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08/02/2018 09:00 EST | Actualisé 08/02/2018 09:00 EST

Le suicide, cet incompris

C'est l'accumulation de plein de petites et de grandes choses qui fait que les digues finissent un jour par lâcher et c'est alors le déluge.

Pixabay

J'ai un ami dont la soeur s'est pendue il y a plusieurs années et qui me disait dernièrement que, jamais, il ne lui pardonnera son geste. Selon lui, il y a toujours des solutions et le suicide n'en est pas une.

Avant 1999, je pensais comme lui, mais c'est au cours de cette même année - où j'ai malheureusement été entraînée dans les dédales de la dépression - que ma façon d'entrevoir la chose a changé. Je ne peux plus me permettre, aujourd'hui, de juger aussi facilement ceux et celles qui choisissent cette solution qu'on qualifie parfois « de facile », mais qui, croyez-moi, ne l'est pas.

Ce fameux samedi, veille de la St-Valentin, soir où la soeur de mon ami s'est enlevé la vie, j'ai moi-même écrit une lettre de suicide parce qu'il n'y avait plus la moindre étincelle de lumière dans mon existence. Je me sentais complètement avalée par le « grand vide » qui régissait alors toutes mes actions et tous mes raisonnements. Néanmoins, je ne l'ai pas fait... ce geste inacceptable.

Lorsque les fils sont coupés

Je me rappelle n'avoir absolument rien éprouvé lorsque mon ami m'a appelée le lendemain pour me faire l'horrible annonce de la mort de sa soeur (que je connaissais bien, en passant). J'ai simplement pensé que c'était toute une coïncidence que nous ayons toutes les deux penser faire la même chose le même soir.

Si je n'ai rien éprouvé, ce n'est pas parce que j'étais devenue un monstre, c'est que je ne ressentais absolument plus rien.

Si je n'ai rien éprouvé, ce n'est pas parce que j'étais devenue un monstre, c'est que je ne ressentais absolument plus rien. C'était une lecture à plat sur mon moniteur cardiaque.

C'est une chose extrêmement difficile à expliquer si on ne l'a pas vécu. L'image que j'en ai, c'est comme si les fils reliant notre cerveau à nos émotions étaient coupés. Ainsi, nous sommes capables de voir et de comprendre ce qui se passe, mais nous ne pouvons plus nous en remettre à notre ressenti pour nous dire comment nous devons agir et, surtout, comment nous devons réagir.

Bien entendu, nous gardons un certain souvenir de comment nous nous sentirions en temps ordinaire, mais tout cela demeure au niveau cérébral. La communication entre le coeur et la tête étant coupée, nous devenons en quelque sorte des automates.

Je me souviens à quel point j'avais souvent l'impression de flotter à l'extérieur de mon enveloppe corporelle... La coupure avec le centre de mes émotions était si intense que c'est un peu comme si j'étais déjà morte, en quelque sorte. Un véritable zombie sur une planète à laquelle je ne m'identifiais plus.

Un véritable zombie sur une planète à laquelle je ne m'identifiais plus.

Du moins, c'est de cette façon que je me sentais à la toute fin de ma descente aux enfers. J'imagine que ça doit être cela, le pays des abîmes. Malheureusement, lorsqu'on atteint ce stade, il est difficile de rebrousser chemin, et ce, même si les amis et la famille essaient de nous faire comprendre, avec des mots, que la vie est ou sera belle à nouveau.

Prendre les commandes de sa vie

Je ne peux pas parler pour les autres, mais je pense que si on en vient à aller aussi loin dans ce processus de démolition, c'est que c'est le résultat d'un build-up. Pour ma part, je peux parler d'une enfance très malheureuse, suivie d'une vie adulte pour laquelle je nourrissais beaucoup d'espoir et qui tardait à me donner ce dont j'aspirais depuis toujours.

C'est l'accumulation de plein de petites et de grandes choses qui fait que les digues finissent un jour par lâcher et c'est alors le déluge. Un déluge qui, parfois, prend une ampleur inimaginable.

Je réalise que si, à l'époque, j'avais compris que nous devons devenir responsables à 100 % de notre vie au lieu de nous voir comme une éternelle victime des circonstances et des autres, cela aurait pu faire une différence. Car c'est lorsque nous tombons dans cet état de « pourquoi moi », que toutes nos blessures remontent à la surface pour nous submerger au point où il devient impossible pour nous de voir une quelconque forme d'espoir. Comprenons que nous ne pourrons jamais partir bons premiers dans tout ce que nous entreprenons si nous entretenons l'idée que nous sommes à la merci des autres et de la vie en général.

Bien entendu, les faits resteront toujours les faits, mais la façon dont nous choisissons de recevoir et de traiter l'information est ce qui importe le plus. En réalité, nous participons, d'une quelconque façon, à tout ce qui nous arrive ou ne nous arrive pas. D'admettre ceci, c'est déjà de nous réapproprier le pouvoir que nous laissons aux autres.

Notre bonheur ou notre malheur dépendra toujours des choix que nous faisons. Ainsi, nous avons le choix de parler ou de nous taire, d'agir ou de subir, d'accepter ou de nous opposer, d'intervenir ou de laisser aller, de culpabiliser ou de relativiser. Etc.

Pour ma part, le jour où j'ai voulu démissionner de ma vie, c'est parce que je ne réalisais plus à quel point, en réalité, j'avais et j'ai toujours eu le choix...

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Communiquez avec votre centre de prévention du suicide ou avec les intervenants de la Ligne québécoise de prévention du suicide : 1-866-APPELLE (277-3553).

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