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08/12/2018 06:00 EST | Actualisé 08/12/2018 06:00 EST

L’enfant-roi et l'enfant-bijou: des créations du monde moderne?

Entre le service de garde, les activités éducatives et sportives, de combien de temps dispose notre enfant pour ne rien faire, juste s'amuser sans rien apprendre, pour se faire plaisir à lui?

Les enfants doivent jouer, c'est la façon naturelle d'apprendre à devenir adulte. Et puis, s'ils ne s'amusent pas durant leur enfance, quand le feront-ils?
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Les enfants doivent jouer, c'est la façon naturelle d'apprendre à devenir adulte. Et puis, s'ils ne s'amusent pas durant leur enfance, quand le feront-ils?

Père de quatre enfants et ayant eu la chance de cosigner deux livres sur l'éducation des enfants1 et 2, j'ai toujours eu à cœur d'essayer de donner le meilleur à mes enfants et maintenant à mes petits-enfants.

Comme père, et comme tous les pères, je n'ai certes pas été parfait, mais j'avais la chance de pouvoir me renseigner et divulguer le fruit de ces informations. Lors de la sortie d'un de ces livres, je fus convié à une entrevue. L'interviewer m'avait alors demandé ce qu'on pouvait faire avec un petit garçon de trois ans qui jetait des morceaux de gâteau au visage de son grand-père en plein restaurant. Ne serait-ce pas plus efficace de lui donner une bonne taloche pour freiner cet enfant-roi?

Je lui répondis par une question: qu'est-ce donc qu'un enfant roi?

Qu'est-ce qu'un enfant roi?

L'enfant-roi est-il celui à qui on a offert les consoles X-Box, Nintendo, ordinateurs et autres jeux vidéo afin de pouvoir vaquer à ses occupations, pendant que fiston est obnubilé —pour ne pas dire paralysé —devant son écran de cinéma maison? S'il peut jouer une heure de plus, cela fera une heure de plus de tranquillité pour maman et papa.

Est-il celui qui s'amuse tant bien que mal dans la piscine, pendant que les parents festoient autour avec des amis? Ou encore est-il celui qui passe 12 jours chez maman, puis deux chez papa, et qui a à s'habituer aux six mois (si ce n'est pas plus fréquent) au nouveau conjoint de maman ou à la nouvelle conquête de papa? Est-il celui qui, rapidement diagnostiqué, prend du Ritalin comme on avalait des vitamines il y a 15 ans?

Est-il l'heureux bénéficiaire de toutes les tentatives, essais et expérimentations aussi diversifiées que fréquentes des nouvelles orientations pédagogiques à la mode?

Ou encore l'heureux chérubin est-il inscrit à toutes les activités scolaires, parascolaires, sportives et sociales dispensées dans son milieu? Fait-il partie de la plupart de ces nourrissons qui, déjà bien avant d'avoir atteint la première année de leur existence, sont placés à la garderie, bénéficiant matin et soir de l'accueil enthousiaste d'un papa et d'une maman épuisés?

En fait, je vois beaucoup plus de ces enfants qui, bien loin d'être rois, deviennent dès la naissance les esclaves d'une société qui, dans le fond, ne voulait peut-être pas vraiment d'eux. C'est pourquoi il peut arriver que, quelques fois, au restaurant, il y ait un enfant quelque peu turbulent qui jette un morceau de gâteau au visage de pépère. Certains enfants aimeraient bien, à l'occasion, que les adultes s'aperçoivent qu'ils existent.

L'enfant-bijou est-il votre création?

L'une des utopies du matérialisme est de prétendre que nous sommes ce que nous avons, ce que nous possédons. Nous avons un gros écran plasma, nous sommes quelqu'un qui a réussi.

Toujours consommer pour être quelqu'un, telle est la règle de la société capitaliste.

Même pour être écologiste, il faut consommer: une bicyclette, un casque de vélo signé, collants de cyclisme, un véhicule hybride ou encore tout électrique. Tous s'évertuent à nous vendre des biens (même ce mot est étrange, pourquoi pas des «maux»?) qui montreront qui nous sommes. Le même raisonnement se colle au besoin d'avoir un enfant. Après tout, il faut montrer que nous sommes parents.

Plus l'enfant sera brillant, plus nous serons fiers de le montrer, comme un bijou dont l'or brille de mille feux. Un peu comme le cycliste doit acquérir une panoplie d'équipements pour montrer qu'il est un individu responsable (casque), écologiste (vélo), prudent et suffisamment riche pour se payer le dernier costume à la mode, le parent moderne n'a pas besoin que d'un enfant pour prouver sa parentalité. Il doit montrer qu'il est un bon parent, qu'il possède la poussette la plus onéreuse.

En réalité, il finira par en avoir trois ou quatre, pour faire son jogging, son cyclisme, ses courses au supermarché et pour voyager en avion. Plus tard, lorsque ce bébé se transformera en enfant, les garderies les plus chères seront les meilleures, et pourquoi ne pas l'inscrire dans des institutions qui commencent à dispenser de l'enseignement dès l'âge de deux ans?

Tout le monde rêve d'avoir ou de former un petit génie. Heureusement, très peu sont exaucés.

Et si l'enfance était un âge pour s'amuser?

Entre le service de garde, les activités éducatives —comme les cours de piano, de flute ou que sais-je encore — et les activités sportives, de combien de temps dispose notre enfant contemporain pour ne rien faire, juste s'amuser sans rien apprendre, sans rien devoir à personne, juste pour se faire plaisir à lui? Si vous dépassez les 10 minutes par jour, inscrivez-le au record Guinness...

La semaine dernière, à une émission radiophonique matinale de notre société d'État, on entendait le cri du cœur d'un enfant de huit ans: «Cinq jours d'école, c'est trop!». Comme le relevait fort justement sa mère, nous ne réalisons pas que nous soumettons nos enfants à des horaires d'école qui avoisinent (sinon dépassent) le travail à temps plein des adultes.

Les enfants sont de plus soumis aux mêmes exigences de performances (parfois même bien plus) que les employés au travail.

Il est grand temps de se pencher sur le monde des petits. Peut-être que si nous prenions le temps de les écouter, on arriverait à trouver des solutions qui tiennent compte de leurs réels besoins:

  1. de parents qui leur témoignent de l'affection, leur portent attention et s'intéressent à ce qu'ils font.
  2. de jeux: les enfants doivent jouer, c'est la façon naturelle d'apprendre à devenir adulte. Et puis, s'ils ne s'amusent pas durant leur enfance, quand le feront-ils?

1 Pierre Mailloux, Jacques Beaulieu, Pour l'amour des enfants, Éditions du Trait d'Union, août 2002
2 Pierre Mailloux, Jacques Beaulieu, Pour élever ses enfants... Prière de ne pas les rabaisser, Éditions Publistar, 2006

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