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04/04/2015 20:08 EDT | Actualisé 04/06/2015 01:12 EDT

Catastrophes naturelles?

Les catastrophes dites naturelles ont-elles un lien avec le réchauffement climatique et peuvent-ils être attribués aux activités humaines?

La question m'est fréquemment posée lorsque surviennent des événements climatiques extrêmes tels que le cyclone Pam qui a dévasté l'archipel des Vanuatu, la sécheresse exceptionnelle dont a souffert l'ouest des États-Unis depuis quelques années. Également, les inondations catastrophiques du sud de l'Angleterre durant l'hiver 2014, à répétition en Australie, et celles qui ont affecté notre pays, ou, encore, la canicule meurtrière que nous avons connue en 2003 et celles qui ont sévi en Russie, en particulier, en 2010. Ces événements ont-ils un lien avec le réchauffement climatique et peuvent-ils être attribués aux activités humaines?

M'appuyant sur les travaux de mes collègues modalisateurs du climat et sur la synthèse qu'en a faite le dernier rapport du GIEC, je reste très prudent. Qu'en est-il des observations sur les soixante dernières années? Certes elles confirment bien que nous connaissons moins de journées et de nuits froides, plus de journées et de nuits chaudes. Et il apparaît que les activités humaines contribuent déjà à ces changements. Mais c'est beaucoup moins clair pour les sécheresses. Et pour les cyclones à l'exception d'une augmentation de leur intensité identifiée pour l'Atlantique Nord depuis 1970, augmentation qu'il est difficile d'attribuer aux activités humaines même si cette possibilité est envisagée.

Mais le diagnostic devient plus clair lorsqu'on se tourne vers le futur. Dans un monde plus chaud, tous les extrêmes climatiques, ou presque, deviendront - avec un degré de confiance dépendant de l'événement considéré - plus fréquents et/ou plus intenses. Le diagnostic reste prudent pour les cyclones, mais les spécialistes de ce domaine envisagent une intensification des cyclones les plus violents, avec des augmentations qui pourraient atteindre 10% pour les vitesses maximales des vents et 20% pour les quantités de précipitations qui y sont associées. Tant que l'attribution n'en aura pas été faite par notre communauté scientifique, je ne suis pas Baldwin Lonsdale, le président des Vanuatu, qui s'est risqué à désigner le réchauffement climatique comme responsable de Pam.

Mais ce type d'événements - et plus généralement l'évolution des extrêmes climatiques - s'inscrit effectivement dans ce à quoi nous devons nous attendre à mesure que ce changement se mettra en place en réponse aux activités humaines, à l'origine d'une l'augmentation de l'effet de serre due, pour une large part, à notre utilisation de combustibles fossiles. Il est probablement temps de modifier notre vocabulaire. Les catastrophes liées aux extrêmes climatiques ne sont pas naturelles, mais déjà liées aux activités humaines. Pour certaines ce sont déjà des "catastrophes anthropiques" et cela risque de s'amplifier. Ne serait-ce que par rapport à ces événements extrêmes, souvent dévastateurs, il faut que la conférence sur le climat qui se tiendra à Paris en fin d'année apporte des résultats tangibles en terme de lutte contre le réchauffement climatique.

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