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31/05/2017 09:51 EDT | Actualisé 31/05/2017 09:52 EDT

L'Université Laval à la croisée des chemins

Il semble y avoir tant à faire à l'interne en matière d'acceptabilité sociale, dans un contexte où la réputation du blason lavallois s'est fortement entachée au cours des dernières années.

En pleine transition. Voilà un état qui décrit actuellement très bien l'Université Laval, dont le recteur sortant Denis Brière achève un long mandat de dix ans. C'est la professeure en génie industriel, Sophie D'Amours, qui prend dès lors les rênes de l'institution d'enseignement. Élue au premier tour, la nouvelle rectrice aura déjà beaucoup de dossiers à prioriser.

Il semble y avoir tant à faire à l'interne en matière d'acceptabilité sociale, dans un contexte où la réputation du blason lavallois s'est fortement entachée au cours des dernières années. Sophie D'Amours devra d'abord concrétiser l'élan de renouveau qu'elle a tant promis en gouvernance universitaire au cours des derniers mois.

Celle qui devient du même coup la première femme à exercer cette fonction à l'UL vise à amener « plus de transparence » au sein de son administration, tant auprès des étudiants que du corps professoral ou encore des médias.

Un tour de force qui, certes, ne sera pas aisé, mais qui demeure possible. Surtout dans le contexte où Sophie D'Amours porte un dossier propre, sans scandales, avec de bonnes intentions jusqu'à maintenant. Les portes sont ouvertes. Encore faut-il réellement vouloir les prendre.

Nul ne peut non plus nier que la symbolique de son arrivée laisse entrevoir que les femmes peuvent bel et bien accéder à des postes de prestige sur nos campus québécois. Peu importe nos points de vue, cela doit nous réjouir, en tant que membres d'une société se revendiquant égalitaire.

Par où commencer?

D'emblée, les généreux salaires que se versent les membres de l'administration continuent d'indigner le campus et une bonne partie de la sphère politique, nourrissant les critiques d'un financement par tête de pipes et d'une éducation marchande. Il y a là un blocage fondamental que la nouvelle leader aura à régler rapidement si elle veut conserver son image de fraîcheur et de dynamisme.

N'oublions pas non plus que depuis le mois d'octobre, les plaintes d'agressions sexuelles au pavillon Alphonse-Marie-Parent ont relancé les débats sur la culture du viol. Au-delà des tristes événements, plusieurs ont dénoté que la crise a été mal gérée, dévoilant un Denis Brière peu charismatique et loin de sa communauté, alors qu'il s'agissait d'un moment critique et important.

Voilà que la nouvelle rectrice, elle, semble vouloir se rapprocher de son campus et opérer une révision générale du milieu universitaire. Encore doit-elle pouvoir espérer réaliser une bonne proportion de ce qu'elle a promis en campagne.

« On va faire des efforts pour faciliter l'intégration et être avec vous. Je veux personnellement rendre l'expérience universitaire plus excitante, plus unique », lançait-elle aux étudiants lors de son élection le 26 avril dernier.

Impliquer les « personnes »

« Comme le gouvernement nous a déjà imposé des coupes de 1,4 M$, je crois que tous les collègues peuvent réfléchir en quittant leur poste. Chaque fois que quelqu'un renonce à la prime, on peut aller chercher un peu d'argent et réinvestir. »

C'est ce que disait Sophie D'Amours, le 5 avril dernier lors d'un débat entre candidats dans la course au rectorat à l'Université Laval. Vague et bien prudent, direz-vous? Quoique pertinent, dans les faits. Parce que changer d'orientations n'est pas aisé, rien ne sert de vouloir exploser la barraque.

C'est en fait progressivement, pas à pas, que nous arriverons à composer une administration honnête et surtout axée sur la réussite étudiante, la vraie.

Un plafond salarial, peut-être, pour commencer? L'idée peut certes se révéler rassurante pour une partie de la population, mais elle ne règle pas un problème fondamental qu'est celui de l'acceptabilité sociale. Jusqu'où le salaire d'un dirigeant universitaire peut-il aller? Posez-vous la question. Faisons des consultations. Impliquons le public. Changeons les choses ! C'est un peu le mandat. Et ce dossier n'est qu'un exemple.

Mieux financer, mieux administrer

Travailler à connaître l'ensemble des joueurs et impliquer les citoyens « pour faire équipe et convaincre l'État d'investir plus d'argent dans nos universités » : tel est l'objectif ambitieux de la rectrice. L'idée est bonne sur papier.

Mais il faudra d'abord collaborer de manière plus significative avec la Ville de Québec sur des projets communs et créer un sentiment d'appartenance plus fort avec les diplômés, au-delà des événements officiels.

Il importe également de manière urgente de construire des réseaux d'entraide et de soutien entre les universités afin de créer une force de frappe plus vaste, plus grande et surtout plus intelligente auprès du gouvernement.

Il importe également de manière urgente de construire des réseaux d'entraide et de soutien entre les universités afin de créer une force de frappe plus vaste, plus grande et surtout plus intelligente auprès du gouvernement. Nous avons franchement besoin du financement promis depuis plusieurs années sur nos campus, à l'échelle de la province. Faisons-le ensemble, non?

Au final, le changement de paradigme devra se faire sentir dès la rentrée des classes, l'automne prochain. Tellement de projets seront toujours en attente, et il faudra investir du temps pour aller à la rencontre de tous les besoins, de manière concrète !

Mentionnons le Centre de la vie étudiante, ce projet de nouveau pavillon potentiellement construit au coeur du campus, ou encore l'urgence d'agir sur les stages non rémunérés (pensons à la CRAIES) et sur cette politique familiale pour les parents-étudiants dont on parle tant.

Concrétisons ensuite notre volonté à désinvestir l'Université Laval de ses placements dans les énergies fossiles. Terminons la lutte qu'a fièrement lancée le groupe ULaval sans Fossiles. Tant qu'à se revendiquer développement durable (DD), travaillons à réduire notre empreinte écologique en encourageant des projets comme celui d'abolir la vente d'eau embouteillée, si pollueuse et insouciante.

Occupons-nous enfin des réalités étudiantes, lors des cinq prochaines années, Mme. D'Amours.

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