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13/02/2016 09:24 EST | Actualisé 13/02/2017 05:12 EST

Portrait de médecin: Alban Perrier, un médecin qui n'a jamais eu peur du travail

Il en était presque venu à penser que le sommeil n'était pas un besoin, mais une invention de l'homme.

Il est né à Hemmingford, en Montérégie, le 10 janvier 1942. Son père était vétérinaire et le jeune Alban avait perçu chez lui une forme de regret de n'avoir pu faire médecine. À l'âge de 10 ans, gros changement. Toute la famille Perrier vient s'installer à Montréal, le père ayant obtenu un poste de contrôleur des viandes à la compagnie Canada Packers. Alban s'adapte à sa nouvelle vie et les ruelles du quartier Rosemont deviennent pour lui le lieu de rencontre avec les amis. Cette facilité d'adaptation n'est pas nécessairement bien perçue par son père, qui ne voit pas d'un bon œil les activités urbaines de son fils. Il décide donc de l'envoyer étudier au Séminaire de Saint-Jean.

Alban Perrier y fera tout son cours classique comme pensionnaire. Le cours classique était dispensé par des religieux. Il durait 8 années à la fin desquelles l'étudiant se voyait décerner un baccalauréat ès art de l'Université de Montréal. Les pensionnaires entraient en classe en début septembre et, à part quelques jours de sorties à l'Action de grâce, à Noël et à Pâques, ils résidaient en permanence au séminaire. Alban Perrier s'y trouvait heureux comme un poisson dans l'eau. Alban aimait par dessous tout la vie en groupe.

Il admet lui-même que ses notes au cours classiques n'auraient pas normalement été suffisantes pour être admis en médecine. Sa moyenne se situait dans les 70% tandis qu'il aurait fallu 90% et plus. Mais deux facteurs l'auront aidé à son admission. D'abord la rencontre avec le docteur Jean Frappier, alors responsable des admissions en médecine à l'Université de Montréal, avait été des plus positives. Puis à l'époque des cours classiques, l'Université de Montréal réservait des places pour chacun des collèges classiques sous sa responsabilité. En 1963, Alban fut le seul élève du Séminaire de Saint-Jean à demander une admission en médecine.

Certaines personnes sont dotées d'une mémoire extrêmement performante, celle du docteur Perrier exigeait plus d'efforts. Pour réussir à la faculté, il devait étudier jusque tard la nuit et se lever très tôt. Mais son organisme réagissait si bien à cet horaire qu'il en était presque venu à penser que le sommeil n'était pas un besoin, mais une invention de l'homme.

Alban Perrier termine ses études de médecine à l'Université de Montréal en 1968. La chirurgie l'avait bien attiré un peu, mais après coup, il décida qu'il ne pourrait pas entrevoir une carrière, prisonnier d'une salle de chirurgie. Il opta donc pour la pratique générale.

En 1968, la pratique médicale est en pleine mutation. D'un système entièrement privé où les patients devaient payer pour tous les soins reçus et pour leur hospitalisation, l'assurance hospitalisation en 1961 et l'assurance maladie, le 1er janvier 1970, allaient garantir un accès public et gratuit à tous.

Pour les médecins de l'époque, qui avaient développé une pratique très individualisée, le changement allait s'avérer déterminant. Pour le tout jeune docteur Perrier, qui avait appris à jouer en groupe dans les ruelles de Rosemont et à travailler en groupe au cours classique, la collégialité allait de soi. C'était ainsi que les choses devaient se faire.

Les CLSC n'étaient alors pas nés et déjà notre jeune docteur se prend du désir d'en ouvrir un. Mais pas un CLSC public, comme on les connaîtra quelques années plus tard (1974), mais un CLSC privé. Il réussit d'abord à convaincre un collègue de la faisabilité d'un tel projet. Puis, ils consacrent deux dimanches à se promener de porte en porte à Laval pour demander aux gens si la venue de médecins dans leur quartier leur paraissait une chose souhaitable.

