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25/01/2017 08:11 EST | Actualisé 25/01/2017 08:37 EST

Un geste par jour pour les femmes afin de transformer nos entreprises et le Québec

Le Québec fait de l'égalité entre les femmes et les hommes une valeur de référence. Mais il reste un pas à franchir entre la valeur que l'on proclame et la réalité que l'on vit. En fait, on n'avance plus.

Le Québec fait de l'égalité entre les femmes et les hommes une valeur de référence. Mais il reste un pas à franchir entre la valeur que l'on proclame et la réalité que l'on vit. En fait, on n'avance plus. Effectivement, les femmes sont aujourd'hui majoritaires dans de nombreuses facultés universitaires, mais elles occupent seulement 18 % des postes de haute direction des entreprises et 30 % des sièges à l'Assemblée nationale.

Or, si on se donnait pour projet de faire du Québec, la société la plus juste sur le plan des opportunités, nous serions tous plus prospères. Plusieurs études démontrent que les entreprises qui ont les meilleures performances sont aussi celles qui ont le plus de femmes aux échelons décisionnels. Pas parce qu'elles sont meilleures que les hommes, mais parce qu'elles sont aussi bonnes et parce que la mixité donne accès à plus d'idées. La pleine participation de tous, femmes et hommes, à la vie économique devrait nous mobiliser au Québec plus qu'ailleurs. Parce que nous sommes peu nombreux ; parce que notre société vieillit. Nous ne pouvons gaspiller aucun talent.

L'ambition professionnelle est un moteur aussi puissant chez les hommes que les femmes. Nous avons dévoilé en septembre dernier un sondage Léger précisément sur cette question : 73 % des femmes se disent ambitieuses, à peine moins que les hommes à 78 %. Les femmes affirment que les obstacles à leur progression sont premièrement, le manque d'opportunités et deuxièmement, la culture masculine de leur organisation.

Il faut réaliser qu'il persiste chez nous une culture qui désavantage les femmes et qui décourage l'ambition au féminin. C'est pourquoi j'ai adopté il y a quelques années le réflexe de poser un geste par jour pour les femmes. Il m'est arrivé à quelques occasions de questionner à haute voix pourquoi il n'y a que des hommes à une réunion. Parfois, des gestes plus structurants et ambitieux sont nécessaires : par exemple développer un système d'évaluation à la performance qui tient compte des biais inconscients.

Messieurs, vous n'êtes pas responsable de cette culture actuelle, parce qu'elle a toujours existé. Mais il vous appartient de la changer et vous y gagnerez, vous aussi, parce que votre organisation sera plus performante. Vous pouvez poser, vous aussi, un geste par jour pour changer la culture de votre entreprise.

Vous pouvez exiger des candidatures de femmes à tous les échelons, reconnaître publiquement le succès des femmes dans l'entreprise, vous assurer que les femmes reçoivent de la rétroaction sur leurs prises de décision... car elles en reçoivent moins que les hommes. C'est l'un des nombreux exemples de biais inconscients d'une culture corporative. Des gestes simples peuvent faire une grande différence lorsqu'ils sont répétés : faire en sorte que des femmes sont assises à l'avant dans les réunions, et non toutes à l'arrière comme elles pourraient le faire spontanément, exiger que les femmes terminent leur argument lorsqu'elles sont interrompues, éviter de toujours confier des rôles stéréotypés comme la prise de notes à des femmes, ne pas tenir pour acquis qu'une femme refusera cette fonction ou cette affectation parce qu'elle a des enfants.

Et vous, Mesdames, n'attendez pas que le fruit vous tombe dans les mains. Apprenez à aller le cueillir. Agissez dans votre intérêt, acceptez de ne pas plaire à tout le monde. Réalisez qu'au moment de négocier votre premier salaire, vous négociez aussi votre dernier salaire. Parce qu'un peu moins aujourd'hui sera devenu beaucoup moins dans 20 ans.

Ce sont ces phénomènes qui ont amené la création, il y a deux ans, de L'effet A. A comme ambition. Notre objectif est d'amener les femmes à prendre conscience de leur potentiel, à changer leur perspective sur leur carrière et à assumer pleinement leur ambition.

Le changement est possible. Il se vit sur une base individuelle, il transforme les organisations et contribue à la prospérité de tout le Québec.

Ce texte est adapté d'une conférence prononcée devant le Cercle canadien de Montréal le 23 janvier 2017.

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