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09/06/2018 08:00 EDT | Actualisé 09/06/2018 08:00 EDT

Garde à vue: le glaucome

Les personnes souffrant de diabète et celles dont un des parents proches a souffert de glaucome sont plus susceptibles d'avoir un glaucome.

WIN-Initiative via Getty Images

C'est un grand ami. Depuis près de dix ans, la maladie semble s'acharner sur lui. En 1998, il dut mener une lutte féroce contre un cancer. Puis en 2004, il fut victime d'un infarctus qui le conduisit directement en chirurgie cardiaque avec quatre pontages coronariens. À peine remis, voilà que le cancer récidive. Durant toutes ces années, il avait maintenu un moral de fer. Il s'occupait d'une grande fondation sur le cancer du sein et on le retrouvait toujours souriant s'occupant bien plus des malheurs des autres que de ses propres ennuis. Puis un jour, je lui téléphone et au lieu de retrouver cet homme jovial, j'entends une faible voix dénuée de tout enthousiasme me saluer. Qu'est-ce qui pouvait ébranler ce rocher d'optimisme? Mon ami était de toute évidence bien découragé. « Depuis près de dix ans, j'ai supporté les chimiothérapies, une opération à cœur ouvert et encore des traitements de chimio. Ma vue avait bien baissé. J'ai appris hier que la pression à l'intérieur de mon œil n'arrive pas à se stabiliser malgré les médicaments et la chirurgie au laser. Je vois de moins en moins et bientôt, je serai aveugle, c'est irréversible. » L'éventualité de perdre la vue avait réussi à saper le moral de cet homme qui avait pourtant frôlé la mort à plusieurs reprises sans broncher. C'est la tristesse de mon ami qui m'a inspiré aujourd'hui à écrire cet article sur le glaucome.

Le glaucome

Le glaucome est une affection de l'œil relié à une hausse anormale de la pression à l'intérieur du globe oculaire. Cette maladie qui se manifeste surtout après l'âge de 40 ans est à plusieurs égards fort sournoise. D'abord, dans la très grande majorité des cas, elle est tout à fait indolore. Et l'absence de douleurs fait en sorte que lorsqu'on consulte, bien des dommages sont déjà irréversibles. Pour bien comprendre le glaucome et tenter de le prévenir, il importe de connaître la nature de l'œil humain.

En somme, l'œil est composé d'une coquille sphérique appelée la membrane sclérotique, plus communément connue sous le nom : blanc de l'œil. Cette coquille est emplie d'un liquide clair, l'humeur aqueuse qui établit la tension intraoculaire. La partie centrale avant de l'œil est formée d'une fenêtre transparente : la cornée qu'on pourrait comparer à la lentille d'une caméra. L'iris, le cercle coloré de l'œil agit quant à lui comme un diaphragme s'agrandissant lorsque la lumière est faible et se rapetissant lorsque l'éclairage est plus puissant pour laisser passer la quantité de lumière optimale par la pupille (trou noir au centre de l'œil). L'image ainsi récoltée passe ensuite à travers le cristallin qui verra à la mettre au foyer en modifiant sa courbure. Finalement, l'image sera recueillie par la rétine, l'équivalent de la pellicule dans la caméra. Cette rétine est composée de millions de fibres nerveuses sous forme de cônes et de bâtonnets qui vont envoyer l'image au cerveau par le nerf optique lui-même composé originellement d'environ 1 200 000 fibres nerveuses.

Bon an, mal an, on perd normalement près de 5 000 de ces fibres. Mais si, par exemple, la pression de l'humeur aqueuse augmente de manière anormale, elle causera une perte plus rapide de ces fibres nerveuses entraînant des zones de plus en plus grandes de perte de vision. La plupart du temps, ces champs qui ne voient plus se situent d'abord sur le côté interne de l'œil comme à l'angle supérieur entre le coin interne de l'œil et le nez.

Graduellement, d'autres parties s'obscurciront et la vision diminuera graduellement. Comme il s'agit de fibres nerveuses, celles-ci ne se régénèrent pas, ce qui est perdu ne revient donc plus. Il est possible, comme nous le verrons plus loin d'intervenir pour stopper ou du moins ralentir l'évolution du glaucome. Comme la maladie est indolore et que les pertes de visions ne sont pas perceptibles au début, un œil compensant la perte de l'autre, il arrive souvent que l'on consulte trop tard pour pouvoir éviter des dommages permanents. À partir de quarante ans ou même avant si un membre de la famille a déjà été atteint de glaucome, on devrait consulter annuellement un professionnel de la vue, oculiste ou ophtalmologiste, ne serait-ce que pour dépister la maladie avant qu'elle ne provoque trop de pertes de vision. Lorsque la vision centrale (ce qu'on voit en face de nous) diminue, c'est souvent à ce moment que les personnes vont consulter.

Lors de l'examen routinier de la vue, il est possible de détecter facilement la présence du glaucome. L'oculiste recommandera alors le patient à un ophtalmologiste qui identifiera le niveau exact de l'évolution du glaucome et déterminera le traitement adéquat. La tension interne de l'œil peut être due ou bien à une augmentation de sécrétion de l'humeur aqueuse ou le plus souvent par un ralentissement au niveau de l'évacuation de ce liquide. Ainsi lorsque se bouche très progressivement le système de drainage de l'humeur aqueuse, la pression intraoculaire augmente au même rythme. Ceci résultera au type le plus fréquent de glaucome : le glaucome à angle ouvert. Lorsque diagnostiqué tôt, ce type de glaucome se contrôle le plus facilement et évoluera très lentement.

Il existe aussi, mais beaucoup plus rarement, un glaucome dit à angle fermé. Dans cette forme de la maladie, la zone où s'évacue normalement l'humeur aqueuse se ferme rapidement. L'œil devient alors douloureux et rouge. Le patient, habituellement âgé, ressent alors de violents maux de tête, une vision floue et des nausées. Il faut alors consulter de toute urgence.

Encore plus rarement, on peut être en présence d'un glaucome à pression normale. Le nerf optique affiche des lésions bien visibles sans augmentation de la tension intraoculaire. On rencontre aussi des formes atypiques de glaucome résultant d'un traumatisme oculaire, d'une maladie inflammatoire de l'œil ou d'un traitement par cortisone.

Le diagnostic

L'ophtalmologiste pourra diagnostiquer précisément le glaucome en mesurant à l'aide de gouttes et d'une lentille cornéenne spéciale la pression intraoculaire et avec un microscope (gonioscopie), il pourra déterminer le type de glaucome, à angle ouvert ou fermé. Il proposera alors le traitement adéquat.

Il faut se rappeler que les personnes souffrant de diabète et celles dont un des parents proches a souffert de glaucome sont plus susceptibles d'avoir un glaucome.

Traitements

Les premiers traitements sont habituellement médicamenteux. Il s'agit de gouttes ophtalmiques qui auront pour effet de diminuer la production d'humeur aqueuse ou de faciliter son drainage. Il est très important de respecter l'horaire d'administration de ces gouttes. Il existe aussi des traitements par laser YAG ou autres. Finalement, quand ces traitements ont atteint leur limite et ne sont plus efficaces, on peut songer à une chirurgie qui installera une petite soupape qui permettra l'évacuation de l'humeur aqueuse à l'extérieur du globe oculaire.