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23/10/2018 10:02 EDT | Actualisé 23/10/2018 10:04 EDT

Innover la façon de penser la santé

Le système de santé du Nouveau-Brunswick est-il le modèle dont le Québec devrait s'inspirer?

Lorsqu'il a été mis sur pied au milieu du XXe siècle, le système de santé devait répondre à des besoins propres aux années 1960-70. Qui l'eut cru, le monde a changé depuis!
sasirin pamai via Getty Images
Lorsqu'il a été mis sur pied au milieu du XXe siècle, le système de santé devait répondre à des besoins propres aux années 1960-70. Qui l'eut cru, le monde a changé depuis!

Récemment, j'ai eu le privilège d'être invité à un cocktail-déjeuner-conférence organisé par le CEPSEM (Conseil des entreprises privées en santé et mieux-être). Le conférencier invité était M. Bernard Lord, ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, maintenant directeur de Medavie (Medavie-Croix-Bleue et SMU Medavie). Il venait y présenter sa vision du système de santé tant à l'époque où il était premier ministre qu'aujourd'hui où il est à la tête d'une grande entreprise privée en santé.

«Ailleurs, c'est peut-être loin. C'est peut-être à côté»

Comme le chante notre poète Jean-Pierre Ferland. Et il ajoutait: faudrait y aller. Et c'est ce que la conférence de M. Lord nous a permis. Le Nouveau-Brunswick, ce n'est pas loin, c'est juste à côté. En revanche, la description de son système de santé nous entraîne bien loin en avant de ce que nous vivons ici. Un petit exemple pour commencer ce voyage fantastique: cette année dans cette province, l'objectif est d'atteindre la note de 98% du taux de satisfaction du public envers leur système de santé. Pour l'instant, à peine 90% de leur population est actuellement satisfaite de leur système de santé.

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Je n'ai pas osé parler de nos faméliques 35%. En 2014, «le taux de satisfaction à l'égard du système de santé est de 35%, tandis que le taux d'insatisfaction est de 62%. Quelque 26% des gens se disent même très insatisfaits», selon un sondage CROP Radio-Canada. Un sondage réalisé trois ans plus tard le confirmera à nouveau: «Le sondage donne la mesure de la déception des Québécois à l'égard de leurs services de santé. Moins du quart des répondants estiment en avoir pour leur argent, s'ils considèrent ce qu'ils versent en impôts, en taxes et en frais.»

À moins de 25%, nous sommes donc à des années-lumière de ce qui se passe chez nos voisins du Nouveau-Brunswick en matière de satisfaction face au système de santé. Qu'est-ce donc qui peut justifier un si grand écart?

La peur d'innover

Un humoriste a déjà dit: «Au Québec, on n'a pas peur du changement, pourvu que tout reste pareil comme avant...» La phrase semble avoir été créée spécifiquement pour notre système de santé. Quitte à me répéter, au début des années 2000, nous avons changé les Régies régionales pour les Agences de Santé, puis en 2014, nous avons changé les Agences de santé pour les CISSS et les CIUSSS.

Ces changements furent d'une telle ampleur qu'aucun patient n'en a vu l'ombre de l'iota d'une différence. À en croire nos ministres de la santé de ces époques, le changement était radical. Mais le problème, c'est que les patients n'ont jamais réalisé ni encore moins bénéficié de ces changements. Pour eux tout est resté pareil: toujours aussi difficile d'avoir accès à son médecin de famille et des attentes déraisonnables dans les salles d'urgence de nos hôpitaux.

Si le patient est au cœur du système, force est d'admettre qu'il s'agit d'un cœur artificiel situé loin à l'extérieur du système.

C'est un peu normal parce que durant ces changements, aucun patient n'a été consulté, ou même avisé des directions qu'entendait prendre le ministère. Si le patient est au cœur du système, force est d'admettre qu'il s'agit d'un cœur artificiel situé loin à l'extérieur du système. Il est pour quand, le bureau des usagers qui permettrait aux patients de participer, de consulter et d'être consultés?

