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18/02/2017 08:42 EST | Actualisé 18/02/2017 08:42 EST

Le patient partenaire de sa santé et l'innovation

Il nous incombe d'insister afin que des structures soient mises en place pour que, comme partenaire de santé, nous soyons en mesure d'adresser directement à nos gouvernants non plus seulement nos doléances, mais surtout nos aspirations pour une meilleure qualité de vie actuelle et future. C'est ainsi que nous tracerons les voies de la recherche et de l'innovation.

Le mot anglais serendipity fut créé par Horace Walpole le 28 janvier 1754 dans une lettre à son ami Horace Mann, envoyé du roi George II à Florence. Il fait mention d'un conte persan, les Trois Princes de Serendip, de Michele Tramezzino qui décrit les aventures de trois princes au Sri Lanka (en vieux Persan, ce pays se nomme Serendip) qui font des découvertes extraordinaires par accident. Par exemple, si en cherchant un endroit où on peut traverser à pied un plan d'eau, on y trouve par hasard une perle rare, voilà de la serendipity au sens le plus pur.

Bien entendu, même en sciences, certaines découvertes sont issues de ces heureux hasards.

La clonidine : les conséquences d'un sommeil troublant

Au début des années 1960, Mme Schwandt, une secrétaire chez Böhringer Ingelheim Pharma, eut la bonne idée d'entrer au travail malgré un rhume carabiné. Coïncidence, son patron, le Dr Wolf, voulait justement tester un nouveau composé mis au point par un chimiste de la compagnie, le Dr Helmuth Stähle, qui aurait pour effet d'enrayer les écoulements nasaux. Lorsqu'on administra le produit, la secrétaire sombra dans un profond sommeil duquel elle n'émergea que 24 heures plus tard au grand soulagement du Dr Wolf.

Un rôle insoupçonné

Le Dr Wolf remarqua fort judicieusement que la dite substance, la clonidine avait un bien meilleur avenir comme antihypertenseur que comme décongestif. Il faudrait bien sûr revoir le dosage qui s'avérera dans les recommandations de posologie vingt fois moins élevée que celui qu'avait reçu Mme Schwandt, mais le médicament put être mis en marché en 1966 et avait alors comme indication le traitement du glaucome et de la migraine.

Mais bientôt, le médicament connut bien d'autres usages. Ainsi il est utilisé dans le syndrome Gilles de la Tourette, le traitement de certaines formes de douleurs neuropathiques, de la désintoxication aux opioïdes, comme médicament anesthésique en médecine vétérinaire. La clonidine est aussi utilisée pour traiter l'anxiété et les troubles paniques. Le médicament a aussi été approuvé par la FDA pour traiter le trouble d'hyperactivité avec déficit de l'attention. On recourt aussi à la clonidine pour diminuer les symptômes lors d'un sevrage de narcotiques, d'alcools et de nicotine.

Une bonne secrétaire

N'eût été ce mauvais rhume d'une secrétaire allemande et de son audacieux et téméraire patron, nul ne sait quand la clonidine serait arrivée sur le marché. Elle aurait fort probablement pris le chemin des oubliettes, car ses vertus comme décongestif étaient nulles ou presque...

À la recherche de nouvelles molécules

Mises à part ces rares exceptions, trouver une nouvelle molécule aux vertus thérapeutiques est une longue quête, des millions de dollars en investissement et des résultats qui le plus souvent ne sont pas au rendez-vous. Parfois le nouveau médicament n'a pas ou trop peu d'effets thérapeutiques pour être commercialisé. D'autres fois, son efficacité est prouvée, mais des effets secondaires dangereux empêchent tout simplement de poursuivre les recherches. En réalité, entre l'idée d'une nouvelle molécule et sa disponibilité pour le malade, il y a un océan d'obstacles à combler. Comme je le soulignais dans un article antérieur, aujourd'hui, seul 1 médicament sur 13 sera couronné de succès.

La recherche : la seule clé du succès.

L'investissement en recherche demeure la seule clé du succès disponible. Mais que peut nous faire tout un chacun d'entre nous pour transformer cette nécessité de vœu pieux en réalité. Nous avons l'impression que ces décisions se prennent en hauts lieux et que notre voix ne compte que fort peu dans ces sphères ultraspécialisées de la recherche médicale. Pourtant, la balance du pouvoir est entre nos mains, et ce pour deux raisons majeures :

1) La naissance du nouveau malade

Anciennement, nous appelions la personne malade : un patient. Voilà certes un terme qui mériterait d'être remis à l'agenda compte tenu du temps que nous patientons soit pour trouver un médecin de famille ou encore des heures passées en salle d'attente d'une urgence pour être enfin vus par un médecin. Probablement pour éviter ce genre de commentaires, nous avons remplacé le patient par l'usager en référence à celui qui fait usage du système de santé. Avec l'arrivée des moyens faciles d'information comme l'internet, graduellement l'usager se métamorphose pour devenir le partenaire de sa propre santé. L'usager du futur aura en tout temps accès à son dossier médical, pourra gérer ses rendez-vous médicaux et hospitaliers et sera en relation non seulement avec son personnel soignant (médecins, spécialistes, infirmières, etc.), mais aussi avec son pharmacien et les autres professionnels susceptibles d'intervenir dans ses soins. L'usager devenu un partenaire santé disposera alors de réseaux lui permettant d'être informé en temps quasi réel non seulement des tout nouveaux médicaments, mais aussi des recherches en cours sur toutes les thérapies pouvant lui être bénéfiques. Le malade devenu un partenaire santé deviendra alors un levier extraordinaire pour stimuler la recherche.

2) Un électorat qui ne sera plus négligeable

Les tranches d'âges de 15 à 55 ans ne sont que peu enclines à se préoccuper de la santé. À moins de circonstances plus rares (la maladie peut frapper à tout âge), il est peu utile de connaître les derniers médicaments et les traitements du futur. Mais en avançant en âge, les probabilités de troubles de santé plus ou moins graves augmentent. Je l'avais déjà souligné, le nombre de bébés boomers passant la soixantaine augmente d'année en année. Et ce pan de la population a été habitué à obtenir de ses gouvernements tout ce qu'il désirait : écoles gratuites, soins de santé gratuits, et toutes les autres protections sociales qu'il désirait. Les gouvernements présents et futurs doivent se le tenir pour dit : ce qu'il est maintenant convenu d'appeler le pouvoir gris est en place et il sera très exigeant pour obtenir la meilleure qualité de vie aussi longtemps que cela sera possible. Si l'investissement dans tous les secteurs de la recherche médicale et pharmaceutique n'est pas déjà dans les calepins des gouvernements, ils auront avantage à ajuster rapidement le cap s'ils désirent rester au pouvoir.

Dès lors, il nous appartient à tout un chacun de devenir son propre partenaire de santé, d'être à la recherche constante de toutes les innovations qui concernent sa santé et de nous informer auprès de notre médecin ou de notre CLSC pour savoir quel est le meilleur traitement qui pourrait nous être fourni. Mieux informés, nous deviendrons plus exigeants. D'autre part, il nous incombe d'insister afin que des structures soient mises en place pour que, comme partenaire de santé, nous soyons en mesure d'adresser directement à nos gouvernants non plus seulement nos doléances, mais surtout nos aspirations pour une meilleure qualité de vie actuelle et future. C'est ainsi que nous tracerons les voies de la recherche et de l'innovation.

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