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12/12/2018 13:57 EST | Actualisé 12/12/2018 14:35 EST

Un retour inéluctable vers une forme évoluée d’asile?

Jusqu'à quand le gouvernement et le Collège des médecins assisteront-ils silencieux à ce retour en arrière?

Slavica via Getty Images
Et maintenant, on annonce la fermeture de l'urgence psychiatrique de l'hôpital St-Sacrement et, par la suite, la fermeture de ses lits internes en psychiatrie et le transfert de quelques lits à l'hôpital psychiatrique, plutôt qu'à l'hôpital général qu'est le CHUQ.

En 1961, à cause des effets politiques du livre Les fous crient au secours, de l'ex-patient Jean-Charles Pagé, le gouvernement crée la Commission d'étude des hôpitaux psychiatriques (Commission Bédard). Son rapport, remis en 1962, analyse la situation de chaque hôpital psychiatrique de l'époque et se termine en évoquant les principales recommandations des IIIe et Ve rapports de l'OMS, avant de faire les siennes, dont celles-ci: traiter les malades mentaux près de leur lieu de résidence, et se limiter à des hôpitaux psychiatriques plutôt petits et rattachés aux hôpitaux généraux régionaux.

La Commission voulait aussi que la psychiatrie se fasse à l'hôpital général pour diverses raisons: décentraliser les services grâce aux hôpitaux généraux qui sont disséminée sur le territoire, déstigmatiser l'usage de services psychiatriques, rapprocher la psychiatrie de la médecine pour favoriser une saine influence mutuelle et offrir des services complémentaires aux personnes avec des problèmes de santé mentale, pour assurer à la «maladie mentale» un statut équivalent à celui des autres maladies et ainsi réclamer un soutien financier égal.

La Commission recommandait aussi l'interdiction de tout agrandissement ou l'augmentation de la population de malades dans les hôpitaux psychiatriques existants, ainsi que l'obligation pour tout hôpital général (d'au moins 200 lits) de posséder son propre service de psychiatrie avec cliniques interne et externe.

La fin des années 1970 amena une nouvelle vision de l'organisation des services de santé. En effet, la Commission d'enquête sur la santé et le bien-être social (Commission Castonguay) promeut le concept d'intégration: «Quant aux établissements pour malades mentaux, ils ont à ce point subi les assauts de l'intégration que l'on ne peut douter de la nécessité de les intégrer au régime général des services de santé. En effet, on reconnaît de plus en plus que le traitement des malades mentaux s'effectue efficacement à l'intérieur d'un centre de santé mentale normal.»

Dans la foulée, la Loi sur la protection du malade mental en 1972 annonce qu'il n'y a plus de lieux spécifiques pour soigner la maladie mentale, mais seulement pour une minorité d'usagers qui en ont besoin; un statut possible d'internement à être alors prononcé par la cour. La révision de la Loi sur la santé et les services sociaux adoptée à l'époque crée les CLSC, afin de rapprocher les services des usagers et de leurs besoins spécifiques sous-régionaux.

En 1989, la Politique de santé mentale du gouvernement du Québec insiste sur la nécessité de trouver des solutions dans le milieu de vie de la personne, en partenariat avec les organismes communautaires.

Dans cette nouvelle vision, les CLSC, en collaboration avec les organismes communautaires, sont responsables d'offrir des services de proximité en première ligne.

Disparition de services

Dans les dernières années, avant même les transformations amorcées par la réforme Barrette dans le milieu de la santé à Québec, des services complets de psychiatrie disparurent de l'Hôtel-Dieu de Québec et de l'hôpital Jefferey-Hale.

La réforme Barrette a fait d'abord deux choses majeures dans la région de la capitale nationale. Elle a divisé le corps et l'âme. D'une part, elle a confié les services physiques aigus au CHUQ (Centre hospitalier universitaire de Québec). D'autre part, les services physiques à long terme ou de réadaptation pour les problèmes physiques, les services de santé mentale et les services psychosociaux ont tous été regroupés au sein du CIUSSSCN (Centre intégré universitaire des services sociaux et de santé de la capitale nationale).

Néanmoins, des services complets de psychiatrie sont demeurés au CHUL, au CH Saint-Sacrement et au CH de l'Enfant-Jésus, mais sous la responsabilité clinique et administrative du CIUSSSCN.

Cependant, très tôt a débuté la migration physique des équipes de santé mentale des CLSC dans les lieux physiques de l'ancien asile Saint-Michel-Archange, devenu Institut universitaire en santé mentale. Le CIUSSSCN a fermé au début de 2018: les lits de psychiatrie ont été transférés à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus, et on en a déplacé une partie à l'ancien asile, plutôt que de la transférer au CHUL.

On annonce maintenant la fermeture de l'urgence et bientôt de tous les lits de l'hôpital St-Sacrement, le CHUL demeurant le seul hôpital général à avoir des lits de psychiatrie, mais pour combien de temps encore?

Dernier fait, le CIUSSSCN s'apprêtait à accepter qu'il n'y ait plus de service de médecine générale, le soir, la nuit et les fins de semaine sur place au site Robert-Giffard. Mais il y eut une protestation massive des psychiatres et autres professionnels de la santé.

Et maintenant, on annonce la fermeture de l'urgence psychiatrique de l'hôpital St-Sacrement et, par la suite, la fermeture de ses lits internes en psychiatrie et le transfert de quelques lits à l'hôpital psychiatrique, plutôt qu'à l'hôpital général qu'est le CHUQ.

N'est-on pas insidieusement en train de revenir à l'asile, cette institution ghetto et stigmatisante pour les sociologues et cette institution dépourvue des soins médicaux complets pour les psychiatres? Jusqu'à quand le gouvernement et le Collège des médecins assisteront-ils silencieux à ce retour en arrière?

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