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13/10/2018 06:00 EDT | Actualisé 13/10/2018 06:00 EDT

L’État, les médicaments et vous

Comme une partie de la facture est assumée par l'État, celui-ci joue un rôle majeur dans l'établissement des coûts des médicaments.

Si on prend en considération les sommes investies en recherche et développement pour les médicaments qui ne voient pas le jour, le coût de développement d'un seul médicament peut varier alors de 4 à 11 milliards de dollars US.
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Si on prend en considération les sommes investies en recherche et développement pour les médicaments qui ne voient pas le jour, le coût de développement d'un seul médicament peut varier alors de 4 à 11 milliards de dollars US.

Particulièrement à l'arrivée d'un nouveau gouvernement, la question du rôle et de la taille l'État dans la vie du citoyen devient encore plus pertinente. En matière de santé, un poste budgétaire qui occupe plus de la moitié des dépenses publiques, il est du devoir de notre gouvernement d'administrer sainement les deniers publics. Nul ne saurait le contester. Les questions de coûts et de bénéfices s'appliquent aussi aux médicaments. Tentons de jeter un regard sur ce qu'il en est réellement.

La recherche de nouveaux médicaments

Alors que les médicaments font partie de l'arsenal thérapeutique permettant de sauver des vies ou d'améliorer la santé, il faut bien réaliser que ceux-ci n'arrivent pas par miracle dans les officines des pharmacies. Il en coûte environ 2,6 milliards de dollars US pour mettre au point un nouveau médicament, selon une étude de l'Université Tufts au Massachusetts.

De plus, il faut ajouter un coût supplémentaire lorsque l'on considère que, sur 10 000 molécules considérées en début d'une recherche, une seule deviendra un médicament. Si on prend en considération les sommes investies en recherche et développement pour les médicaments qui ne voient pas le jour, le coût de développement d'un seul médicament peut varier alors de 4 à 11 milliards de dollars US.

Ce processus implique 10 à 15 ans de recherches, tant fondamentales que cliniques. Et, même une fois un nouveau médicament trouvé, il faudra patienter de longues années avant de pouvoir se le procurer sur le comptoir du pharmacien. En somme, un médicament sur douze franchira l'étape de la commercialisation.

Ces milliards de dollars sont de plus en plus investis en collaboration avec les centres de recherche, les universités et les centres de recherche pour créer des emplois de haut niveau et pour financer l'innovation.

Les coûts des médicaments

Tous ces investissements et années de recherche pour découvrir de nouveaux médicaments font en sorte que, bien sûr, les médicaments ont un coût. Et comme une partie de la facture est assumée par l'État, celui-ci joue un rôle majeur dans l'établissement des coûts des médicaments.

Il le fait à travers l'organisme fédéral, le Conseil d'examen du prix des médicaments brevetés (CEPMB) et l'ensemble des provinces, qui ont la responsabilité de gérer leurs régimes d'assurances-médicaments, s'assurent d'un processus rigoureux d'évaluation du coût-bénéfice de chacun des médicaments et peuvent adopter des politiques de prix et négocier des ententes de rabais des prix à travers l'Alliance pancanadienne pharmaceutique (APP) ou individuellement.

Depuis le début des années 1990, les prix canadiens des médicaments brevetés se situent, en moyenne, sous la médiane des prix internationaux.

Et au Québec, le montant remboursé par le régime public pour des médicaments novateurs a diminué de 6% au cours des six dernières années (2010-2011 à 2015-2016), passant de 2323 milliards de dollars à 2113 milliards de dollars. De sorte que la part du montant remboursé par le Régime public québécois pour les médicaments novateurs dans le budget total de la santé a diminué de 22% au cours des six dernières années (de 7% à 5,4%).

Il importe ici de rappeler que les dépenses en médicaments génèrent des bénéfices significatifs pour les patients et permettent d'éviter d'importantes dépenses au sein du réseau de la santé. Elles représentent l'un des investissements les plus productifs du système de santé.

Les forces du Québec

Le Québec dispose de bien des avantages en ce qui concerne les médicaments. Entre autres, il peut compter sur une longue tradition en recherche et développement de nouveaux médicaments.

Près de 50% des sièges sociaux canadiens des multinationales pharmaceutiques sont situés dans la grande région métropolitaine de Montréal et des installations manufacturières majeures se retrouvent dans la région métropolitaine de Montréal et la ville de Québec. On doit aussi savoir que l'industrie pharmaceutique innovatrice a généré en 2016 au Québec des retombées économiques directes de plus de 3,1 milliards $.

