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09/01/2018 09:00 EST | Actualisé 09/01/2018 13:48 EST

Le Québec est en deuil: le docteur Jacques Genest

Il s'agit certainement d'un de nos grands chercheurs québécois.

Fournie par l'Institut de recherches cliniques de Montréal
La réputation du Dr Jacques Genest dépasse largement nos frontières.

Le docteur Jacques Genest : «un de nos grands»

Il s'agit certainement d'un de nos grands chercheurs québécois, mais ce titre, ce n'est pas moi qui lui ai attribué. Il ne lui a été conféré par nul autre que le docteur Irvine Page, une sommité mondiale, co-découvreur de la sérotonine (1948) et père de l'hypertension artérielle. La réputation du Dr Jacques Genest dépasse largement nos frontières.

Jacques Genest est né à Montréal, le 29 mai 1919. Il suit son cours classique au célèbre Collège Jean-de-Brébeuf et effectue ses études à l'Université de Montréal d'où il obtient son doctorat en médecine en 1942. Il complète sa formation en médecine interne puis en pathologie à l'Hôtel-Dieu de Montréal. Il effectue ensuite un fellowship en recherche au Johns Hopkins Hospital et au Rockfeller Institute for Medical Research.

Des débuts plus que prometteurs

Dès son retour, le gouvernement du Québec lui commande une enquête sur les centres médicaux européens. Le jeune médecin chercheur ne peut que constater le retard du Québec tant en médecine qu'en recherche médicale. D'ailleurs, à ce sujet, un nouveau mandat l'attend. L'enseignement de la médecine à l'Université de Montréal se porte très mal. L'université risque même de perdre l'accréditation de sa Faculté de médecine. Le conseil des gouverneurs charge le Dr Genest de présider un comité des affaires médicales qui enclenchera les réformes nécessaires ce qui aura pour effet de sauver la Faculté.

Fort de ces expériences, Jacques Genest ne chôme pas. Son désir d'amener le Québec à la modernité en matière de recherche l'oblige à l'action. Dès 1952, il crée le Département de recherche de l'Hôtel-Dieu et innove en devenant le premier chercheur salarié à temps complet au Québec. Un an plus tard, il siège au Conseil de recherches médicales du Canada, poste qu'il occupera jusqu'en 1976. Homme d'action, il sait que c'est en unissant toutes les forces en recherche que le Québec pourra affirmer ses compétences, C'est pourquoi, en 1958, il fonde le Club de recherches cliniques du Québec. Il en assurera la présidence jusqu'en 1965. Ce club est toujours reconnu comme un important regroupement de scientifiques francophones en santé. Puis en 1964, il crée le conseil de recherches médicales du Québec qui deviendra le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ) pour finalement porter aujourd'hui le nom de Fonds de recherche du Québec – Santé. Le FRQS a d'ailleurs fêté ses 50 ans d'existence en 2014. Il s'agit d'une des plus belles réalisations du Dr Genest.

La recherche clinique

Tout au long de son illustre carrière, le docteur Genest fera de la recherche clinique son principal cheval de bataille. L'expression est devenue courante, mais au début des années 1950, tel n'était pas le cas. Plusieurs voyaient alors d'un bien mauvais œil qu'un médecin soit libéré de ses tâches cliniques pour pouvoir se consacrer à la recherche. À l'époque, il y avait une scission quasi infranchissable entre la recherche médicale fondamentale qui devait s'effectuer à l'université et la recherche pratique qui consistait à chercher des médicaments et qui ne relevait que de l'industrie pharmaceutique. Jacques Genest a connu, au début de sa carrière, cette méfiance du milieu. Mais ses résultats particulièrement dans le domaine de l'hypertension artérielle ont tôt fait de confondre même les plus sceptiques. Ainsi en 1955, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada reconnait officiellement le département de recherche clinique de l'Hôtel-Dieu qui devient alors le seul capable d'offrir une formation en recherche clinique pour les médecins. De son ouverture jusqu'en 1967, le département recruta une soixantaine de chercheurs.

Les premières récompenses

Le travail du docteur Genest devient de plus en plus reconnu et les récompenses commencent déjà à se faire connaitre. En 1963, il reçoit la «Gairdner Foundation International Award» : In recognition of his distinguished contributions to the knowledge of vascular physiology and, in particular, for his studies of the mechanism of hypertension, and especially for his demonstration that the increased secretion of aldosterone observed in many patients suffering from this disorder is stimulated by angiotensin. En 1965, il reçut le Prix Urgel-Archambault, une récompense offerte par l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS) et la même année, lui est octroyé un Fellowship de la Société royale du Canada. En 1967, il est reçu Compagnon de l'Ordre du Canada et en 1968, la Société royale du Canada lui décerne la médaille Flavelle, une distinction attribuée chaque deux ans à un scientifique en reconnaissance à un apport important en biologie. Il est à noter que le docteur Genest n'a pas encore 50 ans !

Mais il n'y a rien à craindre, Jacques Genest n'a pas le temps de s'asseoir sur ses lauriers, il a bien d'autres projets en tête en ces débuts des années 1960. Tout en continuant à œuvrer en recherche et au sein des divers organismes qu'il a déjà fondés, il est nommé directeur du Département de médecine de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal et la même année, professeur à la Faculté de médecine de l'Université McGill. Ces postes lui permettent d'établir de nouveaux contacts. À l'époque, le ministre de la Santé est le docteur Alphonse Couturier. Avec l'aide d'un ami, l'avocat Marcel Piché et les subsides attribués par le docteur Couturier, il fonde, la corporation du Centre médical Claude-Bernard qui deviendra en 1965 l'Institut de diagnostic et de recherches cliniques de Montréal dont le nom sera modifié en 1986 pour celui qu'on connait aujourd'hui : l'Institut de recherche clinique de Montréal (IRCM).

Une de ses plus grandes réalisations : l'Institut de recherche clinique de Montréal

«Nous sommes redevables et reconnaissants au docteur Jacques Genest de sa contribution remarquable à la science et à la médecine [...] Parmi les équipes de recherche qui se consacrent à l'étude des problèmes de haute pression sanguine et des sciences cliniques et fondamentales, celle de l'Institut de recherches clinique de Montréal est actuellement l'une des plus compétentes au monde.»

Tel fut le témoignage qu'apporta le professeur James C. Hunt, directeur du Département de médecine de la très célèbre Clinique Mayo lors de la remise du Prix Armand-Frappier au docteur Genest en 1996.

L'IRCM qu'il a fondé et dirigé jusqu'en 1984 est reconnu mondialement et compte aujourd'hui 37 unités de recherche et emploie près de 450 personnes.

Au cours de sa carrière, le docteur Genest a écrit 700 articles scientifiques et 3 livres. Il a reçu 12 doctorats honoris causa et de nombreux hommages.

Nous apprenions avec grande tristesse son décès à l'âge vénérable de 98 ans, le 5 janvier 2018.

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