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17/05/2016 09:05 EDT | Actualisé 18/05/2017 05:12 EDT

Malade notre système de santé: les pro du statu quo

Dans la mouvance actuelle, il faut comprendre que bien des groupes ont avantage à bloquer toute tentative de modifier notre système de santé.

Dans la mouvance actuelle, il faut comprendre que bien des groupes ont avantage à bloquer toute tentative de modifier notre système de santé. Ces «pros» du statu quo vont toujours justifier leur contestation par la protection des patients en brandissant l'épouvantail de la perte de nos fameux acquis sociaux.

En réalité, quels sont ces acquis quand il était quasiment impossible de se trouver un médecin de famille et lorsque la seule porte d'entrée que nous offrait le système de santé était la salle d'urgence d'un hôpital. Et encore, pour pouvoir profiter de cet acquis extraordinaire, il fallait s'armer d'une patience à toute épreuve et attendre 14 à 18 heures en moyenne pour pouvoir être examiné par un médecin. Malheureusement, tous n'y parviennent pas.

Ainsi: «Environ 300 000 personnes ont quitté les salles d'urgence du Québec en 2014, sans avoir vu de médecin ni reçu de soins, démontrent les recherches effectuées par la Coalition avenir Québec (CAQ).». Mais il faut croire que d'avoir institué les urgences d'hôpitaux comme unique accès au système de santé et ces temps d'attente tout à fait inhumains sont réellement perçus par les grands penseurs de notre société comme un acquis social dont on ne saurait se passer.

Vous ne serez donc pas surpris d'apprendre que tout un groupe s'élève contre la nouvelle directive du ministère qui force les médecins de famille à compter au moins 500 patients en cabinet avant d'obtenir le droit de pratiquer dans une urgence d'un hôpital.

Cette mesure qui vise à déplacer les patients vers les cabinets plutôt que vers les urgences hospitalières pourrait améliorer le sort des patients qui ne seraient plus contraints à une dizaine d'heures d'attentes et plus, tout en libérant les urgences pour qu'elles puissent se concentrer sur les cas nécessitant leurs interventions. Mais les partisans du statu quo ne veulent pas priver tous ces malades et ces personnes âgées du droit d'aller s'entasser pendant une vingtaine d'heures dans une salle d'urgence de l'hôpital de leur choix. Quand on profite d'un tel acquis social, il n'est pas question de le laisser aller sous unique prétexte de changement et d'amélioration à l'accès aux médecins pour les patients.

Un autre acquis social: la «structurite» aiguë

Parmi tous les bienfaits dont a pu bénéficier notre système de santé depuis sa création dans les années 1960 jusqu'à nos jours, sont toutes ces merveilleuses structures qui sont devenues aussi nombreuses qu'indestructibles, du moins avant l'arrivée du dernier gouvernement.

Plusieurs nostalgiques pourront certes pleurer longtemps en considérant le haut niveau de structures administratives et bureaucratiques auquel nous étions parvenus. Bien sûr ces autres acquis sociaux dont nous avons si longtemps bénéficié ont aussi rapetissé.

Certains regretteront ces 182 conseils d'administration d'avant la réforme. Aujourd'hui, ils ne peuvent compter que sur une trentaine de CA. Mais il faut se souvenir que toutes ces structures administratives et bureaucratiques n'ont jamais traité un seul patient.

D'autres s'ennuieront du nombre de rapports annuels de gestion et d'états financiers vérifiés qui ont été dramatiquement réduits avec la réforme. Et d'autres enfin seront atterrés qu'on ait osé toucher au nombre faramineux de personnels non soignants œuvrant dans notre système de santé.

«Au Québec, pour une population de 8 millions d'habitants, le personnel non soignant totalise 100 389 employés alors que, pour une population de 9,4 millions d'habitants, la Suède en compte 36 460. Le nombre de fonctionnaires à notre ministère de la Santé est de 2 286, soit 685 cadres, professionnels et fonctionnaires directement au ministère de la Santé et 1 601 à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). La Suède, elle, s'organise avec 260 fonctionnaires, dont 4 postes de ministres, 20 postes politiques et 236 fonctionnaires. Grande différence. »

Ce qui revient à dire que parmi nos acquis sociaux, nous comptions 3 fois plus d'employés que la Suède, employés qui ne prodiguaient aucun soin aux malades. Quant au nombre de fonctionnaires au ministère de la Santé, il est près de 10 fois plus élevé qu'en Suède. L'actuelle réforme vise une diminution substantielle du nombre de postes-cadres supérieurs et du personnel administratif.

Les tenants du statu quo et la panique

Tout au long des 5 dernières décennies, notre système de santé s'est complexifié, j'oserais dire, à l'extrême. Associations, comités, regroupements et fédérations ont pullulé et se sont structurés et «surstructurés» à qui mieux mieux, multipliant les paliers et gonflant leurs effectifs.

Toutes ces entités en sont venues à un niveau de lourdeur et de règlementation si raffiné que toute modification exige des mesures titanesques pour risquer de s'avérer réalisable. Il serait certainement intéressant d'empiler tous les règlements et lois de ceux-ci pour ensuite mesurer la hauteur de l'édifice capable de contenir cet empilage.

Pour le public, ce monstre ressemble à une tour de Babel où chacun des intervenants a développé un langage technique trop sophistiqué pour être compris par les non-initiés que nous sommes. Et ainsi, dès qu'un changement est proposé, soyez assurés qu'il existe un règlement quelque part dans cette tour qui l'interdise. Et surtout nous assisterons alors à un tollé de protestation qui viendra mettre le bon peuple en garde contre le changement proposé.

On brandira, comme souligné, la perte des acquis sociaux. On fera ressurgir la menace d'une dérive vers le privé, omettant bien, comme je l'ai souligné dans un article précédent, de faire la différence entre le privé subventionné et le totalement privé. On soulignera à hauts cris les dangers d'aller trop vite dans une direction qu'aucune donnée scientifique n'appuie, en oubliant d'ajouter que la nouveauté a été la condition sine qua none de l'avancement des sciences et des populations. Et on oubliera surtout de vous informer que ces changements sont non seulement nécessaires, mais essentiels si on veut rendre viable et surtout efficace le système de santé.

Et la simplification

En 2012, j'avais signé un livre avec la collaboration des docteurs Alban Perrier et Robert Ouellet dont le titre était: Révolutionner les soins de santé, c'est possible (Éditions Trois-Pistoles, 2012). Il m'était alors paru évident qu'une simple évolution, comme proposent les tenants du statu quo, n'était pas suffisante, une révolution s'imposait. Il fallait simplifier le plus possible tout l'organigramme des soins de santé au Québec. Car en somme, de quoi avons-nous vraiment besoin pour assurer aux malades les traitements dont ils ont besoin? La réponse est pourtant très simple: nous avons besoin de personnels soignants responsables (et leurs syndicats qui les représentent auprès du gouvernement), d'un nombre d'administrateurs suffisant, d'un ministère effectuant la gestion nécessaire et d'un bureau des usagers qui représente les intérêts des patients auprès du ministère. Il semble donc y avoir encore de la place pour sabrer dans les structures, associations et regroupements de tout acabit.

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