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29/12/2018 06:00 EST | Actualisé 13/05/2019 15:47 EDT

Météo santé: rappel 2018 et prévisions 2019

La météo santé 2019 nous laisse entrevoir un ciel dégagé avec possibilité d'orages violents si on tentait de nous imposer un système pancanadien d'assurance-médicament.

CANADIAN PRESS/Jacques Boissinot
Espérons, en fin de cette année, qu'Ottawa fasse des choix pour protéger les Canadiens qui n'ont pas accès à une assurance médicaments tout en respectant ceux qui, comme le Québec, ont déjà réglé ce problème.

Si on avait à émettre un bulletin météorologique au sujet de notre système de santé, nous pourrions dire que l'ancien gouvernement nous avait habitués à un ciel généralement gris entrecoupé d'orages violents.

Durant le règne libéral, notre système de santé a été grandement changé et le plus souvent dans les heurts et la controverse. Il faut toutefois avouer qu'un changement s'imposait. Le système des agences de santé était dirigé par plus de 120 conseils d'administration, une véritable tour de Babel. Le Dr Barrette ramena ce chiffre à moins de 30. Cette hécatombe dans l'univers de la gestion en santé ne fit pas que des heureux, loin de là.

Après avoir réussi ce tour de force, il aurait fallu, comme je l'avais humblement suggéré, changer de façon de naviguer ou sinon de capitaine, mais ce ne fut pas le cas. Et comme l'avaient été les années 2014-2017, 2018 fut aussi marquée —du moins jusqu'aux élections —de conflits et de provocations entre les différents acteurs du milieu de la santé.

Éclaircies en vue

Trois éléments nous laissent espérer des jours plus beaux.

1- Le ton

L'arrivée du nouveau gouvernement a eu un effet apaisant. Le ton changeait, le mode de gestion aussi.

Il ne s'agirait plus d'un ministre de la Santé omnipuissant qui dirige avec un gant de fer, mais d'une ministre secondée par deux adjoints, l'un s'occupant de l'enfance et l'autre des aînés.

Cette approche ouvre la porte à la conciliation et à la résolution de problèmes non plus par de sempiternelles confrontations, mais dans l'harmonie et la discussion.

2- La décentralisation

Le futur s'annonce donc ici plus clément, d'autant plus qu'en période électorale, M. Legault a prononcé l'un des trois mots magiques: décentralisation.

La table avait été mise par le gouvernement précédent qui aurait pu profiter de la création des CISSS et CIUSSS pour transférer des pouvoirs aux régions. Chacun de ces organismes aurait ainsi pu se voir confier de plus grandes responsabilités pour gérer la santé dans sa propre région.

Mais plutôt que de décentraliser ainsi le système de santé, on en avait alors profité pour ramener tous les pouvoirs à Québec. Si M. Legault maintient le cap de la décentralisation des pouvoirs en santé, il pourra alors utiliser l'une des trois clés du succès d'un bon système de santé qui sont, rappelons-le: la dépolitisation, la décentralisation et la démocratisation.

Justement, concernant la démocratisation, il y a là aussi espoir d'une belle percée de soleil en vue.

3- La démocratisation

Voilà aussi un thème que j'ai claironné à répétition sur toutes les tribunes, tant dans mes blogues que lors de mes entrevues radiophoniques. Il faut non plus placer le patient au cœur du système, mais lui laisser une place à la tête du système, là où il pourra participer aux décisions.

Il pourra aussi s'assurer de provoquer ce qui ne semble pas exister au sein du MSSSQ: un bon service à la clientèle et la possibilité de servir de plateforme unique, tant au ministère pour informer les usagers qu'aux usagers pour s'adresser au ministère.

Plus haut, je faisais allusion à cette véritable tour de Babel qui existait avant la réforme Barrette en ce qui concerne l'administration de la santé. En matière de communication entre les usagers et le ministère, présentement la même situation prévaut.

