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19/05/2018 08:00 EDT | Actualisé 19/05/2018 08:00 EDT

Suralimentation, sédentarité et obésité: un cocktail mortel

Qu'est-ce qui a donc changé tant pour qu'on doive surveiller, peser et contrôler tout ce qui se retrouve dorénavant dans l'assiette?

Getty Images/Westend61

« Si tu maries cette fille-là mon fils, tu vas le regretter. Elle est bien trop maigre et elle va toujours être malade. » Voilà un conseil que prodiguaient les mères à leurs fils dans les années 1950 et avant. À cette époque, une certaine corpulence comme on l'appelait alors était un gage de meilleure santé. Un demi-siècle plus tard, c'est tout l'inverse. Qu'est-ce qui a donc changé tant pour qu'on doive surveiller, peser et contrôler tout ce qui se retrouve dorénavant dans l'assiette? En réalité, bien des choses ont changé, à commencer par les aliments eux-mêmes.

L'ère du tout cuit

Dans les années 1950, la grande majorité de ce qui se retrouvait dans l'assiette avait été préparée à la maison. L'objectif de la reine du foyer, comme on l'appelait, était double : bien nourrir ses enfants pour qu'ils puissent grandir et ne pas être malade. Il faut se rappeler qu'à l'époque, les parents devaient payer les médecins, l'assurance-maladie n'existait pas. Le deuxième objectif était d'alimenter toute sa maisonnée au plus bas prix possible. Or ce qui coûtait le plus cher était les aliments préparés, les sucres, le beurre et les viandes. On n'avait recours à ces aliments que le plus rarement possible. Dans un bouilli qui mijotait toute la journée sur le poêle, il y avait beaucoup plus de navets, de pommes de terre, de choux et de carottes que de viande. Cette nourriture était donc moins grasse, moins sucrée et mieux équilibrée que ce qu'on risque de retrouver sur notre table aujourd'hui. Car maintenant, la tendance s'est inversée. On n'a jamais tant mangé dans les restaurants, certains y mangent leurs trois repas par jour, et lorsqu'on dîne à la maison, les plats pré-usinés, surgelés et prêts à servir encombrent les tablettes de nos garde-mangers et réfrigérateurs. Il est bien difficile de savoir combien ce beau gâteau acheté à la pâtisserie fine du coin renferme de sucre et de graisse. De toute façon, lorsqu'on devait confectionner nous-mêmes des desserts, après tout le trouble qu'on se donnait, on s'arrangeait pour qu'ils durent plus longtemps. On servait des petites portions.

L'ère de l'inactivité

Autre changement radical, celui de l'activité physique. Juste par mesure de comparaison, avant de manger une tranche de pain, il avait fallu mélanger farine, eau et autres ingrédients et les malaxer. Puis on pétrissait la pâte. Si vous n'avez jamais tenté l'expérience, l'essai vous démontrerait qu'il fallait dépenser un effort musculaire important pour y parvenir. Finalement, on chauffait le poêle à bois au maximum, habituellement aux petits matins pour faire cuire la fournée. Beaucoup d'énergie à dépenser pour une tranche de pain par repas... En fait, avant les années 1950, presque rien ne se faisait sans dépenser de l'énergie physique. Couper du bois, chauffer le poêle, etc. Bien sûr, aujourd'hui pratiquement tout peut se faire à partir de la maison et lorsqu'on en sort, c'est pour s'asseoir dans un véhicule qui nous amènera ailleurs où on pourra aussi s'écraser dans un fauteuil.

Surprise: tout le monde est gros

Des aliments plus riches en graisse et en sucre consommés en plus grande quantité représentent un accroissement phénoménal des calories que l'on peut ingurgiter en un jour. On ajoute à cela, une tendance soutenue vers la sédentarité, donc moins de dépenses en calories et on ne peut pas se surprendre d'engraisser. Si vous dépensez 1500 kilocalories par jour pour maintenir votre organisme en vie et si vous ingurgitez par votre alimentation 1800 kilocalories, le calcul est fort simple, vous mettrez en réserve 300 calories par jour sous forme de graisse (l'équivalent d'une cuillère à table de beurre). Si vous maintenez ce surplus quotidien pendant un an, vous aurez gagné 10 kilos. Une seule boisson gazeuse ou une tablette de chocolat équivaut à environ 350 kilocalories. En d'autres termes, si à 18 heures vous avez habituellement consommé vos 1500 kcal, une seule de ces friandises par soir et vous êtes à peu près certains de peser 10 kilos de plus l'an prochain.

La clé du succès

«Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage», disait le fabuliste Jean de Lafontaine. Ici, cette maxime s'applique parfaitement. Il faut oublier les régimes qui vous promettent de perdre du poids rapidement, plus de 95% des gens qui les entreprennent perdent effectivement du poids, mais le reprennent encore plus vite. Vous avez mis souvent des dizaines d'années avant de vous retrouver avec un problème de poids. Vous ne vous êtes pas réveillés du jour au lendemain avec 30 kilos en trop. On doit donc procéder par de petits changements durables et progressifs. Par exemple, si vous ne cuisinez jamais de nourriture maison et que vous êtes plutôt du genre fast-food ou surgelés, commencez par vous imposer un soir par semaine de cuisine domestique. Une fois cette habitude acquise (plusieurs mois), le goût vous viendra d'augmenter graduellement vos repas maison et inversement diminuer les repas aux restaurants. La même attitude doit prévaloir au niveau des activités physiques. Combien d'abonnements au gymnase tombent en désuétude ? Les gens partent remplis de bonne volonté et après un mois ou deux, ils abandonnent. Vaut mieux chercher dans notre quotidien, de petits changements qui vont se transformer en habitudes de vie. On peut décider d'utiliser le transport en commun plutôt que l'automobile. Puis, un bon jour, on décide de débarquer du bus un arrêt avant le nôtre pour marcher un peu plus. C'est ainsi par petits gestes, on prend graduellement le goût de bouger. Sans même parler de poids, la fierté que l'on ressent lorsqu'on réussit à changer de mauvaises habitudes en bonnes est en soi une récompense. Fermer le téléviseur à l'heure des repas est un autre moyen simple de moins s'attarder devant son assiette. Combien d'autres petites choses simples vous est-il possible de changer sans douleur ? Un professeur de nutrition donnait ces sages conseils : n'allez pas faire votre épicerie, le ventre vide, car vous aurez tendance à acheter trop. Deuxième conseil : dans le magasin, dans la nourriture, achetez ce qui se trouve en périphérie, ce sont en général les fruits, les légumes et les produits laitiers. Les allées centrales sont surtout constituées d'aliments déjà préparés : biscuits, gâteaux, viandes et légumes en conserve, pâtes, etc.

De plus, vous réaliserez des économies. Un verre d'eau du robinet est de beaucoup supérieur à une boisson gazeuse pour la santé et coûte infiniment moins cher.