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19/03/2016 09:10 EDT | Actualisé 20/03/2017 05:12 EDT

Portrait de médecin: il lutta contre la tuberculose et la poliomyélite

Cette épidémie aura permis au Québec d'entrer dans l'ère moderne en termes de santé publique. Et la vaccination aura permis d'éradiquer entièrement la maladie.

Le docteur J. Henri Charbonneau

Il est né à Pointe-Claire, en banlieue sud-ouest de l'île de Montréal, le 12 novembre 1901. Le mode le plus courant à l'époque pour entrer à l'université était, après le cours primaire, de faire, comme on disait, ses «humanités». Il s'agissait d'une formation qui durait huit années, appelée le cours classique. C'est ce que fît le jeune Henri Charbonneau au Collège Sainte-Marie et au Collège de Montréal. Puis il obtint son diplôme comme docteur en médecine de l'université de Montréal en 1927.

Le jeune docteur Charbonneau entreprit alors une formation postdoctorale à Londres, Paris, Strasbourg et Boston, ce qui était assez exceptionnel à l'époque. De retour à Montréal, il a l'honneur d'inaugurer un tout nouvel hôpital : l'hôpital Pasteur. Il y entre comme surintendant médical et y occupera les postes de médecin, directeur médical et professeur.

D'abord la tuberculose

Le nouvel hôpital est géré alors par les Sœurs Grises de Montréal et sa première vocation est d'y accueillir et traiter les tuberculeux. Il faut se rappeler que lorsque cet hôpital ouvre ses portes et que le docteur Charbonneau en assume la surintendance médicale, les antibiotiques n'ont pas encore fait leur apparition et que la tuberculose représentait un véritable fléau partout dans la province, et surtout dans les grands centres urbains comme Montréal.

La tâche était particulièrement lourde. Avec la montée de l'urbanisation au début du vingtième siècle, les nouveaux citadins s'entassent dans des logements insalubres, ce qui, bien sûr, constitue des conditions favorables à la contagion par la tuberculose.

Et la poliomyélite

Puis en 1946, une épidémie de poliomyélite frappe Montréal. Durant la seule journée du 8 août de cette année, 76 cas de paralysie infantile sont dépistés.

Les États-Unis avaient déploré pour leur part le décès d'au moins 3 000 enfants depuis les débuts de l'épidémie. C'est dire qu'à Montréal, la panique était déjà bien présente.

Il n'existe alors aucun remède efficace pour lutter contre ce virus. Le seul moyen de lutter efficacement, le vaccin Salk, arrivera seulement en 1955. Mais il ne faisait pas alors l'unanimité. Ce vaccin était fabriqué à partir du virus même de la poliomyélite, virus qu'on avait tué en le plongeant dans du formaldéhyde. Des rumeurs couraient que le vaccin pouvait non pas prévenir la maladie, mais la provoquer. Tant et si bien qu'à l'arrivée de l'épidémie de 1959, plus de 85 % des enfants n'avaient pas été vaccinés. Dans une entrevue qu'il accorde à la télévision de Radio-Canada, le docteur Charbonneau affirme : «Vous savez comment sont les gens, ils ont l'impression que cela ne leur arrivera pas, que ça n'arrive qu'aux autres, un peu comme un accident d'automobile.»

Mais l'épidémie de 1959 allait changer radicalement la donne. À Montréal seulement, on dénombre 22 décès d'enfants. Au Québec, plus de 1 000 cas étaient déjà recensés. Plusieurs se rappellent encore de ces images d'enfants dans des poumons d'acier. L'hôpital Pasteur et le docteur Charbonneau traitent ces cas venus d'un peu partout au Québec.

On se lance donc dans une vaste campagne de vaccination. Et cette fois, la population est au rendez-vous.

De longues files d'attente, parfois faisant le tour complet d'un quadrilatère, témoignent de la peur de la poliomyélite et du changement des mentalités. Cette épidémie aura permis au Québec d'entrer dans l'ère moderne en termes de santé publique. Et la vaccination aura permis d'éradiquer entièrement la maladie. Dès le début des années 1960, il ne reste que quelques cas anecdotiques de poliomyélite sur le territoire québécois.

Pour ceux qui souhaiterait reprendre connaissance avec ce passé récent, nous leur recommandons les archives de Radio-Canada, particulièrement cette adresse.

Le bon docteur

On l'appelait aussi «le bon docteur». Tous ceux à qui j'en ai parlé me décrivaient sa grande bonté et son humilité. Ainsi, le docteur Augustin Roy, ancien président du Collège des médecins du Québec, me disait : «C'était un homme d'une grande bonté. J'ai eu l'occasion de l'avoir comme professeur alors que je me spécialisais en santé publique. Sa compétence était mondialement reconnue.»

Tout au long de sa carrière, il cumula de nombreux postes. Membre spécialiste du Collège royal et du Collège des médecins en pédiatrie, fellow de l'American Academy of Pediatrics et membre correspondant de la Société de pédiatrie de Paris, il fut aussi président de la Société canadienne de pédiatrie, de l'Association des pédiatres du Québec. Il occupa aussi le poste de vice-doyen de la Faculté de médecine. Il fut professeur émérite aux universités de Montréal et McGill. Conférencier bien en demande, il a aussi à son actif de nombreuses publications scientifiques. Mais, dans l'âme, Henri Charbonneau est toujours demeuré ce pédiatre, dévoué aux enfants et à ses patients.

De Pasteur à Charbonneau

Quant à l'hôpital Pasteur, les deux grandes maladies qui en avaient été la première raison d'être, la tuberculose et la poliomyélite ayant, à toute fin pratique disparue, il dut changer de vocation et de nom. Il est devenu le Centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) J.-Henri Charbonneau, faisant partie d'un CLSC portant aussi le nom d'un illustre médecin dont nous avons déjà parlé : la docteure Lucille Teasdale.

Le docteur Charbonneau était aussi, à l'image de son père, un grand amateur de voile. Le 18 août 1975, il naviguait à bord de son voilier qu'il avait baptisé le Capitaine Némo. Il mourut subitement le lendemain.

Cet article a été inspiré par un écrit d'un de ses fils, écrit que l'on peut retrouver sur ce site.

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