Ce sondage maison assez loin des rigueurs usuelles les a suffisamment convaincus pour que chacun décide d'investir tout ce qu'ils pouvaient emprunter de leur banque, de leurs parentés et de leurs amis, pour ouvrir en 1968 la première version de ce qui est devenu à Laval la Polyclinique médicale Concorde. Durant les quatre années suivantes, une quinzaine de médecins se joindront au docteur Perrier. En 1972, les lieux sont devenus exigus. Le docteur Perrier décide alors de faire construire la Polyclinique Concorde à l'endroit où elle se trouve encore de nos jours. La polyclinique connaîtra trois agrandissements majeurs : l'un en 1976, l'autre en 1986 et un dernier en 2006.

Le docteur Alban Perrier avait réussi à concrétiser l'œuvre de sa vie : une polyclinique qui reçoit aujourd'hui plus de 7 000 patients par semaine. Sous sa gouverne, la Polyclinique Concorde fut la première à s'informatiser (dès 1981) et aussi la première clinique privée à s'équiper d'un CT scan en 1987.

Mais bien plus que du béton et les chiffres, c'est la philosophie même du Dr Perrier qui a réussi, malgré vents et marées, à s'implanter.

Le docteur Perrier a su illustrer de façon concrète le rôle que doit jouer un omnipraticien dans notre système de santé. De ce rôle, il privilégiera deux grands aspects. Le premier et le plus important est la disponibilité envers le patient et les obligations du médecin vis-à-vis ce même patient. Pour lui, l'omnipraticien devrait représenter la porte d'entrée principale dans le système de santé. Et ce contact, Alban Perrier en a fait sa marque de commerce. Encore aujourd'hui, il appelle lui-même ses patients pour leur faire part des résultats bons ou mauvais de leurs divers tests de santé.

L'autre aspect du rôle de l'omnipraticien est celui d'un rassembleur au sein du système de santé. À titre d'exemple, à sa polyclinique œuvre une équipe d'omnipraticiens à laquelle divers spécialistes viennent se greffer pour compléter le travail. Pour Alban Perrier, un médecin ne peut travailler seul. S'il veut pouvoir se mettre à jour et améliorer constamment sa pratique et sa disponibilité, il doit obligatoirement travailler en groupe. En somme, pour Alban Perrier, l'omnipraticien doit toujours demeurer très proche du patient et jouer le rôle de chef d'équipe au sein d'un groupe multidisciplinaire.

Très tôt dans sa carrière, il voudra faire la promotion de ce rôle du médecin dans le système de santé. C'est ainsi que dès 1976, on le retrouvera impliqué dans l'AMOM (Association des médecins omnipraticiens de Montréal).

En plus de ces occupations professionnelles à titre de médecin, de fondateur et président de la Polyclinique médicale Concorde de Laval et de ses activités syndicales, on le retrouvera comme membre (et parfois président) de divers CMDP (Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens) à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, à l'hôpital Fleury et à la Cité de la santé. D'ailleurs, à ce dernier hôpital, il occupera le poste de DSP (directeur des services professionnels) pendant une douzaine d'années (1989-2001). Lorsque la Cité de la santé se retrouvait dans l'eau bouillante, il montait lui-même aux barricades et rencontrait personnellement les médias. Il faut dire qu'il avait acquis une bonne formation médiatique car il avait travaillé près de sept ans (1972-1979) à l'émission hebdomadaire Pour vous mesdames, animée d'abord par Huguette Proulx, puis par Nicole Germain à Télé-Métropole (aujourd'hui TVA). On l'a aussi retrouvé en 2008-2009 comme directeur de la planification à la direction générale du CHUM 2010.

Le docteur Alban Perrier a touché à tout en ce qui concerne la médecine, des accouchements aux salles d'urgence. Homme d'action, il l'a certes été et il l'est encore aujourd'hui. Il défend toujours une proposition de refonte de l'organisation du système de santé québécois.

Pour le Dr Perrier, il est plus que temps de dépolitiser la santé. Sa gouvernance, plutôt que d'être confiée à l'État comme c'est actuellement le cas, devrait être transférée à une société d'État, sur le modèle d'Hydro-Québec par exemple. Ainsi libéré des impératifs politiques, cette société d'État pourrait gérer le système de santé à long terme, en collaboration avec les partenaires publics et privés, et l'opportunité d'investir dans les secteurs produisant des actifs susceptibles de bonifier des revenus permettant un financement positif des soins de santé tels la pharmaceutique, la technologie, l'information...

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