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11/03/2013 05:56 EDT | Actualisé 11/05/2013 05:12 EDT

Hollywood, oui, mais...

Getty Images
LOS ANGELES, CA - DECEMBER 03: Director Kim Nguyen poses during Tribeca Film and Telefilm Canada host a special screening for Kim Nguyen's WAR WITCH Official Entry for the 85th Academy Awards - Foreign Language on December 3, 2012 in Los Angeles, California. (Photo by Mike Windle/Getty Images for Tribeca Enterprises)

Franchement, quelle sacrée aventure depuis un an pour Kim Nguyen et son film Rebelle. Entre la Berlinale en février 2012 et les Oscars en février 2013, combien de festivals, de rencontres et d'entrevues à travers le monde? Une armada sans doute.

Depuis son retour des Prix Écrans canadiens à Toronto, le réalisateur peut enfin souffler. Pas encore. Lorsque je l'ai rencontré il y a quelques jours à Montréal, j'en ai profité pour qu'il me raconte une dernière fois son séjour à Los Angeles. Et lui poser la question de l'heure pour lui: voudrait-il aller tourner aux États-Unis à l'instar de Denis Villeneuve et Philippe Falardeau?

Loin, loin du tapis rouge d'Hollywood Boulevard, aux Rendez-vous du cinéma québécois, il est toutefois visiblement fatigué du tourbillon des dernières semaines. Le réalisateur revient tout d'abord sur la cérémonie. Un moment bizarre où il a été impressionné par l'ampleur de la structure hollywoodienne.

«L'atmosphère avant de rentrer dans le palais des Oscars était très étrange. Toutes ces limousines alignées les unes derrière les autres avec de gros agents de sécurité qui regardaient en dessous de ces véhicules de luxe pour voir s'il n'y a pas de bombes dissimulées et des snipers partout autour du site. Vraiment hallucinant!», m'a-t-il confié.

Mais cette plongée étrange et enivrante lui a aussi surtout permis de discuter avec des personnes issues du cinéma qu'il estime beaucoup comme l'acteur Gael Garcia Bernal ou les réalisateurs Michael Haneke et Michael Mann. Une incursion dans la machine à rêves hollywoodienne qui lui donne le goût de tourner là-bas, mais pas à n'importe quel prix.

D'ailleurs, Nguyen et le producteur de Rebelle Pierre Even avaient apporté dans leur valise le scénario d'un nouveau film intitulé L'Origine du monde. Un récit qui raconte trois destins parallèles de femmes ordinaires mises dans des circonstances extraordinaires. Une histoire comme les aiment les Américains. Ils ont réussi à le faire lire à certains bonzes de l'industrie et les premières réactions ont été plutôt positives. Mais évidemment à ce stade, on n'en saura pas plus.

Malgré tout, Nguyen affirme que tourner aux États-Unis n'est pas une nécessité. Et d'ailleurs, une chose semble certaine, s'il réussit à attirer un studio hollywoodien pour son prochain film, ce ne sera que sous la forme d'une participation minoritaire.

Le billet d'Ismaël Houdassine se poursuit après la galerie

Rebelle, de Kim Nguyen

Car il sait que les offres pourraient venir... rapidement! Comme pour Denis Villeneuve ou Philippe Falardeau, candidats malheureux aux Oscars, à qui les studios ont fait les yeux doux et qui ont reçu tous les deux des offres quelques semaines seulement après la cérémonie des Oscars.

Mais à leur différence, le réalisateur de Rebelle ne veut pas réaliser son prochain long métrage avec 100 % d'argent américain. Selon lui, les institutions publiques d'ici (Téléfilm Canada et la SODEC) qui l'ont soutenu depuis le début de sa carrière offrent un bien meilleur système qu'aux États-Unis, surtout en ce qui concerne les films d'auteur.

Car c'est connu, les grands studios veulent tous contrôler. Jean-Marc Vallée en avait fait l'amère expérience avec The Young Victorian où il n'avait malheureusement pas pu imposer ses choix artistiques. L'idéal pour Kim Nguyen serait donc de trouver un partenariat avec un studio américain qui se chargerait uniquement de la logistique par exemple la vente à l'international ou un arrimage avec des vedettes américaines.

Ceci dit, Nguyen pourrait être un réalisateur de choix pour les Américains. Outre son talent indéniable à raconter une histoire (et instaurer une atmosphère), il peut surtout tourner ailleurs. Il l'a fait plusieurs fois, et ce dans des pays marqués par la guerre ou les conflits. On pense à La Cité, son troisième film réalisé en 2010 et dont l'histoire se déroule en plein cœur du désert tunisien. Son dernier film Rebelle a été tourné presque entièrement dans la jungle du Congo. Comme cadre de film, on a déjà vu plus facile.

En attendant de trouver cette coproduction américano-canadienne, il sera peut-être difficile toutefois pour le réalisateur de Rebelle de ne pas succomber aux chants des sirènes d'Hollywood. Lorsqu'on vous offre un budget quatre fois plus important qu'au Québec et que les vedettes veulent vous rencontrer, la pression pourrait être forte de dire oui.

Ceux qui ont dit non ne sont d'ailleurs pas légion et pourrait se limiter à un seul nom: Denys Arcand, nommé plusieurs fois aux Oscars et gagnant en 2004 avec Les Invasions barbares. Selon plusieurs médias, il aurait refusé quelques fois à faire le grand saut notamment, car il ne voulait pas élever sa fille aux États-Unis. Et il a toujours tenu à tourner ses films au Québec. Mais n'est pas Arcand qui veut!