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03/04/2018 09:00 EDT | Actualisé 03/04/2018 09:00 EDT

Marcher pour mourir

Je ne suis pas Palestinienne, mais plusieurs Arabes comme moi voient la Palestine comme le symbole du début de la grande injustice et de la diabolisation du monde arabe.

Anadolu Agency via Getty Images
Comme à chaque fois concernant ce conflit, il y a ce clash trop important où les identités et les émotions fortes font impérativement partie du débat.

Dans le tsunami de nouvelles quotidiennes, la Palestine a refait la manchette des journaux cette semaine. Symbole suprême de l'amnésie collective, le conflit israélo-palestinien a toujours fait partie du décor. 70 ans de résistance, ce n'est pas rien. Cette fois-ci, une marche pacifique des citoyens de Gaza s'est conclue par la mort de plus d'une quinzaine de personnes, en plus de quelque mille blessés par l'armée israélienne.

Je regarde autour de moi, mon environnement respire la sérénité, le calme le plus total. Je lis article après article. On est plusieurs à trouver que ça n'a pas de bon sens. On est aussi plusieurs à trouver que c'est bien normal de tuer des Palestiniens. Comme à chaque fois concernant ce conflit, il y a ce clash trop important où les identités et les émotions fortes font impérativement partie du débat.

Le silence peut être si brutal. J'ai envie de défoncer toutes les portes. « Oui, mais c'est la Palestine... ça ne changera pas. » Est-ce que l'horreur devient acceptable juste parce qu'elle perdure? « Mais c'est parce que t'es arabe que tu prends ça tellement à cœur ».

Quand le mouvement étudiant a éclaté en 2012, j'étais dehors à militer avec la population québécoise. Lorsque, récemment, les infirmières ont lancé un cri du cœur par rapport à leurs conditions de travail, je me suis tout de suite sentie concernée. Je suis allée dans plusieurs communautés autochtones, je me suis informée sur les problématiques et je tente humblement d'améliorer ma société au meilleur. « MA » société.

Je ne suis pas Palestinienne, mais plusieurs Arabes comme moi voient la Palestine comme le symbole du début de la grande injustice et de la diabolisation du monde arabe. De plus, on a déjà été intolérant, agressif, voire violent à mon égard à cause de mes origines. Ça renforce l'identité. « Oui, mais pourquoi ces enfants d'immigrants ne s'intègrent pas à la société? Il y a une fermeture des communautés, ne trouves-tu pas? »

Pourquoi est-ce que je me sens marginale, extrémiste dès que je parle de ce sujet?

L'intégration sociale est aussi politique. Pourquoi est-ce que je me sens marginale, extrémiste dès que je parle de ce sujet?

Le plus grand mythe qui existe consiste à croire que les protestations des Palestiniens sont souvent violentes. « Combattre le terrorisme », dit-on. Mais encore une fois, ce sont des civils non armés qu'on a tués, parce qu'ils défendaient le droit d'être là. De juste être là.

Pendant ce temps au Canada, on parle du processus de réconciliation avec les autochtones, on veut réparer les vies brisées. Mais quelles leçons avons-nous retenues si on continue d'encourager le maintien de populations palestiniennes sous occupation? Cette acceptation, elle dépasse largement nos politiciens, elle nous concerne même directement. On participe à notre manière à la banalisation des crimes commis à 13h de vol de chez nous. On commémore l'holocauste régulièrement, un des pires crimes contre l'humanité, en même temps qu'on lâche des bombes sur Gaza.

Une fille arabe qui défend la Palestine, ce n'est pas ce qu'il y a de plus convaincant.

« Exister, c'est résister ». Comme d'habitude, la situation en Palestine me plonge dans une profonde incompréhension dans le monde dans lequel nous vivons. Je sais très bien que plusieurs personnes ne me liront pas sérieusement simplement de par mon nom. Une fille arabe qui défend la Palestine, ce n'est pas ce qu'il y a de plus convaincant.

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