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02/02/2016 03:45 EST | Actualisé 01/02/2017 05:12 EST

Malade, notre système de santé? Allons voir ailleurs: le Danemark

Le Danemark s'est doté d'une politique de transparence où le public a accès à toutes les informations concernant l'état des hôpitaux, y compris celles de leur rendement.

Dans nos visites des autres pays et de leur mode de gestion de la santé, cette semaine, nous nous arrêtons au Danemark, qui avait aussi connu pendant longtemps des grands problèmes de temps d'attente. Plusieurs mesures y ont été mises de l'avant pour diminuer les temps d'attente dans l'accès à leur système de santé.

Financement des hôpitaux

À cet égard, ils ont décidé de fixer à 50 % le financement des hôpitaux par activités. Rappelons qu'en Angleterre, le taux est de 100 % et qu'ici, il est de 0 %, nos hôpitaux étant financés par un budget global peu importe le nombre de patients qu'ils traitent.

Le Danemark a établi la norme à 50 % en tenant compte des vocations diverses des hôpitaux. Par exemple, un hôpital universitaire ou un hôpital suprarégional devra tirer une partie de son financement ailleurs que dans les soins directs aux patients, puisqu'une partie de ses activités est investie dans l'enseignement, la recherche, etc.

Imposition d'une limite des temps d'attente

Le Danemark a aussi imposé une limite maximale d'un mois au temps d'attente après quoi le patient est référé au système privé dont les coûts seront alors défrayés par l'État. Pendant un certain temps, à cause d'une grève, la limite fut étendue à deux mois, mais elle est depuis revenue à la normale. C'est quelque peu différent avec ce qui se passe ici, où pour certaines chirurgies, on parle de 18 mois...

Une autre innovation qui se passe là-bas est l'établissement d'une garantie de traitement dans les 48 heures (pas 48 semaines ou pas même 48 jours) pour les patients atteints de cancer. Une personne qui reçoit un diagnostic de cancer passera devant tout le monde pour être traitée (c'est ce que les anglophones appellent fast track) non pas parce que cette personne a de l'argent pour payer, non pas parce qu'elle peut exercer son influence, mais tout simplement parce qu'elle a une maladie importante qui exige un traitement rapide.

Il s'agit vraiment de ce qu'on peut appeler : un système axé sur le patient.

Définir et gérer les soins prolongés

Le Danemark a aussi transféré aux municipalités les responsabilités en ce qui concerne les soins prolongés. Par exemple, un individu reçoit son congé de l'hôpital. Son traitement médical est terminé mais, par manque d'autonomie ou pour tout autre raison, il doit être transféré dans un centre de soins prolongés. C'est à la municipalité qu'incombe la responsabilité de lui trouver une place qui puisse l'accueillir. Et tant et aussi longtemps que cet individu restera à l'hôpital en attente de cette place, c'est la municipalité qui paiera le plein tarif de son séjour en hôpital.

Ainsi, si le coût de séjour à l'hôpital est de 1 000 dollars par jour, la ville défraiera ce tarif à l'hôpital tant que le patient y séjournera. En considérant que le coût moyen en centre de soins de longue durée se situerait autour de 300 dollars, les municipalités s'organisent habituellement pour avoir suffisamment de places dans leurs centres pour accueillir rapidement les personnes qui en ont besoin. Tout à fait curieusement, au Danemark, il n'y a pas de liste d'attente pour les entrées en centre de soins de longue durée et, tout aussi curieusement, il n'y a pas de lits d'hôpitaux occupés par des patients qui devraient être en centre de soins de longue durée.

Une politique efficace de transparence et le dossier informatique

Et tout comme l'Angleterre, le Danemark s'est doté d'une politique de transparence où le public a accès à toutes les informations concernant l'état des hôpitaux, y compris celles de leur rendement. Aussi à l'instar de l'Angleterre, toutes les technologies de l'information sont mises à la disposition du public, tels les rapports de laboratoires, les ordonnances et la prise de rendez-vous en ligne.

Ici, on ergote depuis plusieurs années sur le fameux dossier informatique de santé. Au Danemark, l'État a procédé par étapes. Par exemple, au niveau des ordonnances, l'État s'est doté d'un serveur central. Lorsqu'un médecin dresse une ordonnance, il ne remet pas un papier au patient comme cela se fait ici. Il fait une prescription électronique qu'il dirige vers ce serveur central (au Danemark, les graffitis illisibles en matière de prescriptions sont donc devenus choses du passé). Le patient n'a qu'à se présenter à la pharmacie de son choix, laquelle a accès à ce serveur, pour faire remplir sa prescription.

Le Danemark compte 5 millions d'habitants ; le Québec, un peu plus de sept. Déjà, les pharmacies du Québec sont informatisées. Il ne s'agirait que d'avoir une adresse unique au ministère pour que les médecins puissent y envoyer leur prescription et que chaque pharmacie puisse y avoir accès.

Déjà, il existe un lien fonctionnel entre les pharmacies et le ministère en ce qui concerne l'assurance médicaments. En d'autres termes, tous les éléments de l'ordonnance informatisée sont déjà en place et fonctionnels. Il n'y manque qu'une adresse internet pour acheminer la prescription du médecin au serveur qui existe déjà et aux pharmacies qui sont déjà branchées sur ce serveur.

La même observation peut être faite en ce qui concerne la prise de rendez-vous en ligne. Au Danemark, le patient peut aller sur le site internet de son médecin et accéder à la section «prise de rendez-vous». Dans cette section, le médecin a identifié des plages horaires où il est disponible. Le patient s'y inscrit et, par retour de courriel, il reçoit confirmation de son rendez-vous. C'est simple et cela ne coûte pratiquement rien, le médecin et le patient ayant tous accès à un ordinateur.

Mais il semble qu'ici, les solutions simples et peu coûteuses font pâle figure par rapport à des projets qui coûteront quelques milliards de dollars et qui ne seront pas disponibles avant plusieurs années encore.

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