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21/07/2018 06:00 EDT | Actualisé 21/07/2018 13:24 EDT

La santé en sprint pré-électoral: quelques pistes de solution

Contrairement à ce que l'on veut bien nous montrer, en santé, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes...

PC

Dès la fin août, nul doute que l'on parlera ad nauseam des politiques de santé. Pour trois des grands partis sur quatre, ceux qui forment l'opposition actuellement, tout ce qui a été fait durant les quatre années du mandat qui se termine aura été un échec.

Pour le gouvernement actuel, ces quatre années auront été le prélude nécessaire au «plus meilleur» système de santé qui adviendra durant le prochain mandat si le public décide de le reporter au pouvoir. La vérité, vous l'aurez deviné, se situera forcément entre ces deux extrêmes.

Le règne du docteur Barrette ne compte pas que du négatif. L'idée de réduire le nombre de conseils d'administration de plus d'une centaine à moins de trente n'était pas dénuée de sens. La première partie de son mandat aurait pu être un grand succès, n'eût été la deuxième partie! Il fallait de l'audace et une détermination incontestable pour réussir ce tour de force d'ainsi réduire l'appareil administratif. À ce niveau, l'actuel ministre de la Santé peut dire: mission accomplie.

Mais ces mêmes qualités se sont transformées en défauts impardonnables lorsqu'il fallait entamer la deuxième phase de cette réforme: ramener tous les intervenants du milieu de la santé à travailler ensemble pour faire fonctionner ce nouvel organigramme. Le bon docteur est un fonceur, certains l'ont qualifié de bulldozer. Mais il n'est pas un rassembleur et ses initiatives auprès des divers intervenants n'auront servi qu'à semer plus de zizanie...

La période électorale

De l'autre côté du spectre se retrouveront toutes les promesses des divers partis qui, oseront-ils dire, vont enfin régler la question en santé. On parlera d'utiliser plus et mieux les ressources que sont les infirmiers et infirmières en oubliant de mentionner que, déjà, ces ressources sont épuisées. Comment leur en demander plus?

On nous promettra aussi de décentraliser et de donner plus de pouvoirs aux régions en omettant de nous rappeler que chaque fois qu'on y a pensé, on s'est retrouvé exactement dans la position inverse avec une centralisation excessive des pouvoirs. Réduire les temps d'attente, être vu par un médecin dans un délai optimal et libérer les urgences feront, il va de soi, partie de l'arsenal préélectoral.

Mais il faudra plus

Le prochain (ou la prochaine) ministre de la Santé devra réaliser ni plus ni moins qu'un tour de force: changer les mentalités en ce qui concerne l'administration de la santé au Québec. Un ancien président du Collège des médecins, le docteur Yves Lamontagne, avait l'habitude de dire:

«Le gouvernement devrait être là pour dicter les politiques en santé et non pas pour faire de la politique avec la santé».

Pour ma part, j'ai signé un livre avec la collaboration des docteurs Robert Ouellet et Alban Perrier, qui préconisaient ces idées (Jacques Beaulieu, Révolutionner les soins de santé c'est possible, Éditions Trois-Pistoles, 2012). Dépolitiser, décentraliser et démocratiser sont, je l'ai aussi toujours soutenu, les trois clés du succès d'un système de santé qui pourrait enfin livrer la marchandise. Mais la coupe est loin des lèvres.

Des faits difficiles à accepter

Depuis la mise en vigueur du système canadien en santé à la fin des années 1950, tout ce qui était médecine privée est devenu, dans la mentalité populaire, suspect. Et quand le Québec a décidé, après que pratiquement toutes les autres provinces y aient adhéré, de prendre part à ce nouveau système, cet accès d'urticaire à la simple énonciation du mot privé ne fit que s'empirer.

Il faut dire qu'à cette époque, la tentation était forte, le fédéral assumant 50% des coûts du système auquel les provinces s'engageaient. Aujourd'hui, ce pourcentage a fondu et se situe sous la barre des 20%. Bien des gens croient à tort, encore aujourd'hui, que le système de santé est une création du Québec et plusieurs pensent que le gouvernement fédéral contribue plus que le provincial aux budgets en santé.

Twister les statistiques

Encore tout récemment, le gouvernement nous affirmait, chiffres à l'appui, que les temps d'attente dans nos urgences avaient diminué depuis les dernières années. Mais une étude de l'Institut économique de Montréal nous apprend que:

«L'attente a été six minutes plus longue en 2017-2018 par rapport à l'année précédente, si on se fie à la durée médiane aux urgences.»
«Pour le gouvernement du Québec, qui se fie uniquement à la durée moyenne, l'attente a été cette année 30 minutes moins longue que l'an dernier.»
«[La médiane] est moins influencée par les extrêmes et donc plus représentative de la situation vécue par les patients», indique l'IEDM dans son étude.»

En réalité, plus ou moins 6 minutes ou 30 minutes quand on doit attendre souvent plus de 10 heures dans une salle d'urgence pour y être soigné est quelque peu farfelu. Mais l'exercice illustre bien à quel point nos gouvernants ont bien appris à maîtriser l'art des communications.

On nous a présenté, en conférence de presse, les nouveaux menus des plats servis aux résidants des CHSLD, puis on nous a dit que dorénavant, les pensionnaires auraient droit à deux bains par semaine. Puis après, il fut dit que les bains promis n'avaient pas été effectués et, quant aux menus, on n'en a plus entendu parler. Ce dont on est certain c'est que pas plus tard que le 10 juillet dernier, le Conseil pour la protection des malades a annoncé: «qu'il dépose une demande d'autorisation pour exercer une action collective contre les CHSLD du Québec pour maltraitance».

Contrairement à ce que l'on veut bien nous montrer, en santé, tout ne va donc pas pour le mieux dans le meilleur des mondes...

Changer les mentalités

Il faudra bien le réaliser un jour: les solutions introuvables se trouvent souvent à des endroits où l'on ne regarde pas. En santé, c'est le privé que l'on refuse de regarder. J'ai même entendu dire qu'au Québec, il y a des examens de laboratoires pour lesquels nous ne sommes pas équipés que l'on envoie aux États-Unis. Pourtant ici même, nous avons des laboratoires privés qui pourraient faire ces tests. Cela se fait actuellement en Ontario mais ici, on ne veut pas encourager le privé.

Et au ministère de la Santé, on refuse aussi de regarder ce que le patient pourrait apporter au système.

Donc, une meilleure collaboration entre le système public et le système privé et une plus grande implication des patients dans leur système de santé, par exemple, en créant un bureau des usagers sont deux voies obligatoires vers ce changement de mentalité qui devra s'opérer si nous désirons enfin un système de santé digne de ce nom.

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