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02/12/2013 12:44 EST | Actualisé 31/01/2014 05:12 EST

Justin Trudeau et Thomas Mulcair: une bonne bataille à l'horizon 2015

Justin Trudeau a réussi à augmenter sa part du vote populaire dans les quatre élections partielles du 25 novembre. Or, l'histoire nous démontre que les résultats électoraux dans des partielles ne sont pas un signe avant-coureur des résultats lors d'un scrutin général.

Ce qu'il faut y voir, par contre, c'est une bonne bataille entre le chef libéral Justin Trudeau et le chef néo-démocrate Thomas Mulcair en vue des prochaines élections de 2015.

Le compte a finalement été de 2 à 2 : deux circonscriptions, soit Bourassa et Toronto-centre, sont restées aux mains des libéraux et deux circonscriptions manitobaines, Brandon-Souris et Provencher, sont restées dans le giron conservateur. Justin Trudeau est presque arrivé à la ligne d'arrivée dans Brandon-Souris, une circonscription conservatrice depuis une quarantaine d'années. Il est venu à moins de 400 voix de l'emporter. Tout un exploit dans l'Ouest canadien où les libéraux fédéraux sont dans le désert depuis la mise en œuvre de la politique énergétique nationale de Pierre Elliott Trudeau.

Pour renverser cette tendance, Trudeau fils a mis les bouchées doubles. Ses conseillers lui avaient indiqué qu'il ne devrait pas se rendre dans Brandon-Souris car il porterait, le cas échéant, l'odieux d'un échec. Entêté et compétitif, M. Trudeau a toutefois suivi ses instincts et s'y est rendu. «J'aime gagner», avait-il expliqué à un journal manitobain.

Cette détermination, elle a été manifeste tout au long du mois précédant les élections complémentaires du 25 novembre. Fait inusité, les libéraux ont même invité la première ministre ontarienne, la libérale Kathleen Wynne, à faire campagne aux côtés de leur candidate vedette dans Toronto-centre, Chrystia Freeland, ex-journaliste et auteure du livre à succès Plutocrats, The Rise of the New Global Super Rich and the Fall of Everyone Else.

Le dernier week-end avant le jour du scrutin, Justin Trudeau a passé la matinée au centre-ville de Toronto puis s'est envolé dans la circonscription montréalaise de Bourassa. M. Mulcair, lui aussi, n'a rien laissé au hasard. N'oublions pas qu'il avait réussi l'impossible en se faisant élire à Outremont, un château fort libéral. Il a multiplié les visites à Montréal et à Toronto aux côtés de ses deux candidates, Stéphane Moraille et Linda McQuaig. Ce fut peine perdue. Tout de même, le NPD récoltait le meilleur score de son histoire dans Toronto-centre, l'ancien fief de Bob Rae, où Mme McQuaig obtenait 36,4% du vote populaire, soit une hausse de 6%.

Certes, Mme McQuaid a impressionné. Elle a « énormément de partisans », relate le sondeur Michael Marzolini de la maison de sondage Pollara. L'un des attraits de Mme McQuaid, c'est qu'elle incarne la tendance « socialiste » du NPD même si ce terme qui fait peur aux masses a été extirpé de la constitution du parti. « Elle aime être une socialiste et elle aime dire qu'elle est socialiste », avance M. Marzolini.

Mme McQuaid, une ancienne chroniqueuse du Toronto Star et auteure du livre The trouble with Billionaires-Why too much money at the top is bad for everyone, est ministrable. Elle se représentera sûrement dans l'une des nouvelles circonscriptions torontoises qui seront créées en vue du prochain scrutin fédéral de 2015, a signalé M. Mulcair.

À Toronto, la nouvelle élue, Chrystia Friedland, une ancienne du Financial Times, a interprété son élection comme un triomphe de la politique positive. Recrutée de New York par Justin Trudeau, elle aura sûrement un siège sur les banquettes ministérielles si ce premier forme un gouvernement un jour.

Les gens voulaient « un changement de ton en politique », a-t-elle clamé vigoureusement lundi soir peu de temps après son élection dans Toronto-centre. Elle a noté que les libéraux avaient choisi de faire une campagne positive tandis que les néo-démocrates, eux, avaient choisi de dénigrer leur adversaire.

Mais cela n'a pas empêché Justin Trudeau d'invoquer, le soir même à Montréal, la mémoire de Jack Layton. Il a repris à son compte une citation de l'ex-chef néo-démocrate contenue dans sa lettre aux Canadiens rédigée peu de temps avant sa mort en août 2011.

« C'est le Parti libéral qui a prouvé ce soir que l'espoir est plus fort que la peur », a-t-il alors ironisé. « Le NPD n'est plus le parti d'espoir et d'optimisme de Jack Layton, c'est maintenant le parti mesquin et négatif de Thomas Mulcair », a-t-il ajouté, entouré de son nouveau député de Bourassa, Emmanuel Dubourg.

Furieux, M. Mulcair n'a guère apprécié.

« Écoutez, que Justin Trudeau ait choisi d'utiliser les derniers propos de Jack Layton comme outil pour une attaque politique en dit long sur son jugement et son caractère », a tonné le chef néo-démocrate lors d'un point de presse.

M. Trudeau a rétorqué qu'il avait été « inspiré » par Jack Layton.

La prochaine campagne électorale fédérale promet donc des flammèches entre ces deux fils du Québec. Quant à Stephen Harper, éclaboussé dans l'affaire Wright-Duffy, il est un boulet aux pieds de son parti. Il ne sera peut-être plus sur la patinoire lors des élections de 2015.

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