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10/09/2015 10:11 EDT | Actualisé 10/09/2016 05:12 EDT

À celle que je redoutais, de la part d'une mère reconnaissante

L'idée que ma fille, mon bébé, allait te rencontrer, me serrait le ventre. Elle ne savait même pas ce qui se passait entre son père et moi, qu'il allait déjà lui imposer quelqu'un de nouveau dans sa vie?

Ça fait presque 7 ans que tu es arrivée dans ma vie, dans nos vies. Deux mois à peine s'étaient écoulés depuis ma rupture avec lui, que tu arrivais déjà. J'me souviens quand il m'avait dit avec le sourire qu'il t'avait rencontré, j'me souviens du coup de poignard que j'avais ressenti à l'intérieur de moi. Comment pouvait-il, après tant d'années de vie commune, après un enfant ensemble, comment pouvait-il me remplacer aussi rapidement?

J'avais pris la décision de le laisser, c'était fini depuis longtemps, mais la rupture officielle avait pris des mois à faire. Même si c'était ce que je voulais, même si je savais que je serais plus heureuse comme ça, l'idée que tu sois dans sa vie, déjà, m'avait scié les jambes. L'idée que ma fille, mon bébé, allait te rencontrer, me serrait le ventre. Pas déjà, pas tout de suite. Elle ne savait même pas ce qui se passait entre son père et moi, qu'il allait déjà lui imposer quelqu'un de nouveau dans sa vie? Non, je refusais.

Je l'avais averti, je lui avais dit que je ne voulais pas te voir, ni même entendre ta voix au téléphone, rien. À peine un mois plus tard, il me lançait les mots: «Je vais lui présenter notre fille en fin de semaine, je veux qu'elles fassent connaissance». J'étais outrée, sans voix. Je n'étais pas prête à l'idée que tu la rencontres.

Aujourd'hui, 7 ans plus tard, je me demande de quoi j'avais peur. Que ma fille t'aime plus que moi? Probablement. Tu avais pris la place que j'avais cédée auprès de lui, est-ce que tu allais prendre ma place auprès de ma fille?

Te souviens-tu de la première fois qu'on s'est vu? Quand j'avais décidé qu'il était temps que je fasse ta connaissance? Ma fille allait déjà dormir chez toi un week-end sur deux, je me devais de voir quel genre de fille tu étais. J'ai appelé l'ex, je lui ai dit: «Je passe chez vous ce soir avec la petite, je veux rencontrer ta blonde». Un petit «ok» était sorti de sa bouche, terrorisé à l'idée de ma réaction quand j'allais te voir. Je n'ose même pas imaginer ta nervosité à toi aussi.

Mon corps tremblait de partout, je ne savais pas comment j'allais réagir, ce que j'allais dire, mais je devais te rencontrer. Quand je suis arrivée chez toi, tu n'étais pas encore là. Je jasais avec l'ex, en essayant de cacher mes tremblements et ma nervosité. Ça ne fonctionnait pas très bien mon affaire...

Et là, tu es arrivée.

Ma fille, sans hésitation a couru vers toi en criant ton nom et en te sautant dans les bras. Étrangement, je n'ai pas eu le sentiment de jalousie que je redoutais et mon cœur ne s'est pas brisé en mille miettes devant cette scène. À ce moment précis, mon cœur de mère a été soulagé. Ma fille t'aimait déjà et je pouvais voir que c'était réciproque. «Regarde maman, je te présente l'amoureuse à papa». Et les présentations se sont faites. Nous étions toutes les deux, tous les trois en fait incluant l'ex, complètement nerveux, mais c'était fait. Plus de tristesse, plus de boule de stress, tout était disparu. Il n'y avait que ma fille au milieu de nous trois, heureuse de nous voir ensemble.

Les mois qui ont suivis ont été étranges. De voir des photos de ma fille avec des gens que je ne connaissais pas, c'était une des choses les plus difficiles de la nouvelle situation familiale. J'ai dû me parler et réaliser que ma fille, tant que son père était là, elle était heureuse, point. Qu'elle soit dans ta famille avec son père ou dans la mienne avec moi, elle était heureuse.

Il y a eu des hauts et des bas. Des chicanes entre nous, entre vous, entre nous trois, mais je tiens sincèrement à te remercier d'être là pour ma fille depuis les dernières années. Tu ne me remplaces pas, tu as simplement ta place. On a appris à communiquer ensemble, à s'aider et à se comprendre. Tu es là aux anniversaires, tu t'en occupes à tous les matins. Tu t'assures, avec son père, qu'elle ne manque jamais de rien quand elle est chez toi. Tu t'occupes de ma fille comme si c'était la tienne, et pour ça, je t'en serai toujours reconnaissante.

Aujourd'hui, les bras pleins avec les deux enfants que tu as mis au monde dans les dernières années, je sais que ma fille occupe une place un peu moins grande qu'au début, et c'est ok. Tu tiens un rôle difficile depuis longtemps: celui d'aider à élever un enfant qui n'est pas le tien. Et ce rôle, tu le réussis bien. Je sais que ce n'est pas toujours facile, mais merci!

Un jour peut-être, ce sera peut-être mon tour d'être dans tes souliers. Je serai celle qu'on aura peur de rencontrer, celle qu'on redoutera pendant quelques temps. Mais j'espère pouvoir développer une entraide comme celle que nous avons su développer durant les dernières années.

Merci, encore!

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