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17/12/2016 08:11 EST | Actualisé 17/12/2016 08:11 EST

Les probiotiques: enfin la reconnaissance

En 1907, Ilya Ilyich Mechnikov avait émis l'idée que les paysans bulgares vivaient plus longtemps parce qu'ils consommaient régulièrement du yogourt. Il formula alors l'hypothèse que la consommation régulière de lait fermenté a pour effet de maintenir un équilibre entre la flore intestinale digestive pathogène et la flore bénéfique.

De tout temps, l'homme a réalisé que certaines maladies avaient un caractère infectieux. Comme pendant bien des millénaires, ces infections provoquaient souvent des épidémies catastrophiques, on n'a qu'à se rappeler les épidémies de peste, de choléra, de varioles et de tuberculose pour comprendre pourquoi le monde microbien a d'abord mis en évidence ces microbes qui causaient tant de dommages aux sociétés humaines. Mais il faudra attendre le début du 18e siècle pour commencer à observer les microbes. Antoine Van Leeuwenhoek (1632-1723), un marchand hollandais, est reconnu comme ayant été le père de la microscopie. Il fit sensation en décrivant : ces petits animaux semblables à des têtards vivant dans le sperme. Le terme microbe vient de deux mots grecs : micros qui signifie petit et bios qui signifie : vie. Et il faudra attendre Louis Pasteur pour vraiment trouver les bases de la microbiologie moderne en 1860.

Pendant près d'un demi-siècle, les microbes les plus connus furent donc ceux causant les maladies. Le terme microbe semblait n'être le synonyme que des diverses maladies s'attaquant aux hommes, aux animaux et aux végétaux.

Ilya Ilyich Mechnikov (1845-1916)

Convaincu par sa mère d'étudier les sciences naturelles plutôt que la médecine, il entre à l'université et termine en deux ans un diplôme en biologie qui en prenait habituellement quatre. Il termine ses études doctorales à l'âge de 22 ans et enseigne à l'Université Odessa. Fait inusité : ses étudiants sont tous plus âgés que lui. Ses multiples travaux portent surtout sur l'immunologie et il obtiendra le Prix Nobel de médecine en 1908 pour sa contribution dans ce domaine.

En 1907, il avait émis l'idée que les paysans bulgares vivaient plus longtemps parce qu'ils consommaient régulièrement du yogourt. Il formula alors l'hypothèse que la consommation régulière de lait fermenté a pour effet de maintenir un équilibre entre la flore intestinale digestive pathogène et la flore bénéfique. Son intérêt aux probiotiques porta sur Lactobacillus delbrueckii, bulgaricus. Mais le terme même « probiotique » n'était pas même connu à cette époque. Il faudra attendre plus d'un demi-siècle plus tard où il fut créé par deux chercheurs américains en 1965 (Lilly DM, Stillwell RH.) dans un article paru la même année dans la revue Science (Probiotics: Growth-Promoting Factors Produced by Microorganisms, Science. 1965 Feb 12;147(3659):747-8).

La valse hésitation

Entre la découverte de Mechnikov et l'acceptation par la communauté scientifique des bienfaits des probiotiques s'écoulera plus d'un siècle. Pourtant dès 1907, un autre chercheur, le Docteur Pierre Boucard, qui s'intéressait aux traitements des diarrhées sévères, identifia une bactérie (Lactobacillus acidophilus) comme étant apte à aider le soulagement des diarrhées. Il faudra attendre jusqu'en 2001 pour obtenir une définition des probiotiques acceptée par tous. Cette année-là, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) ont donné une définition officielle des probiotiques qui sont des « micro-organismes vivants qui, lorsqu'ils sont ingérés en quantité suffisante, exercent des effets positifs sur la santé, au-delà des effets nutritionnels traditionnels ». Plusieurs vertus ont été attribuées aux probiotiques : traitements des diarrhées infectieuses aiguës ou des diarrhées persistantes. Des travaux suggèrent aussi certains potentiels pour la perte de poids. Il semblerait que les bienfaits soient directement reliés aux souches de bactéries utilisées dans la confection des probiotiques et de la quantité de micro-organismes présents dans le probiotique proposé. Plusieurs fabricants auraient proposé citer sur leurs produits les bienfaits pour la santé des consommateurs. Mais les preuves scientifiques manquaient, ce qui était vrai jusqu'à ce que...

Plus près de nous

Le 15 septembre dernier a eu lieu la remise annuelle du Prix Hippocrate qui rend hommage à des médecins québécois s'étant particulièrement illustrés. J'ai eu le privilège d'y assister et l'occasion d'entendre cette très belle histoire.

Au début des années 2000, une infection nosocomiale (infection dans un milieu de santé) défraie les manchettes. Au plus fort de celle-ci, vers les années 2004-2005, cette infection provoque jusqu'à 1000 décès en un an. L'agent responsable est une bactérie : la clostridium difficile (populairement appelée C. Difficile).

Un médecin chercheur, le Dr Jean-Pierre Maziade s'entoure d'une équipe de spécialistes et décide de prendre les grands moyens pour venir à bout de cette épidémie. «C'est inacceptable qu'un patient entre à l'hôpital et en sorte plus malade ou pire, meure, s'indigne- t-il dans la revue Le Patient. Il y a des moyens concrets et simples pour prévenir et régler les infections de C. difficile. Actuellement, le taux d'occupation élevé des lits empêche un nettoyage optimal. Les lits sont dans les corridors, la clientèle comprend de plus en plus de patients âgés en perte de mobilité, sans parler du partage des douches et des salles de bains. Être à l'hôpital est une forme de camping sauvage, c'est difficile d'avoir une hygiène adéquate»

Il faut avouer qu'on dénombrait alors au Centre hospitalier Pierre-Le-Gardeur de (CHPLG), hôpital où exerce le Dr Maziade, 260 cas de C.Difficile. Aujourd'hui, avec un taux d'occupation encore plus élevé, ce centre hospitalier n'en compte que 18. Par comparaison, une mesure de l'incidence du C.difficile au CHPLG donne un indice de 0,81 par rapport à un autre hôpital similaire au Québec qui affiche un chiffre de 7,80 ou d'hôpitaux aux USA qui affichent 10,15. Lors d'épidémies ces chiffres atteignent les 18,0. Pour sa découverte, le Dr Maziade et son équipe ont reçu le prestigieux prix Hippocrate. À quoi doit-on cette extraordinaire réussite ? Bien sûr à un ensemble de mesures hygiéniques, mais aussi et surtout à un probiotique et, pour encore dorer la pilule, à un probiotique créé et fabriqué ici, à Laval.

Bio K + International

Ce probiotique a donc été créé et fabriqué par la compagnie Bio K + International dont les laboratoires ont situés à la Cité de la Biotech à Laval. Santé Canada a approuvé la formule exclusive et brevetée de probiotique Bio-K+MD pour aider à réduire le risque d'infections au Clostridium difficile chez les patients hospitalisés et en soins de longue durée. Il s'agit d'une première mondiale, aucun autre produit au monde n'ayant reçu telle allégation. Basée sur de solides études cliniques parues dans les publications médicales les plus prestigieuses, tel le American Journal of Gastroenterology, cette approbation est la confirmation que Bio-K+MD est un produit sécuritaire dont l'efficacité est scientifiquement et légalement prouvée. Il y a également la publication d'une étude de cohorte démontrant l'efficacité de Bio-K+MD en prévention des infections au Clostridium difficile (Maziade et al.).

Il semble donc que les probiotiques commencent vraiment à acquérir enfin leurs lettres de noblesse.

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