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11/08/2018 06:00 EDT | Actualisé 11/08/2018 06:00 EDT

La guérison du cancer et la pensée positive

La maladie est suffisamment difficile, il ne faut pas y ajouter le poids de la culpabilité en plus...

La pensée positive peut-elle guérir le cancer?
Martin Dimitrov via Getty Images
La pensée positive peut-elle guérir le cancer?

Au début des années 1990, j'écrivais un livre sur le cancer du sein pour un oncologue de Montréal. Nous avions eu l'idée d'inclure dans ce livre une vingtaine de témoignages de femmes et d'hommes qui étaient ou avaient été atteints de ce cancer.

Pour écrire ces témoignages, j'ai donc rencontré ces patients et leur ai posé bien des questions. C'est là que j'ai réalisé que la très grande majorité de ces patientes et patients reliait leur cancer à un événement malheureux arrivé avant la maladie. Certaines m'ont confié que c'était à la suite d'un divorce difficile que le cancer était apparu, d'autres à la suite de la perte d'un enfant, d'autres après un grave accident.

En somme pratiquement toutes et tous tentaient de trouver une cause pouvant expliquer l'arrivée du cancer dans leur vie. C'était un peu comme si on croyait que les mauvais coups de la vie entraînaient les maladies. Les pensées noires qui suivent ces drames seraient la cause première de ces cancers. À l'opposé, une pensée positive pourrait apporter la guérison ou pour le moins la favoriser.

Tout ceci mérite bien d'être nuancé.

Le développement d'un cancer

Le corps humain est composé de milliards de cellules microscopiques. Selon le type de cellules, celles-ci se multiplient plus ou moins fréquemment pour remplacer les cellules qui ont terminé leur vie active. Par exemple, les cellules qui composent le sang, les cellules épithéliales et celles qui forment la peau se multiplient plus rapidement que les cellules nerveuses.

Ceci n'est qu'un schéma bien simplifié, mais disons que chaque cellule est composée d'un noyau qui comprend, entre autres, le code génétique. En se répliquant, celui-ci permet de former deux cellules identiques à partir de la cellule d'origine. De telles multiplications cellulaires se font ainsi un nombre incalculable de fois dans l'organisme humain.

Or, il peut arriver qu'une erreur se glisse dans la duplication de ce code: les deux nouvelles cellules sont alors différentes de ce qu'elles auraient dû être. Plusieurs mécanismes se mettront en action pour tenter d'éliminer ces cellules «différentes», susceptibles de devenir des cellules cancéreuses.

Le premier tient à la nature même de la cellule différente. Dans bien des cas, ces différences sont suffisantes pour empêcher cette cellule de survivre. Si elle y survit, d'autres mécanismes seront mis en branle pour l'éliminer. L'un de ceux-ci est l'apoptose. Il s'agit d'une capacité inhérente aux cellules de programmer leur autodestruction advenant ce type d'erreur.

Lorsque ce mécanisme n'a pas fonctionné correctement, le système immunitaire (le même qui nous protège des microbes) prend le relai. Il est équipé pour reconnaître ces cellules et les éliminer grâce à des cellules tueuses (NK, pour Natural Killer). Ces NK identifient les cellules anormales et les éliminent comme s'il s'agissait d'un microorganisme (bactérie, virus ou autres) dangereux.

Si aucun de ces mécanismes n'a opéré correctement, alors les cellules anormales continueront à se multiplier pour former dans un premier temps une masse locale (une bosse, une petite tumeur). Il s'agit alors d'un cancer local (cancer de stade 1 ou 2). Si rien n'est fait, des cellules cancéreuses pourront s'échapper de cette masse pour s'essaimer d'abord dans les ganglions ou dans les tissus à proximité (cancer de stade 3). Dans le cas où les cellules se répandent à travers tout l'organisme, il s'agit alors d'un cancer avec métastases (stade 4).

C'est cette série d'erreurs, d'abord au niveau de la division cellulaire, puis dans les mécanismes de défense, qui permettront à une cellule de devenir une lignée de cellules différentes qui deviendront un cancer.

Il ne s'agit donc pas d'un événement fortuit, fût-il extrêmement difficile, qui peut provoquer un cancer. Certaines causes chimiques augmenteront les risques de contracter un cancer. L'une des mieux documentées est l'exposition des cellules des poumons à la fumée de cigarette et fort probablement à la fumée du cannabis.

Et pour la guérison

Face au cancer, le premier réflexe était de tout enlever. Par chirurgie, on enlevait soit l'organe au complet, quand cela était possible, ou la partie atteinte du cancer dans les autres cas (comme pour un cancer du poumon). Pour le cancer du sein, par exemple, comme je le soulignais dans un article précédent:

«Dès qu'un cancer était confirmé, on se pressait d'enlever les deux seins, les muscles sous les seins et tous les ganglions sous l'aisselle (ganglions axillaires). Cette technique chirurgicale appelée mastectomie radicale a longtemps fait figure de dogme en ce qui concerne le traitement du cancer du sein. On doit cette chirurgie au docteur William Halstead au début du XXe siècle. Parfois, cela fonctionnait, mais le plus souvent le cancer revenait. Et on perpétua ce dogme même si le cancer pouvait quand même réapparaître (récidive) et même si des effets secondaires apparaissaient comme un bras qui devenait enflé et endolori (lymphœdème du bras communément appelé gros bras).»

Par la suite, bien d'autres thérapies ont vu le jour comme la radiothérapie, la chimiothérapie, l'immunothérapie, les thérapies géniques, etc. De nos jours, l'arsenal thérapeutique est vaste et est adapté à chaque individu.

Et la pensée positive

Tout comme il n'est pas possible de prouver que le cancer soit provoqué par un événement négatif de la vie (divorce, deuil, ruine financière, etc.), il n'est pas non plus possible de déduire que la pensée positive puisse guérir ou même aider à la guérison d'un cancer.

Ce qui ne veut pas dire qu'elle soit inutile, loin de là. Supposons ces trois situations possibles. La personne A est atteinte d'un cancer et maugrée contre le mauvais sort, la maladie et les douleurs qu'elle génère et meurt finalement au bout de 12 mois de cancer. Supposons maintenant la personne B, elle décide d'affronter la situation positivement, participe activement à ses traitements et s'inscrit auprès des groupes de soutien. Elle meurt aussi après un an. Pensons maintenant à une personne C qui est aussi positive que la personne B, mais qui survit et guérit de son cancer.

La différence: la personne A vécu une année pénible et mourut de son cancer. La personne B vécut une année positive et agréable et la personne C a certainement adopté une nouvelle vision de la vie qui la rend plus épanouie et plus heureuse. Je pense que la pensée positive permet de profiter agréablement de la vie, et ce, au jour le jour. Et c'est vrai pour toute personne, qu'elle soit atteinte ou non d'un cancer.

Il ne faut surtout pas se sentir coupable ou craindre d'augmenter sa maladie si on a des pensées négatives et encore moins culpabiliser les personnes atteintes de cancer si elles ne voient pas la vie en rose tous les jours. La maladie est suffisamment difficile, il ne faut pas y ajouter le poids de la culpabilité...

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