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08/09/2018 06:00 EDT | Actualisé 08/09/2018 06:00 EDT

La santé en mode électoral: faux problèmes et poudre de Perlimpinpin

Cette ignorance du citoyen et du patient par notre système de santé est un vrai problème. Il faut croire qu'il est bien plus facile de régler les faux problèmes.

Le médecin n'est tout de même pas celui qui attribue tel budget à tel service ou décide de donner un bain ou deux dans les CHSLD ou encore celui qui vérifie le contenu des réfrigérateurs pour voir si les aliments sont expirés. Il n'est pas non plus celui qui décide des horaires d'ouverture des salles d'opération.
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Le médecin n'est tout de même pas celui qui attribue tel budget à tel service ou décide de donner un bain ou deux dans les CHSLD ou encore celui qui vérifie le contenu des réfrigérateurs pour voir si les aliments sont expirés. Il n'est pas non plus celui qui décide des horaires d'ouverture des salles d'opération.

Voilà les trois étapes pour risquer de gagner les élections en ce qui concerne la santé: créer un faux problème et faire croire qu'on le réglera, saupoudrer le tout de poudre de Perlimpinpin et continuer à ignorer le patient.

1) Créer un faux problème

À l'approche des élections, aucun des partis ne vous annoncera qu'il ne sait pas distinguer les vrais problèmes des faux, qui congestionnent notre système de santé. Mais pourtant depuis près de 30 ans, on s'acharne, dirait-on, à régler les faux problèmes.

Par exemple, dès le début des années 1990, le système de santé manquait d'accessibilité (eh oui, ce n'est pas tout à fait nouveau!). Le problème était que les patients avaient adopté les urgences des hôpitaux comme porte d'entrée dans le système de santé.

Au lieu d'identifier le problème et de miser sur les cliniques, le ministre d'alors proclama vouloir mettre le patient au cœur du système et créa les CLSC.

Au lieu de clairement identifier le problème et de miser sur les cliniques médicales, le ministre d'alors, dans un élan oratoire digne de mention, proclama vouloir mettre le patient au cœur du système. Et pour ce faire, il créa les CLSC, un endroit où les patients pourraient se faire soigner entre 8h30 à 16h00 du lundi au vendredi, sauf les jours fériés... Tant pis si vous êtes malades après ces heures ou durant un congé férié!

Au début des années 2000, il fallait resserrer les budgets après avoir créé en 1997, un régime d'assurance médicament et les CPE. Où trouver cet argent? Le gouvernement d'alors, plutôt que de se restreindre dans ses dépenses en reculant sur certains programmes mis de l'avant par ses prédécesseurs, préféra plutôt faire baisser les coûts des médicaments. Pour ce faire, il décréta que dorénavant, lorsqu'un médicament générique serait disponible, il faudra opter pour celui-ci plutôt que sur le médicament d'origine.

Montréal était alors un leader mondial et pratiquement toutes les grandes compagnies pharmaceutiques y avaient non seulement leurs directions, mais aussi de grands centres de recherche. Ce fut un très dur coup pour l'industrie qui dut, dans la grande majorité des cas, déménager ses pénates ailleurs. Alors que l'industrie des médicaments génériques s'était concentrée dans la région de Toronto et que Montréal abritait les industries qui faisaient des recherches, Toronto devint la grande gagnante de cet effort économique de notre gouvernement.

Dans les autres exemples de faux problèmes et de leurs solutions, soulignons le passage des régies régionales de santé à celui des agences de santé qui deviendront finalement les CISSS et les CIUSSS. Qui peut prétendre avoir obtenu plus facilement des soins ou encore de meilleurs soins après ces changements?

Trois des quatre grands partis qui se présentent ont identifié le même faux problème: le salaire des médecins.

Nous n'irons pas dans le détail de chaque position des partis dans le domaine de la santé. Mais disons que les prémisses ne sont pas des plus encourageantes. En effet, trois des quatre grands partis qui se présentent ont identifié le même faux problème: le salaire des médecins. Comme si le fait que nos médecins aient enfin, après plus de 10 ans de négociation, rejoint les salaires de ceux qui travaillent en Ontario ou ailleurs au Canada fasse en sorte que nous n'arrivions toujours pas à fournir les services auxquels les patients s'attendent.