Le Québec se positionne comme chef de file en regard des projets réalisés en partenariats grâce à l'excellence de ses infrastructures de recherche. Le Québec se situe aussi aux premières loges en ce qui concerne l'intelligence artificielle, une science qui prend de plus en plus de place en recherche médicale.

Un autre avantage distinct du Québec est notre régime d'assurance-médicaments qui assure une couverture publique des prix des médicaments lorsque les citoyens ne sont pas couverts par une assurance privée.

Toutes les Québécoises et tous les Québécois peuvent bénéficier d'une assurance, publique ou privée, et peuvent donc se procurer leurs médicaments sans obstacle financier majeur.

Le Québec dispose aussi de l'INESSS (Institut d'excellence en santé et services sociaux). Cette institution dispose de toute l'expertise nécessaire pour évaluer les médicaments tant au niveau de leur efficacité que de leurs prix.

Malgré ces avancements indéniables du Québec en ce qui concerne les produits pharmaceutiques, quelques améliorations demeurent encore en suspens.

Voici donc trois avenues qui nous permettraient au Québec de faire encore mieux en ce qui a trait aux médicaments:

  1. Optimiser l'usage des médicaments

Il faut entre autres améliorer sans cesse les voies pour optimiser au maximum l'usage des médicaments. Donner trop de médicaments, en donner trop longtemps ou encore en donner aux mauvaises clientèles n'est certainement pas une bonne mesure.

Non seulement cela représente-t-il un gaspillage de fonds publics, mais c'est très néfaste simplement sur le plan de la santé publique. Plusieurs solutions existent, dont une meilleure collaboration entre les divers professionnels de la santé (médecins, pharmaciens, infirmières, etc.) et un meilleur accès aux données biomédicales en milieu réel.

  1. Offrir un accès rapide aux nouveaux médicaments

En se servant de son expertise avec l'INESSS, le gouvernement du Québec devrait être en mesure de raccourcir considérablement la période d'attente entre l'acceptation d'un nouveau médicament par Santé Canada et son remboursement par la RAMQ.

À cet égard, il peut s'écouler plus de 15 mois d'attente inutile. En réduisant ce temps d'attente, le Québec atteindrait deux objectifs: mettre à la disposition des patients qui en ont besoin un nouveau médicament et stimuler les investissements publics et privés en recherche pharmaceutique.

Plus d'une année d'attente pour avoir accès à un nouveau médicament peut être fatal quand on souffre d'un cancer, ou bien pénible si on a besoin d'un médicament qui pourrait nous soulager de nos douleurs et nous permettre de retourner au travail.

Et dans un autre ordre d'idée, il est plus alléchant d'investir dans la recherche et le développement de nouveaux médicaments lorsque l'on sait que leurs commercialisations ne traîneront pas en longueur.

  1. Offrir un accès aux banques de données médicales et pharmacologiques

Avec son régime universel de santé, son régime d'assurance-maladie et l'informatisation des banques de données, le Québec dispose d'un répertoire unique d'informations sur la santé, les maladies et les divers moyens de traiter ces maladies. Si le Québec ouvrait cette banque aux chercheurs et à leurs centres de recherche, il faciliterait grandement les innovations dans toutes les sciences de la vie.

Cette banque de données permettrait aussi d'établir des comparaisons. Il est impossible, à l'heure actuelle, de vérifier les résultats des interventions thérapeutiques des hôpitaux. Par exemple, après le même type d'intervention auprès d'une clientèle semblable, lequel des deux hôpitaux comparés affiche les meilleurs résultats? Avec de telles données, il serait certainement possible d'optimiser les traitements et aussi très certainement l'usage des médicaments, un objectif qui est pourtant essentiel.

En conclusion

Il faut se rappeler que les patients remis sur pied plus rapidement, sont plus productifs et peuvent retourner au travail plus tôt. Les médicaments novateurs améliorent donc la productivité des travailleurs du Québec en réduisant l'invalidité et l'absentéisme des employés et permettant ainsi d'alléger un fardeau qui correspondrait à 17% de la masse salariale des organisations.

Santé publique et économies peuvent très bien s'agencer même si parfois, en parlant des médicaments, certains aiment bien ne présenter que la colonne des dépenses, oubliant de ce fait de parler de la colonne des bénéfices. Nous savons pertinemment que l'analyse des coûts n'est pas plus importante que celle des bénéfices.

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