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10/06/2017 12:01 EDT | Actualisé 10/06/2017 12:01 EDT

L'andropause, cette méconnue

L'intérêt envers l'andropause s'est fait sentir il y a une trentaine d'années à peine. Et, plusieurs demeurent encore relativement sceptiques lorsqu'on en parle.

L'intérêt envers l'andropause s'est fait sentir il y a une trentaine d'années à peine. Et, plusieurs demeurent encore relativement sceptiques lorsqu'on en parle. Il existe de nombreux facteurs qui expliquent le peu de sérieux que l'on accorde à ce problème masculin.

La longévité et la fierté masculine

Ainsi, l'espérance de vie chez les hommes ne dépassait que rarement la cinquantaine au début du XXe siècle alors, il est à parier que le problème de l'andropause ne préoccupait pas grand monde en ces années-là. Un deuxième facteur intervient et celui-ci est d'ordre culturel. Dans nos cultures, l'homme était présumé être fort. On vantait même les mérites du «sexe fort»! Il ne se plaignait pas et devait se montrer à l'abri des émotions. Dans un tel contexte, bien peu ont eu l'audace de parler de leurs inconforts reliés au vieillissement.

La testostérone méconnue

La troisième cause tient à l'analyse même de la testostérone. Jusqu'à tout récemment, il n'était possible que de mesurer le taux de testostérone totale présente dans le sang, un taux qui ne diminue que très tardivement. Or la testostérone circule dans le sang sous trois formes: la testostérone libre qui peut être utilisée immédiatement, la testostérone liée à l'albumine (une protéine) qui peut se libérer facilement et devenir rapidement utilisable et une la testostérone liée à la SHBG (une autre protéine) qui ne se libérera que lorsqu'on aura épuisé les deux autres types, c'est une espèce de réserve de testostérone. Plus on vieillit, plus ce dernier type augmente et plus la testostérone facilement disponible diminue (testostérone libre et testostérone liée à l'albumine). Si on mesure la testostérone totale, environ 15% des hommes de 60 ans démontreront un taux plus bas que la normale. Par contre si on mesure la testostérone biodisponible, 50% à 55% des hommes du même âge afficheront un taux anormalement bas. C'est donc celle-là qu'il faut mesurer pour évaluer l'andropause.

Des symptômes cliniques inconnues

Finalement, avant la fin des années 1990, les indices cliniques pour détecter l'andropause n'avaient pas été identifiés et classés. Ces indices cliniques classés par l'Association canadienne de l'andropause ressemblent beaucoup à ceux que les femmes subissent avec la ménopause, sauf évidemment pour ce qui est de l'arrêt des menstruations. Les symptômes masculins les plus fréquents sont donc des bouffées de chaleur, une sudation abondante, des sautes d'humeur, une irritabilité accrue, une baisse d'énergie physique et mentale (moins de motivation, moins d'endurance physique), une diminution de la masse et de la force musculaires, de l'insomnie, des douleurs au niveau des articulations au réveil (se lève «raqué» le matin), une baisse du désir sexuel, une diminution du contenu sexuel des rêves, une disparition des érections matinales, une éjaculation plus faible et moins abondante, de l'ostéoporose et de la dépression. Tout comme pour la ménopause chez la femme, la présence et l'ampleur de chacun de ces symptômes varient d'un individu à un autre.

La découverte de la testostérone

Il faut aussi savoir que la découverte de la testostérone arriva tardivement. Ce serait le biochimiste allemand Adolf Butenandt qui fut le premier à isoler plusieurs des hormones sexuelles, dont l'estrogène, la progestérone et la testostérone qu'il nomma en 1934 : l'androstenedione. Pendant ce temps, à Zurich, Leopold Ruzicka synthétise l'androstérone. Pour leurs travaux, Butenandt et Ruzicka reçurent le prix Nobel de chimie en 1939.

Tous les hommes n'en souffrent pas

Dans un article de Yvon Larose publié dans la revue Le Fil de l'Université Laval, on peut lire: «comme l'indique le directeur du Laboratoire d'andrologie au Centre de recherche du CHUL, Roland R. Tremblay, également président de la Société canadienne d'andropause, l'andropause ne constitue pas une fatalité pour l'ensemble des hommes». «La plupart peuvent avoir des manifestations qui rappellent l'andropause, dit-il, mais dans neuf cas sur dix, elles n'ont rien à voir avec une insuffisance hormonale importante.» Selon lui, la majorité des hommes s'adaptent à la diminution progressive de leurs hormones. L'andropause ne concerne donc qu'une population plus à risques, dont la courbe de décroissance hormonale est plus accentuée que la moyenne, des hommes fragilisés durant toute leur vie par différentes maladies (colite ulcéreuse, maladies pulmonaires, etc.).

Au cours des dix dernières années, de nombreuses études ont démontré l'efficacité de la thérapie de remplacement hormonal chez l'homme.

Au cours des dix dernières années, de nombreuses études ont démontré l'efficacité de la thérapie de remplacement hormonal chez l'homme. Cette approche se fait au moyen d'injections intramusculaires, de timbres transdermiques ou de comprimés. Chez les patients étudiés, les chercheurs ont notamment observé une amélioration sur les plans de l'énergie, de l'humeur, de la concentration et de la libido. Toutefois, avant d'en arriver à l'hormonothérapie, Roland R. Tremblay recommande de se pencher d'abord sur l'état de santé global du patient. «Un homme de 60 ou 65 ans peut être en mauvaise santé uniquement à cause d'une mauvaise alimentation, d'un manque d'exercice physique et de consommation abusive de tabac et/ou d'alcool, indique-t-il. Or, on sait qu'une baisse de poids et la modification de la diète peuvent entraîner une amélioration des niveaux d'hormones.»(Réf : https://www.lefil.ulaval.ca/Au.fil.des.evenements/2001/11.08/andropause.html )

Les hommes consultent peu

Malgré les symptômes plus haut décrits, une note récente du National Institute of Health américain mentionne qu'à peine 5% des hommes bénéficient du traitement de l'andropause. Le manque d'information et la méconnaissance des symptômes empêchent bien des hommes de consulter à ce sujet. Pourtant un simple apport de testostérone soit sous forme de pilules, de patchs ou de gel, pourrait grandement améliorer leur qualité de vie. Certains parlent de différences marquantes entre avant la thérapie et après. Il ne faut pas croire à une fontaine de Jouvence ou à un retour à l'adolescence. Le vieillissement continue son œuvre, mais avec une qualité de vie bien améliorée pour l'homme et... sa conjointe.

Alors messieurs : consultez et testez votre testostérone. Après un bilan de santé complet, il vous sera possible de recevoir un supplément de testostérone et éliminer ou du moins atténuer grandement les inconforts reliés à l'andropause.

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