Le médecin n'est tout de même pas celui qui attribue tel budget à tel service ou décide de donner un bain ou deux dans les CHSLD ou encore celui qui vérifie le contenu des réfrigérateurs pour voir si les aliments sont expirés. Il n'est pas non plus celui qui décide des horaires d'ouverture des salles d'opération. Pour avoir enfin obtenu une équité salariale avec ceux du reste du Canada, les médecins d'ici n'ont pas attendu 1 an, ni 5 ans, ni même 10 ans: il leur a fallu 18 ans de négociation.

Mais, cela demeure facile de promettre de sabrer dans les salaires des médecins. La population accepte comme une évidence qu'un joueur de hockey gagne plus de 10 millions de dollars par année ou qu'un chef d'entreprise gagne plus d'un million, et ce, même lorsque son entreprise est financée par l'État. La même population crie au scandale quand notre radiologiste québécois gagne le même salaire que son confrère ontarien. Et nos politiciens, dont le désir préélectoral est de plaire au bon peuple déchirent leurs chemises sur les salaires de nos médecins.

C'était un exemple, trop parfait pour être oublié, de citer un faux problème (le salaire des médecins) pour proposer des solutions qui ne tiendront pas la route, de toute évidence.

2) saupoudrer le tout de poudre de perlimpinpin

Pour le reste. Il suffira de parsemer le discours de promesses saupoudrées ici et là dans les diverses sphères de notre système. Par exemple: deux des trois plus grands partis promettent de décentraliser le système. Je n'en ai entendu aucun assortir cette promesse d'autonomie régionale en santé à des budgets subséquents.

Il est bien de promettre plus de pouvoirs décisionnels aux régions, mais s'ils ne disposent pas des budgets conséquents, comment pourront-ils exercer cette autonomie?

En d'autres termes, il est bien beau de promettre plus de pouvoirs décisionnels aux régions, mais s'ils ne disposent pas des budgets conséquents, comment pourront-ils exercer cette autonomie? D'autres promesses concernent la diminution des temps d'attente pour voir un médecin, des lunettes gratuites pour les enfants, des dîners à l'école (eh oui, si les jeunes n'on pas un bon repas du midi, ils grignoteront plus durant le reste de la journée, ce qui mènera à l'obésité et au diabète!), plus de soins dans les CHSLD, augmenter les heures d'ouverture des CLSC, et j'en passe.

Le point où tous les partis s'entendent à 100% est le troisième.

3) Continuer à ignorer le patient

Dans la haute sphère de gestion de la santé, aucun des partis n'est prêt à accorder aux patients un rôle actif. Pour avoir présenté mon concept d'un Bureau des usagers au Parti libéral, à la CAQ, au Parti québécois et à Québec solidaire, je le sais pertinemment.

Le Bureau des usagers sera l'organisme réunissant les vingtaines et plus d'organismes de protection des malades et leur apportera le soutien nécessaire.

On espère toujours un ministère de la santé plus démocratique dans lequel un Bureau des usagers pourra être informé des moyens qu'entendent prendre nos gouvernants pour nous offrir un système de santé enfin efficace et y proposer ses suggestions. Le Bureau des usagers sera aussi l'organisme capable de réunir sous un même toit les vingtaines et plus d'organismes de protection des malades et de leur apporter le soutien nécessaire.

Le Bureau des usagers sera aussi en mesure d'évaluer et de commenter un grand oublié du ministère de la Santé et des Services sociaux: l'évaluation de la qualité du service à la clientèle. Est-ce normal que tous les employés du secteur privé soient tenus de recevoir leur clientèle avec empressement et sourire, alors que nous avons la désagréable impression de déranger les proposés à l'accueil des divers services du MSSSQ?

Le Bureau des usagers aura comme mandat de s'assurer de l'accès aux services et aussi de la qualité de cet accès. Mais, la participation de ceux qui versent plus de la moitié de leurs impôts au système de santé ne semble pas peser bien lourd dans la balance. Cette ignorance du citoyen et du patient par notre système de santé est un vrai problème. Mais il faut croire qu'il est bien plus facile de régler les faux problèmes.

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