laisser le choix au patient de conserver leur médicament d'origine, le programme paie alors la différence entre les deux versions. D'autres programmes permettront aux patients d'avoir accès à des médicaments plus onéreux, d'autres encore fourniront en plus les services d'injection ou d'accompagnement lors de leurs traitements.

Les PSP répondent donc à deux impératifs: l'un, humanitaire et l'autre, clinique. Le but humanitaire est atteint en facilitant l'accès à un médicament, tant sur le plan financier que dans la dispensation des soins.

Comme souligné précédemment, certaines personnes ne peuvent avoir accès à ces médicaments tant pour des raisons financières que par manque de ressources du système de santé pour l'administration d'un médicament. L'objectif clinique repose sur le fait que lorsque le patient est en situation de précarité financière ou lorsque les injections (dans le cas des médicaments injectables) sont difficiles à obtenir, bien des patients sont tentés d'arrêter leurs traitements, ce qui aura des effets cliniques négatifs sur leur santé.

Les programmes de soutien aux patients ouvrent cet accès à des médicaments que ni le patient, ni les assureurs et ni l'État n'ont les moyens seuls de s'offrir. Alors, avant de jeter la pierre à qui que ce soit, ou de limiter indûment la possibilité d'avoir accès à des PSP, tentons de bien identifier qui nous devrions aider.

C'est en réunissant les efforts de tous: l'industrie pharmaceutique, les assureurs, les gouvernements et les patients, que nous réussirons à vivre en meilleure santé. Parce que lorsque par malheur, la santé nous quitte, nous avons besoin du bon médicament au bon moment. Dommage que parfois nous devons tomber malades pour le comprendre.

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