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12/05/2018 08:00 EDT | Actualisé 12/05/2018 08:00 EDT

La clé du succès en santé est un accès rapide

En cette période préélectorale, voilà un enjeu qui devrait être abordé par les partis politiques.

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Depuis sa création, notre système de santé a connu moult améliorations, transformations et réorganisations. Pourtant dans un sondage réalisé par la firme Léger en début avril 2018, à la section amélioration du système de santé: seulement 12% des répondants se sont déclarés satisfaits tandis que 81% étaient carrément insatisfaits.

Pourtant nul ne doute de l'excellence de nos médecins, ni des soins infirmiers, ni encore de la qualité de nos hôpitaux. Là où le bât blesse, c'est l'accessibilité.

Et c'est pourquoi le gouvernement actuel s'est acharné à transformer notre système de santé pour qu'il assure une meilleure accessibilité aux médecins de famille, un accès plus rapide à un médecin spécialiste, une diminution des temps d'attente aux urgences et un accès plus rapide aux chirurgies.

Mais qu'en est-il de la rapidité d'accès aux médicaments novateurs?

La santé étant un champ d'expertise provincial (principe de base qui semble parfois oublié par le gouvernement fédéral), le Québec s'est distingué favorablement du reste du Canada en matière d'accès aux médicaments.

En effet, le Québec a, sans conteste, fait preuve de vision en instituant un régime d'assurance médicament universelle mixte en 1997 qui permet à tous un accès aux médicaments à des prix les plus équitables possible. Une politique progressiste et avant-gardiste que le reste du Canada convoite de plus en plus alors qu'on débat actuellement sur la mise en place d'un régime canadien universel d'assurance-médicaments.

Le Québec a aussi innové en créant l'INESSS (Institut national d'excellence en santé et en services sociaux) dont l'une des fonctions est de faire une évaluation de l'efficacité d'un nouveau médicament par rapport aux coûts de ce dernier et d'émettre des avis au ministre de la Santé sur son ajout ou non à la liste des médicaments pouvant être remboursés par le gouvernement. Cet organisme québécois jouit d'une très bonne réputation quant à son expertise et efficacité. Et la réforme en cours de ses processus administratifs d'évaluation des médicaments est saluée par plusieurs intervenants. Cette réforme est dictée par la Stratégie des sciences de la vie du gouvernement du Québec déposée il y a près d'un an et vise ultimement à obtenir des avis plus tôt.

Toutefois, en matière de rapidité d'accès aux médicaments, le Québec, tout comme le Canada, pourrait, pour ne pas dire devrait, faire beaucoup mieux.

J'ai eu souvent l'occasion de m'interroger sur ce qui provoque un temps d'attente aussi long à travers le long processus d'évaluation et d'approbation des médicaments débutant par un avis de conformité de Santé Canada en passant par l'évaluation de l'INESSS et qui se poursuit à travers les négociations à l'Alliance pancanadienne pharmaceutique (APP) et ensuite avec le gouvernement du Québec pour en arriver à des ententes d'inscription.

J'ai signé plusieurs articles sur ces sujets : BLOGUE De bonnes nouvelles pour les sciences de la vie : le budget du Québec version 2018; BLOGUE Les médicaments pour bâtir un Canada meilleur ; BLOGUE Le prix des médicaments: la facilité ne sera pas la bonne solution ; BLOGUE Déshabiller Pierre pour ne pas réussir à habiller Paul!, etc.

Et chaque fois le même constat s'imposait, nous attendons au Canada (et au Québec) beaucoup trop longtemps avant qu'un nouveau médicament ne devienne accessible : de 1,5 année à deux ans.

