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05/07/2016 08:23 EDT | Actualisé 05/07/2016 11:33 EDT

Malade notre système de santé: de David Cameron à Gaétan Barrette

Pendant des décennies, les mesures apportées pour régler les principaux et récurrents problèmes de notre système de santé ressemblaient plus à un remède homéopathique.

L'écriture de ces articles m'a permis ces deux constats: d'abord, les actions du ministère n'apportent à toutes fins pratiques jamais les résultats escomptés et ce, dans l'indifférence quasi totale des citoyens et des médias d'information.

Pendant des décennies, les mesures apportées pour régler les principaux et récurrents problèmes de notre système de santé ressemblaient plus à un remède homéopathique. Et les partis d'opposition réclamaient beaucoup plus un remède de cheval et des positions plus audacieuses. Mais quand ces partis reprenaient le pouvoir, l'homéopathie revenait à la mode. Et ceux-là même qui avaient exigé plus de courage du gouvernement précédent s'ancraient dans un immobilisme rassurant et tout aussi honteux. Ainsi, d'une commission d'étude à l'autre, rien ne changeait vraiment au royaume du ministère de la Santé, chacun de ses roitelets demeurant confortablement bien assis sur son trône nanti d'une sécurité de poste capable de résister à tous les remous.

Pendant ce temps, chez les Anglais

Puis vers la fin de janvier 2011, je trouvais dans l'Infolettre hebdomadaire du site Gestion Santé, une nouvelle qui se lisait comme suit: Royaume-Uni: réforme majeure du système de santé, sous la plume de Christian Leduc. Celui-ci nous informait que:

« Afin de s'attaquer à la crise économique qui frappe le Royaume-Uni de plein fouet, le gouvernement britannique lance cette semaine une imposante réforme administrative du système de santé.

Selon le premier ministre conservateur David Cameron, la réforme au ministère de la Santé (National Health Service) est la plus importante entreprise depuis 1948. Elle vise à éliminer la bureaucratie superflue du système, sans toucher aux soins.

La réforme vise uniquement le système de santé de l'Angleterre, car ceux de l'Écosse, du pays de Galles et de l'Irlande du Nord sont gérés de façon autonome.

L'objectif financier du gouvernement est d'économiser 20 milliards de livres (32 milliards de dollars canadiens) d'ici 2015. Cette somme représente environ 4 % du budget total en santé, qui s'élève à 100 milliards de livres (159 milliards canadiens).

Essentiellement, le plan du premier ministre conservateur est de faire disparaître plusieurs échelons hiérarchiques du National Health Service, ce qui se traduira par des réductions d'effectifs de l'ordre de 24 000 postes.

Dès 2013, le nouveau système retirera au ministre de la Santé le contrôle d'une part importante du réseau pour le confier à des groupes de médecins généralistes formés dans les différentes régions de l'Angleterre . »

Comme attendu, ce scoop ne fit pas la manchette en 2011. On en parlait en France, le 19 janvier, le Figaro titrait: Réforme très libérale de la santé au Royaume-Uni. Dans l'article du Figaro signé par Cyrille Vanlerberghe, on pouvait lire:

«À l'heure actuelle, les hôpitaux publics anglais sont contrôlés par une chaîne hiérarchique qui va des échelons régionaux jusqu'au ministère de la Santé tout en haut. Dès 2013, le nouveau système retirera le contrôle au ministre de la Santé pour donner le pouvoir aux médecins généralistes, les GP (general practitioners). Ces médecins de famille, réunis en groupements régionaux, auront la responsabilité de gérer jusqu'à 80 milliards de livres sur un budget total de plus de 100 milliards de livres. En fonction de leurs besoins et de leurs objectifs, ils définiront des objectifs de soins et pourront mettre en concurrence des hôpitaux publics et des structures privées pour fournir des services au meilleur prix .»

De retour chez nous

Alors qu'on constatait les mesures draconiennes que le gouvernement britannique s'apprêtait à apporter pour diminuer ses coûts en santé d'environ 4%, ici on prétendait atteindre les mêmes objectifs avec quelques efforts de vocabulaire du type: plan d'amélioration de l'efficience dans la dispensation des services et un ou deux vœux pieux.

En réalité, notre ministre actuel semble être le seul au Québec à avoir tiré les leçons de ce qu'avait entrepris le Royaume-Uni. Il s'empressa de faire des coupes draconiennes dans les structures des agences de santé et des multiples conseils d'administration qui encombraient le système, n'en déplaise aux roitelets qui gémissent encore à qui mieux mieux dans les médias.

Et avec la mise en œuvre des super cliniques, une bonne partie de la gestion de l'offre de service des soins passera du ministère à ces cliniques. Enfin, on semble avoir compris en hauts lieux que la salle d'urgence d'un hôpital ne peut pas être la porte d'entrée au système de santé. Mais, notre ministre ne pourra pas compléter ses réformes tant qu'il ne franchira pas le pas décisif: dépolitiser la santé en créant un organisme paragouvernemental comme Santé-Québec.

Première étape: dépolitiser la santé

Comme le disait le Dr Yves Lamontagne: «Les gouvernements ne doivent pas faire de la politique avec la santé, mais ils doivent faire des politiques de santé.» Nous l'avons souvent souligné, la santé doit cesser d'être gérée par des pressions électoralistes. Si la Société des alcools du Québec était gérée comme un ministère, elle serait à la merci de tous les groupes de pression présents au Québec. Avant d'accepter de distribuer un vin, elle ne devrait plus se poser la question d'accepter ce vin dans son inventaire selon les lois usuelles du marché, mais devrait plutôt s'assurer que le dit vin provienne d'un vignoble du Québec, que celui-ci soit dans une région différente de ses compétiteurs pour assurer un mandat d'équité, que les bouteilles soient recyclables pour aider l'environnement, etc. En somme, tellement d'impératifs autres que ceux du libre marché devraient être pris en compte que très tôt, la SAQ ne serait plus rentable et devrait être subventionnée.

Deuxième étape: réunir un conseil d'administration provisoire

Le deuxième objectif sera de rassembler un groupe de personnes prêtes à s'impliquer et aptes à apporter soutien et idées afin de constituer sur papier ce que sera Santé-Québec. Et ici, il faut plus que de la bonne volonté. Nous avons besoin de créateurs, de concepteurs, de personnels soignants, de hauts gestionnaires visionnaires prêts à fournir les efforts nécessaires, tant sur le plan des idées que celui financier, pour mettre au monde Santé-Québec.

Troisième étape: la passation des pouvoirs

Nous croyons sincèrement que lorsque nous présenterons un plan détaillé de ce que sera Santé-Québec au gouvernement, celui-ci sera des plus heureux de s'enlever cette épine au pied que représente pour lui depuis belle lurette le MSSSQ. Même si certains ne sont pas d'accord avec cette idée, il faut réaliser que cela se fait présentement au Royaume-Uni, là même où le système de santé que nous connaissons ici aujourd'hui a pris naissance en 1948.

DU MÊME AUTEUR

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