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16/03/2019 06:00 EDT | Actualisé 13/05/2019 16:00 EDT

Le stress a le dos large...

Avez-vous remarqué qu'on peut être reconnu coupable de son tabagisme, de sa sédentarité ou de son surpoids, mais qu'on est «victime» du stress?

PeopleImages via Getty Images
Il importe de voir quand et comment se présente le «bon stress» et surtout d'apprendre à le distinguer du mauvais stress, qui génère plutôt détresse et anxiété.

Il y a quelque temps, un homme décédait subitement d'une crise cardiaque à l'âge de 42 ans. Celui-ci avait occupé un poste important dans une grande entreprise. Dans les commentaires publics qui ont suivi la tragédie, celui qui revenait le plus souvent impliquait le stress comme cause probable de ses problèmes cardiaques.

D'une part, nul ne pouvait affirmer que cet homme ayant à gérer un énorme chiffre d'affaires n'avait pas connu de stress. D'autre part, personne ne souleva d'autres causes qui auraient pu contribuer à cette situation cardiaque désastreuse. Il aurait certainement été mal vu dans les circonstances de parler de son alimentation, de ses antécédents familiaux et d'autres éléments rattachés à son mode de vie.

Il convient donc de considérer les raisons expliquant pourquoi on a si facilement incriminé le stress comme étant la cause probable du décès et pourquoi on a tenu sous silence les autres facteurs de risque associés habituellement à ce type de maladie.

Le stress, cause de tous les maux?

Il est commun d'entendre parler du stress comme étant la cause de tous nos maux. «Je suis épuisé, j'ai trop de stress.», «Je souffre d'insomnie, j'ai trop de stress.» «Je fais un burn-out, j'ai eu trop de stress.», etc. Il faut dire qu'effectivement, le stress peut être en partie relié à plusieurs maladies.

Plusieurs recherches scientifiques vous confirmeront le rôle du stress dans l'hypertension artérielle, les maladies coronariennes et d'autres maladies cardiaques pour ne mentionner que les plus courantes.

Le stress peut donc avoir un rôle dans le développement de certaines maladies. D'autres facteurs de risque sont cependant aussi associés à ces mêmes maladies. Par exemple, si on parle des risques associés aux maladies cardiaques, on devrait entre autres parler des facteurs héréditaires, du mode de vie, du poids, etc.

En d'autres termes, un homme dans la cinquantaine qui fume, qui ne fait aucun exercice physique et qui pèse 10 kilos de plus que son poids santé pourrait fort avantageusement régler ces facteurs de risques, et ne pas s'en tenir à régler son stress.

Pourquoi donc cible-t-on alors le stress en premier lieu?

Le stress comme alibi

Si nous regardons de plus près l'exemple précédent de notre fumeur sédentaire et de ses risques de maladies cardiaques accrus. S'il s'avoue incapable d'arrêter de fumer, bien des gens de son entourage ne le féliciteront pas pour son excès de courage.

Dans les faits, plusieurs risqueront de lui reprocher tacitement son manque de volonté. Les mêmes conséquences sociales se produiront s'il ne réussit pas à perdre du poids ou s'il ne se met pas à l'exercice physique.

Qu'arriverait-il, s'il accuse plutôt le stress comme cause de ses ennuis cardiaques? Alors là, la situation peut s'inverser.

On peut être reconnu coupable de son tabagisme, de sa sédentarité ou de son surpoids, mais on est victime du stress.

La nuance pourra avoir des conséquences sur le plan social. Le stress apparaît ici comme un ennemi sournois, aussi inévitable qu'incontrôlable. Le «ce n'est pas ma faute. C'est le stress» donne parfois au stress une fonction d'alibi.

Il convient cependant de noter que, même si le stress n'est pas nécessairement la cause de tous les maux, il peut contribuer à potentialiser l'impact que certains problèmes pourront avoir sur notre santé physique et psychologique.

Un chercheur de l'université Harvard, le Dr Herbert Benson affirmait à cet égard dès 2003 que 80% de toutes les consultations médicales étaient liées au stress; voilà donc bien un ennemi que, même s'il n'est pas responsable de tous les maux, il faut prendre au sérieux.

Face à la réalité

Le stress n'est pas la cause de tous les maux et la solution ne consiste pas non plus à éradiquer tout stress. Une certaine dose est nécessaire pour notre bon fonctionnement et il pourra être vu comme du «bon stress», ou «eustress». Ce dernier est nécessaire pour nous permettre de bien performer et de régler efficacement les problèmes qui se posent à nous.

Il importe de voir quand et comment se présente le «bon stress» et surtout d'apprendre à le distinguer du mauvais stress qui génère plutôt détresse et anxiété. Il est nécessaire de différencier ces deux manifestations, pour pouvoir mieux contrôler le stress négatif et l'anxiété.


Ce texte est extrait du livre: Stress et anxiété, votre guide de survie, que j'ai eu le bonheur d'écrire avec le psychologue et professeur Claude Bélanger, éditions La Semaine (Claude Bélanger et Jacques Beaulieu, Stress et anxiété, votre guide de survie, Éditions La Semaine, 2008).

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