Dans un rapport récent réalisé par l'Institut économique de Montréal, on peut lire : « Les nouveaux médicaments aident les gens à être plus en santé, plus longtemps, et à avoir des vies plus productives. Ils permettent aussi à nos systèmes de santé de réaliser des économies importantes. Les chiffres sont frappants : si, après 1995, les pays développés n'avaient eu accès à aucun nouveau médicament traitant les maladies cardiovasculaires, les séjours à l'hôpital pour ces maladies auraient coûté 70 % de plus dix ans plus tard. (...) Cependant, le remboursement des nouveaux médicaments par les régimes publics canadiens peut faire l'objet de délais considérables, en raison d'un processus réglementaire très lourd »

Selon cette étude, en 2015-2016, le processus d'évaluation ajoutait en moyenne 450 jours, soit environ 15 mois et souvent beaucoup plus, entre le moment où les médicaments sont approuvés par Santé Canada et celui où ils sont remboursés par les assureurs publics.

Et la situation au Québec n'est pas plus rose avec des délais moyens avoisinant ceux du reste du Canada. Toujours selon l'IEDM, dans le cas récent d'un nouveau médicament pour le cancer du sein, l'approbation par Santé Canada en mars 2016 n'a donné lieu à une inscription sur la liste des médicaments remboursés par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) qu'en février 2018, soit près de deux ans plus tard.

Pourtant, des solutions existent. Dans cette même étude, on peut aussi lire : cette course à obstacles que doivent affronter les nouveaux médicaments au Canada n'est pas une fatalité. En Allemagne, par exemple, les médicaments sont remboursés dès leur autorisation par les autorités sanitaires. Les évaluations économiques ne débutent qu'un an après leur mise en marché. Le gouvernement décide ensuite si le médicament doit continuer à être remboursé, et à quel prix. (...)

L'audace d'innover

Comme il l'a fait courageusement en créant son propre régime d'assurance médicament universelle mixte bien avant le reste du Canada où on commence à peine à aborder ce sujet, le Québec devrait continuer à innover en trouvant le moyen de rendre les nouveaux médicaments beaucoup plus rapidement accessibles au public. Il y a lieu d'aspirer à plus d'ambitions de la part du gouvernement du Québec :

  • Celle de voir les délais d'approbation des médicaments au Québec inférieurs à ceux du reste du Canada.
  • Celle d'infléchir cette moyenne de 450 jours d'attentes selon l'IEDM.
  • Et celle d'atteindre des délais de plusieurs pays tels l'Allemagne (106 jours environ), la Grande-Bretagne (111 jours), la Suisse (123 jours) ou encore la Finlande 250 jours).

La bonne nouvelle est que les principales conditions pour y arriver sont réunies. Le Québec jouit d'une totale latitude en cette matière puisque le médicament est une juridiction provinciale et il peut compter sur un organisme efficace, rigoureux et progressiste en matière d'évaluation du rapport efficacité/coût, l'INESSS.

Qui plus est, la Stratégie québécoise des sciences semble insuffler un vent favorable notamment en visant à ce que l'INESSS puisse amorcer ses évaluations en même temps que Santé Canada effectue ses évaluations sur la toxicité et innocuité des médicaments. Une mesure revendiquée par plusieurs associations de patients et le secteur des sciences de la vie.

La solution passe inévitablement par des mesures favorisant un remboursement des médicaments dès l'obtention des avis favorables de l'INESSS tout en s'assurant d'obtenir des prix comparables à ceux du reste du Canada.

Le Québec a fait preuve de vision avec son régime d'assurance médicament universelle mixte et il peut encore se démarquer pour le bien des patients.

Par ailleurs, il faut savoir que ces délais d'approbation des médicaments n'ont certainement pas de quoi favoriser les investissements en recherche dans notre belle province. Tout délai représente un obstacle aux investissements pour les innovations en science de la vie.

En innovant et en trouvant des moyens pour accélérer l'accessibilité aux nouveaux médicaments, notre gouvernement réalisera deux objectifs majeurs : augmenter la santé de sa population et favoriser les investissements dans l'innovation dans les sciences de la vie.

En cette période préélectorale, voilà un enjeu qui devrait être abordé par les partis politiques.