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11/05/2017 12:52 EDT | Actualisé 11/05/2017 12:52 EDT

Netflix à Cannes: l'erreur monumentale de Thierry Frémaux

Le 13 avril dernier, lors du très attendu dévoilement de la sélection officielle du prochain Festival de Cannes, le délégué général Thierry Frémaux semblait fier de son annonce-surprise. Tout sourire, il annonçait, parmi la liste des 19 longs métrages en compétition, deux films acquis par le géant du téléchargement Netflix : Okja du Coréen Bong Joon-Ho et The Meyerowitz Stories de l'Américain Noah Baumbach.

Ce n'est qu'en court de route que Thierry Frémaux a réalisé que ces deux films d'auteur en lice pour la Palme d'or ne verront jamais le jour dans les salles obscures. Les cinéphiles pris alors en otages devront plutôt se transformer en consommateurs virtuels et aller s'abonner chez le géant des productions en flux continu sur internet. À une semaine du coup d'envoi de la 70e édition du Festival de Cannes, le délégué général a bien tenté de calmer la controverse en proposant un nouveau règlement applicable en 2018, mais le mal est déjà fait.

Croyant rattraper le train de la révolution numérique, Thierry Frémaux est en fait tombé tout droit dans le piège de Netflix. Incroyable tout de même que le délégué général et toute son équipe ont entériné l'idée que des longs métrages peuvent maintenant se passer des salles de cinéma en sélectionnant deux propositions de la bannière Netflix que l'entreprise réserve uniquement à sa clientèle du petit écran.

Cannes fait fi des lois en vigueur

Ennemi juré des salles de cinéma, Netflix a eu ce qu'il voulait. La plateforme aux 98 millions d'abonnés, et en quête d'une reconnaissance festivalière prestigieuse, a fait son gros coup médiatique. Pire encore, elle a édicté elle-même ses propres règles en refusant tout simplement de se conformer aux lois élémentaires d'exploitation, et ce, au détriment de la réputation du Festival. Elle espère ainsi provoquer un effondrement général du système.

Les représentants des distributeurs et des exploitants de salles françaises n'ont pas tardé à monter au créneau, allant jusqu'à accuser la sélection officielle du Festival de ne pas respecter la règlementation en vigueur au pays.

Car des normes claires et précises de calendrier existent par exemple, celle qu'un film, une fois sorti en salle, ne puisse pas être mis en ligne en même temps. Il en va de la santé culturelle de toute une industrie qui se finance en grande partie grâce aux taxes prélevées à même les tickets de cinéma. Rappelons que Netflix ne paye aucun impôt et n'investit aucun dollar dans la création en France.

Se sachant pris au piège face au tollé, la direction du Festival a «déploré» par voie de communiqué la décision du géant américain, mais ne compte pas exclure les deux productions concernées. Peut-être aurait-il fallu rappeler à M. Frémaux que la philosophie d'affaire de Netflix exclut tout compromis.

Certes, la révolution numérique chamboule tout. Les nouvelles habitudes de consommation mettent les grands festivals à cran, cherchant désespérément la pérennité dans des lendemains de plus en plus incertains. Or, à force de courir après l'air du temps, le Festival de Cannes commet une erreur grave puisqu'une chose est sure, ce n'est pas en tuant les salles de cinéma que Thierry Frémaux pourra sauver l'avenir de son festival.

La 70e édition anniversaire du Festival de Cannes se déroulera sur la Croisette du 17 au 28 mai.

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