Plus d'une trentaine d'organismes, de fédérations et d'associations s'occupent de la protection et des intérêts des patients. Y aurait-il moyen de penser à un guichet unique et vraiment efficace? Encore ici, il semble bien que l'espoir soit de mise.

En effet, au printemps 2018, un groupe de travail du MSSSQ dirigé par Éric Fournier de la Direction générale adjointe de l'évaluation et de la qualité et Sara Veilleux de la Direction de l'éthique et de la qualité ont déposé un rapport intitulé: Cadre de référence de l'approche du partenariat entre les usagers, leurs proches et les acteurs en santé et en services sociaux. En vulgarisant quelque peu le tout, je dirais que ce rapport étudie les enjeux, les tenants et aboutissants et le modus operandi d'un éventuel Bureau des usagers.

J'en reproduis d'ailleurs ici les conclusions:

«Le Cadre de référence de l'approche de partenariat entre les usagers, leurs proches et les acteurs en santé et en services sociaux vise à guider les usagers, les proches, les intervenants et les gestionnaires du réseau et les divers acteurs pour la mise en œuvre et la pérennisation de cette approche. En ce sens, il lance à tous une invitation à se mobiliser et à s'engager dans une approche de partenariat en contexte de soins et de services, d'organisation des soins et des services, et de gouvernance. Si le déploiement de l'approche exige un grand engagement de la part de l'ensemble des partenaires, particulièrement en contexte de soins et de services, les enjeux, qui sont d'améliorer la santé et le bien‐être des usagers et de leurs proches ainsi que la façon dont les relations se vivent entre êtres humains, en valent cependant la peine.»

Un vœu personnel: pour avoir, pendant tant d'années, prêché à cor et à cri la naissance du Bureau des usagers, j'espère y trouver une place lors de son élaboration et de sa mise en route.

Autres prévisions pour 2019

Si l'on tient compte des relations entre le MSSSQ et ses employés, de la volonté de décentraliser le système de santé et de créer un Bureau des usagers, on peut prévoir du beau temps pour l'année 2019.

Cependant, des nuages fort menaçants semblent nous venir de l'ouest.

Lors du dernier Forum de l'industrie de la santé de Québec, il fut amplement question d'un programme pancanadien d'assurance médicaments. Ce nouvel organisme, dont rêvent certains élus fédéraux, permettrait à tous les Canadiens de bénéficier d'une assurance médicaments publique.

Comme d'une part, il est difficile d'être contre la vertu et que, d'autre part, la tentation est forte en période électorale de faire des promesses, il se peut fort bien que le gouvernement fédéral fasse entrer cet éléphant dans la boutique de porcelaine.

Le gouvernement fédéral semble oublier que le Québec fut la première province à légiférer, afin que tous les Québécois sans exception soient couverts par une assurance médicaments, et ce depuis plus de 20 ans.

Comme le rappelait si justement l'économiste de renom Alain Dubuc dans sa présentation lors de ce Forum tenu à Québec en novembre dernier (12e Forum de l'industrie de la santé de Québec), le fédéral semble vouloir faire cavalier seul dans ce champ de compétence, qui est pourtant inscrit dans la constitution canadienne comme étant de juridiction provinciale. De plus, ce gouvernement semble oublier que le Québec fut la première province à légiférer, afin que tous les Québécois sans exception soient couverts par une assurance médicaments, et ce depuis plus de 20 ans.

Ici, nous avons la chance de jouir d'un régime d'assurance mixte (des assurances privées pour celles et ceux qui sont couverts par leurs employeurs et un régime d'assurance publique pour tous les autres), ce type de régime permet un meilleur accès aux médicaments tout en offrant une couverture à l'ensemble de la population.

Espérons, en fin de cette année, qu'Ottawa fasse des choix pour protéger les Canadiens qui n'ont pas accès à une assurance médicaments tout en respectant ceux qui, comme le Québec, ont déjà réglé ce problème.

Donc en résumé, la météo santé 2019 nous laisse entrevoir un ciel dégagé avec possibilité d'orages violents si on tentait de nous imposer un système pancanadien d'assurance médicaments.

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