Pourtant ceux qui osent semblent avoir plus de succès

Lors de son allocution, M. Bernard Lord affirmait que l'innovation est beaucoup plus que la création de nouvelles technologies ou de nouveaux médicaments. Pour lui l'innovation commence par la façon de penser. Avant tout, il faut repenser le système de santé en fonction de la réalité contemporaine.

Lorsqu'il a été mis sur pied au milieu du XXe siècle, le système de santé devait répondre à des besoins propres aux années 1960-70. Qui l'eut cru, le monde a changé depuis!

Sur le plan économique, nous surfions alors sur le boom économique d'après-guerre. Au niveau social et démographique, les baby-boomers entraient dans la vingtaine, une période de la vie où on a moins besoin des services médicaux. Soixante ans plus tard, les situations ont bien changé. Cette génération est maintenant âgée de 60 ans et plus et leurs besoins en soins de santé augmentent tous les ans. De plus, l'espérance de vie a aussi augmenté sensiblement, si bien que la cohorte des personnes âgées grossit et vit plus longtemps ce qui crée une pression croissante tant sur les finances du système que sur son personnel.

D'autre part, les maladies même ont changé et se sont complexifiées. Il n'est plus rare et c'est pratiquement devenu la norme de recevoir des patients souffrant de deux, trois ou quatre maladies chroniques simultanément, ce qui rend les traitements et les suivis beaucoup plus exigeants. Finalement, l'essor, tant dans les nouvelles technologies (diagnostiques, informatiques, et curatives) que dans les nouveaux médicaments, offre aux soignants une gamme de produits et de services de plus en plus efficaces et... dispendieux.

Nouveau monde = nouvelle façon de penser le système de santé

En ce sens, M. Bernard Lord est allé très loin dans la transformation du système de santé du Nouveau-Brunswick. Il est parti du principe que l'État devait financer et réglementer le système de santé, mais devait en confier la gestion à d'autres. Il devait financer et réglementer, afin d'assurer l'universalité, l'accessibilité et la gratuité des services de santé à la population. Toutefois, il devait aussi en laisser la gestion à d'autres dans le but de s'assurer que les services seraient rendus à la population avec le maximum d'efficacité.

Selon M. Lord, il n'est pas du rôle du ministère de s'impliquer dans la gestion au jour le jour des soins de santé. Plusieurs mesures ont ainsi été mises en place. Par exemple, la gestion des services ambulanciers a été confiée à la compagnie d'assurance Medavie. Dans une province où les distances sont importantes entre les régions et le centre, le transport des patients occupe une part importante des investissements. L'ambulance n'est pas toujours le meilleur moyen. Une compagnie privée dispose de la flexibilité nécessaire pour fournir un transport adéquat et adapté aux diverses situations.

Un autre exemple: souvent le même patient peut avoir appelé à sa clinique de quartier, au 811 et finalement au 911 dans la même journée pour trouver le service dont il a besoin. Chaque fois, il doit répéter son histoire, patienter et obtenir une information qui n'est pas forcément celle qu'il espérait. Un système intégré, où tous ces intervenants reçoivent ces informations en même temps, facilite l'accès et la prise en charge du patient au moment où il en a besoin.

Le Nouveau-Brunswick a augmenté de 15% le nombre des visites à domicile des patients et ceci s'est traduit par une diminution de 15% de la clientèle aux urgences.

Finalement, le Nouveau-Brunswick a augmenté de 15% le nombre des visites à domicile des patients et ceci s'est traduit par une diminution de 15% de la clientèle qui se présente aux salles d'urgence des hôpitaux. La gestion des soins de santé par l'entreprise privée permet l'éclosion de solutions flexibles, pratiques et novatrices.

En somme, nos voisins de l'Atlantique auront réussi avant nous à appliquer ce que plusieurs, dont j'en suis, ont préconisé ici: dépolitiser, décentraliser et démocratiser notre système de santé.