LES BLOGUES
30/03/2015 12:29 EDT | Actualisé 29/05/2015 05:12 EDT

Les prochaines élections en Haïti et la problématique de la gestion des risques

La vulnérabilité d'Haïti face aux risques majeurs (naturels ou anthropiques) n'est plus à démontrer. Alors que la place que donnent les responsables politiques à la prévention et la gestion des risques dans leur programme de gouvernement est quasi nulle. Leurs discours, leurs prises de décisions et leurs différents budgets sont là pour en témoigner. Au pays, la politique occupe une place prépondérante dans le débat public. Les vrais débats de société sont quasi absents. Quand ils sont traités, ils le sont de façon superficielle.

Malgré la catastrophe du 12 janvier 2012, malgré les graves conséquences des manifestations des aléas hydrométéorologiques (cyclones, inondations, sécheresses, etc.) malgré les nombreuses alertes des spécialistes sur les dangers qui menacent en permanence le pays, on tarde encore à mettre la gestion des risques naturels au centre du débat public. Les mesures concrètes se font encore attendre (loi sur la sécurité civile, décentralisation, politique d'aménagement du territoire prenant en compte les risques naturels et autres, politique nationale de sécurité civile, etc.) L'amnésie est totale. L'irresponsabilité publique à ce niveau est, sans exagération, criminelle.

La conscience du risque

L'ensemble de la population haïtienne vit dans des zones à risque (risques sismiques, risques cycloniques, risques d'inondation, risques de glissements de terrain, sécheresse (atmosphérique et hydrologique), risques sanitaires, risques d'origine anthropique). La perception du risque n'est pas la même pour tous les citoyens. Ils sont nombreux, les gens qui croient que les risques sont les conséquences de nos péchés, en témoignent les nombreuses réunions de prières, réalisées sur les places publiques et dans les temples, réunissant des milliers de fidèles pour demander pardon à Dieu après la catastrophe du 12 janvier 2010. Il y a, de ce fait, un travail d'information et d'éducation en profondeur à faire.

Car, la motivation des individus à se protéger des risques majeurs se fonde sur deux facteurs clés, la perception du risque et l'évaluation de la capacité à diminuer ses impacts s'il survient.

L'information sur les risques à grande échelle, les politiques publiques pour la prévention et la gestion des risques sur l'ensemble du territoire, si elles étaient réalisées, permettraient aux citoyens de comprendre que les risques et les catastrophes ne sont pas les conséquences de la colère de Dieu.

Cette perception archaïque du risque n'est pas une exclusivité réservée seulement aux citoyens qui veulent tout expliquer par le surnaturel. Il semble qu'elle concerne aussi les politiciens haïtiens, puisque le risque et sa gestion ne font partie ni de leurs discours politiques ni dans leurs arguments de campagne pour convaincre les électeurs.

Alors, doit-on comprendre qu'il existe chez ces politiciens, selon le mot de Beck (La société du risque. Sur la voie d'une autre modernité, trad. de l'allemand par L. Bernardi. Paris, Aubier, 2001, 521 p), une dénégation du risque provoquée par la peur? Ou encore, toujours selon Beck, est-ce que, pour eux, cette conscience du risque a une signification anthropologique? C'est-à-dire qu'il existe un royaume des ombres qui se cache derrière le monde visible et menace la vie sur cette terre.

Le devoir de protéger les citoyens

Le problème est sérieux. Le fait d'éclipser la gestion des risques dans le débat public, le fait que les candidats ne sont jamais interrogés sur ce sujet, l'absence d'une politique de sécurité publique incluant la prévention et la gestion des risques majeurs dans les différents programmes des partis politiques, renforcent cette perception anthropologique et archaïque du risque.

Même pendant les campagnes électorales pour les présidentielles de 2011, un an après le séisme du 12 janvier, la protection des vies et des biens des citoyens face aux risques n'était pas un slogan de campagne, et elle n'a pas été non plus une priorité pour le gouvernement sorti de ces élections. Le déni est total.

Les journalistes n'ont pas aidé non plus en ce sens, puisqu'ils n'ont pas imposé la prévention et la gestion risques comme faisant partie du débat politique, ni pendant les campagnes électorales ni après que les dirigeants soient élus. Il y a lieu de croire que cette dénégation du risque envahit toute la société. C'est comme si le 12 janvier 2010 n'a pas eu lieu. Incompréhensible.

Les conséquences des catastrophes naturelles, le pays en a subi beaucoup, exigent que la gestion et la prévention des risques fassent partie intégrante de la sécurité publique et du débat public. Elles renvoient aussi au besoin impérieux d'introduire dans le cursus scolaire haïtien l'enseignement des risques. Ce n'est pas admissible que les risques ne soient pas enseignés en Haïti. Il faut impérativement que les décideurs politiques corrigent cette situation. Il est aussi du devoir des citoyens d'exiger que les risques soient pris en compte par les élus dans leurs programmes de gouvernement, que ce soit au niveau local ou au niveau national. Il est atterrant de constater que la prévention des risques majeurs ne mobilise pas dans le pays.

Reconstruction et projets de développement

Il est un fait que la pauvreté et l'ignorance sont des facteurs aggravants de la vulnérabilité du pays. Il est certain qu'en Haïti tout est priorité. Mais, le risque étant une association d'aléa et d'enjeux (vulnérabilité), il est impératif de le prendre en compte et de le considérer dans tout projet quel que soit sa nature.

Les catastrophes représentent un problème d'une importance majeure dans le développement d'un pays. Celles qui ont touché Haïti depuis 2004 ont montré que les réalisations peuvent être anéanties l'espace d'un moment et la croissance économique sérieusement mise en cause.

Les risques sismiques qui menacent encore le pays, que se soit dans le nord et à Port-au-Prince , le réchauffement climatique et ses conséquences (amplification des catastrophes hydrométéorologiques), les risques cycloniques cycliques, la crise sanitaire avec le choléra, la crise de l'eau qui menace le pays, etc., exigent que la gestion des risques devienne un enjeu électoral et fasse partie des grands sujets de société. Envisager de reconstruire le pays ou encore d'y entreprendre des projets de développement à court ou à long terme sans la mitigation des risques, c'est faire preuve de stupidité et d'irresponsabilité.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Des milliers d'Haïtiens manifestent pour des élections

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter