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29/02/2016 10:31 EST | Actualisé 01/03/2017 05:12 EST

Malade notre système de santé? Et s'il y avait moins de patients?

Afin de maintenir un système de santé efficace et humain, il reste deux moyens d'intervention qui ont l'avantage énorme de ne rien coûter, en plus d'être tout à fait efficaces.

Au cours des 13 derniers articles, nous nous sommes attardés sur ce que le système de santé pouvait faire pour nous, comment il le faisait, et quelles étaient les pistes de solutions, ici et ailleurs dans le monde, pour l'améliorer. Mais comme la plupart de celles et ceux qui pensent le système de santé et qui en assurent la gestion, nous avons oublié un acteur important : le patient.

Un patient qui devient complexe

Et ce patient devient de plus en plus compliqué.

Il n'est de secret pour personne que nous assistons à une première dans l'histoire humaine connue, une première que l'on appelle : le vieillissement de la population. Plus nous avançons, plus le lot de personnes âgées augmente. Le boom des naissances nécessaire après la Deuxième Guerre mondiale s'est échelonnée des années 1945 au milieu des années 1960. Cette population est donc aujourd'hui âgée de 55 à 70 ans. Les besoins en soins de santé et en médicaments explosent aussi dans cette tranche d'âge.

Ceci contribue à exercer une pression énorme sur le système de santé, et ce n'est pas prêt de s'arrêter car, pour ajouter au problème, on soigne de mieux en mieux plusieurs maladies qui autrefois étaient mortelles à brèves échéances.

Prenons comme exemple les divers cancers. Dans les années 1950, un diagnostic de cancer entraînait, à moins d'un miracle, un décès dans l'année qui suivait. On ne disposait alors que de très peu de médicaments. On peut aussi se rappeler le sida, qui fit son apparition au début des années 1980. À cette époque, les sidéens ne survivaient que quelques mois après que le diagnostic avait été prononcé. Aujourd'hui, le sida est devenu une maladie qu'on ne peut toujours pas guérir, mais qu'on peut contrôler très longtemps. Bien des personnes vivent plusieurs dizaines d'années après avoir contracter le virus et la plupart mourront d'une autre maladie plutôt que du sida. Pour les cancers, nous avons aussi assisté à une évolution des traitements très efficaces qui permettent aux personnes atteintes de vivre beaucoup plus longtemps.

Tous ces facteurs combinés créent une situation où des choix déchirants devront être faits afin de maintenir, et même espérer améliorer, un système de santé efficace et humain.

En somme, l'amélioration technologique dans les traitements et les produits pharmaceutiques nous permettent aujourd'hui une espérance de vie et une longévité qui auraient provoqué l'envie de tous nos ancêtres. Contre cela, ni le système de santé, ni aucun d'entre nous ne pouvons, ni ne voulons, y changer quoi que ce soit.

Mais il reste deux moyens d'intervention qui ont l'avantage énorme de ne rien coûter, en plus d'être tout à fait efficaces.

La prévention, une panacée universelle

Une grande majorité des maladies qui nous affligent et, parmi celles-ci, celles qui coûtent le plus cher en termes de soins et de traitements, sont évitables par une simple modification de notre mode de vie.

Ainsi, bien des cancers sont liés à des facteurs de risques facilement contrôlables : tabagisme, obésité, sédentarité, alcoolisme, etc. D'autres maladies, comme toutes celles liées aux problèmes cardio-vasculaires, sont directement causées ou amplifiées par ces mêmes facteurs de risques. D'autres maladies sont attribuables aux comportements sexuels non protégés ou à l'injection de substances illicites (cocaïne, héroïne, etc.). S'habituer à une saine alimentation ne requiert pas un doctorat en physiologie. Il ne faut que manger plus de légumes et de fruits, moins de viande, et éliminer le plus possible le junk food et les mets préparés.

Quant à l'alcool, nul n'est forcé de boire tout ce que lui recommande la Société des alcools du Québec. Si les maximas proposés ne posent pas de problèmes pour bien des gens, il faut toujours garder au moins deux faits en mémoire lorsque l'on consomme de l'alcool : l'alcool est un apéritif, il stimule l'appétit. On risque fort de manger plus lorsque l'on boit. L'autre fait est que l'alcool est une forme de sucre. Un verre de vin de 125 à 150 ml (tel que décrit par la SAQ) contient de 80 à 100 calories, soit l'équivalent d'une grosse cuillère à thé de sucre de table.

Adopter une saine alimentation vous fera même réaliser des économies. En général, les légumes coûtent moins cher que les viandes, et les mets préparés coûtent plus chers que ceux que l'on peut cuisiner soi-même.

L'autre facteur est la sédentarité. Une marche quotidienne peut faire des miracles, tant sur votre poids que sur vos capacités musculaires, vasculaires, cardiaques et respiratoires.

Et tout cela ne coûte rien. Si on ne faisait que diminuer - idéalement éliminer - ces facteurs de risques (rappelons-les : tabagisme, obésité, sédentarité, alcoolisme, toxicomanie et comportements sexuels à risque), ce serait insensé le coup de jeunesse dont nous bénéficierions individuellement, et la baisse des coûts de santé dont tout le système pourrait profiter.

Le deuxième moyen pour le patient d'intervenir efficacement sur les coûts de santé est l'information. De plus en plus, comme je l'ai déjà souligné, le patient sera appelé à devenir un partenaire actif en ce qui concerne les soins de santé dont il risque d'avoir besoin. C'est lorsqu'on est en santé qu'il faut planifier les maladies futures. Un des premiers pas est de se trouver un médecin de famille. Si vous n'en avez pas, il faut vous placer immédiatement sur une liste d'attente. Un jour ou l'autre, vous en aurez besoin.

Influence sur les coûts de santé

Les solutions proposées vous semblent peut-être irréalistes, ou même inutiles. D'un point de vue strictement financier, une seule maladie comme le diabète engendre des coûts de plus de trois milliards de dollars par année. L'obésité coûterait plus d'un milliard et demi de dollars en termes de soins de santé qui lui sont liés. Les cancers coûteraient au système de santé près de 500 000 dollars. Selon une étude de l'université de Calgary, l'hypertension artérielle provoquerait pour plus de 20 milliards de dollars en coût de santé au Canada d'ici 2020.

Il est donc clair que de prendre sa propre santé en main se traduirait par des économies substantielles en termes de coûts de santé. Certains me répondront, à juste titre, que cela n'est pas si facile que de changer ses habitudes de vie. Et je suis tout à fait d'accord avec eux. Mais nous devons alors accepter d'assumer nos choix.

La question est : devons-nous individuellement améliorer notre mode de vie, ou payer collectivement les coûts de nos abus ?

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