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05/01/2019 06:00 EST | Actualisé 05/01/2019 06:00 EST

Retraite, burn-out et roue de secours

De nos jours, il n'est plus question de penser travailler jusqu'à 65 ans au même endroit et de passer sa retraite à ne rien faire.

Même si vous êtes dans un emploi gouvernemental sécurisé ou dans une grande firme, même si vous croyez détenir un poste d'une stabilité à toute épreuve, vous devriez avoir votre roue de secours.
filadendron via Getty Images
Même si vous êtes dans un emploi gouvernemental sécurisé ou dans une grande firme, même si vous croyez détenir un poste d'une stabilité à toute épreuve, vous devriez avoir votre roue de secours.

Y a-t-il une roue de secours dans votre automobile? Vous en servez-vous souvent? La très grande majorité des conducteurs possèdent une roue de secours dont ils ne se servent à peu près jamais, mais ils sont quand même bien heureux de l'avoir sous la main. Ma première recommandation serait de vous fabriquer une ou des roues de secours dans votre travail. Même si vous êtes dans un emploi gouvernemental sécurisé ou dans une grande firme, même si vous croyez détenir un poste d'une stabilité à toute épreuve, vous devriez avoir votre roue de secours.

Mais qu'est-ce que c'est que cette fameuse roue de secours?

C'est ce qu'on nomme aussi un plan B. Par exemple, il est possible aujourd'hui pour tous de posséder son ordinateur, tablette, et son imprimante. Tous ces items ne requièrent aujourd'hui qu'un investissement minime. Avec ça, tout un chacun est en mesure de faire son CV et sa carte de visite. Toute personne devrait être capable de répondre à ces questions: qui suis-je? Quelles études ai-je effectuées? Quels services puis-je offrir? La carte de visite doit pouvoir répondre à ces questions.

Les gens qui souffrent de burn-out mettent parfois quelques semaines avant de pouvoir répondre efficacement à ces questions simples, de produire une carte de visite qui a de l'allure et qui pourrait éventuellement pouvoir leur ouvrir des portes. Dans certains cas, un peu de bénévolat dans le milieu où on pourrait vouloir évoluer permet de placer des bases qui s'avéreront salutaires advenant une réorientation de carrière forcée ou planifiée.

De nos jours, il n'est plus question de penser travailler jusqu'à 65 ans au même endroit et prendre sa retraite à ne rien faire. D'une part, les emplois garantis jusqu'à 65 ans se font de plus en plus rares, j'oserais dire heureusement, et, d'autres part, arrêter toute activité de travail à 65 ans et rester à ne rien faire pendant 15, 20, 30 ans et plus est impensable.

J'avais un oncle qui prit sa retraite en 1978. Il déclarait fièrement qu'il avait travaillé pendant 45 ans pour le même employeur. Embauché comme préposé au voyageur dans une grande compagnie ferroviaire alors qu'il n'avait que 20 ans, il a gravi les échelons pour devenir chef de train. Il pouvait passer des heures à nous raconter le jour glorieux de sa vie où Sa Majesté Elizabeth II était montée dans son train pour faire le voyage Montréal—Ottawa, tout en balançant de la main droite sa montre de poche en or, unique cadeau de son employeur pour souligner son départ à la retraite. Plusieurs éléments concourent aujourd'hui pour rendre de plus en plus impossible cette ancienne réalité de la montre en or, et de se bercer pour le reste de nos jours.

La retraite piégée: première raison d'une roue de secours

D'abord, il n'y a plus assez de jeunes travailleurs pour payer la retraite qui risque, avec l'espérance de vie qui augmente sans cesse, de durer fort longtemps. «Si on attribuait à la population d'aujourd'hui la structure par âge qu'elle atteindra dans 20 ans, tout en conservant les règles fiscales et les engagements de dépenses actuels, les revenus fiscaux du Québec diminueraient de 5 milliards et les dépenses augmenteraient de 5 milliards. Au total, le "trou budgétaire" d'origine démographique atteindrait donc plus de 10 milliards, écrivaient récemment les économistes Pierre Fortin, de l'UQAM, et Marc Van Audenrode, de l'Université Laval», tel que le rapportait Jonathan Trudel dans un grand reportage intitulé «Les années zéro», dans la revue L'Actualité du 15 mars 2005.

À 65 ans et plus, l'esprit est encore vif. Une retraite ne veut donc plus dire ne rien faire. Un professeur d'université peut, après sa retraite, donner des cours privés ou il peut devenir conférencier. Préparer une deuxième carrière devient donc une nécessité. La roue de secours est cette préparation obligatoire.

Une autre raison de préparer sa roue de secours

Si un jour, le patron devient insupportable, si ses exigences s'avèrent impossibles à réaliser, j'ai une roue de secours. J'ai une deuxième carrière que j'ai déjà préparée. Donc au lieu de me retrouver coincé sous le joug d'un travail aussi inacceptable que nécessaire, je me retrouve avec trois atouts. Je me suis préparé une deuxième carrière pour ma retraite.

Je peux quitter un emploi avant de me rendre malade et ma deuxième carrière devient une alternative salutaire.

Mal pris, je peux aussi décider de commencer une retraite anticipée. Mes revenus de retraite seront certes moins importants, mais ma deuxième carrière comblera le déficit. Par exemple, si je me retrouve avec 40% de mon salaire et 100% de mon temps pour faire autre chose, la situation n'est pas si mal. La sécurité n'est plus un objectif. Au contraire, elle peut nous affecter surtout si on s'en fait un impératif.

C'est le nouvel ordre depuis les changements technologiques. Pour éviter le burn-out, il faut développer sa curiosité, s'informer de ce qui se passe autour de soi, aller partager un repas avec des personnes qui réussissent. On peut aussi suivre des cours pour enseigner comment réussir, assister à des conférences sur la motivation.

Il est possible de remplacer l'envie par la curiosité.

Quand on rencontre des amis, il est possible de les interroger sur comment ils ont appris à réussir. Même en présence d'autres personnes plutôt antipathiques, au lieu de s'arrêter à ce qui est énervant, on peut prendre le temps de les interroger sur leur secret de la réussite. Il est possible de remplacer l'envie par la curiosité. Par exemple, au lieu de se dire que telle personne réussit là où je n'y arrive pas, il est possible d'approcher cet individu et lui demander comment il y est parvenu. Le réseau devient un outil important sur le chemin du succès.

(Cet article est inspiré du livre que j'ai écrit avec le médecin-psychiatre Édouard Beltrami: Prévenir le Burn Out: s'en sortir, Éditions Logiques, 2006)

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