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10/03/2014 12:25 EDT | Actualisé 09/05/2014 05:12 EDT

Le Québec en 2040

Tout a commencé avec une dégradation marquée des relations entre le Québec et les autres provinces, avec pour conséquence l'abolition des transferts qui en provenaient... Les services publics ont dû être revus à la baisse en cette période de vaches maigres.

Les CPEs subventionnés n'étaient déjà qu'un lointain souvenir... C'était difficile, mais le gouvernement vantait la dignité et la souveraineté retrouvée de la nation québécoise.

Maintenant isolé et sous la pression des marchés financiers dont il avait perdu la confiance, le gouvernement québécois a alors décidé une augmentation temporaire de la pression fiscale pour rétablir "des services publics dignes d'une démocratie humaniste et sociale".

Il va sans dire que cet ajustement est rapidement devenu permanent, et a une nouvelle fois creusé l'écart entre le Québec et les autres provinces en matière d'imposition des hauts revenus. Ceux qui le pouvaient, médecins, banquiers, entrepreneurs, chercheurs, ont quitté la Belle province, tandis que l'investissement productif s'est effondré du fait de la grande incertitude économique et politique.

Les prix de l'immobilier ont alors plongé, notamment à Montréal où ils ont perdu plus de 30% en deux ans. Confrontés à la perte d'une partie de leur clientèle, de nombreux petits commerces et restaurants ont été forcés de mettre la clef sous la porte.

À la suite de ces évolutions, les recettes fiscales se sont automatiquement effondrées. Le gouvernement, pris à la gorge, a adopté en urgence une série de mesures pour ralentir l'hémorragie. Afin de freiner les migrations, il a mis en place une taxe sur le départ, prélevée sur les actifs des Québécois qui allaient emménager dans d'autres provinces. L'exode continuait néanmoins, et l'amélioration des finances publics n'était que minime et éphémère.

Les années ont passé et la situation ne s'est pas améliorée. Face à l'augmentation des impôts et à l'inflation qui a fait suite à la diminution des échanges commerciaux avec le reste du monde, les Québécois ont développé une économie de subsistance pour subvenir à leurs besoins. On voyait des avocats cultiver un potager en plein Montréal durant la semaine.

Les politiciens s'en félicitaient, vantaient l'autosuffisance de la province et son écologie impeccable. Reste que le niveau de vie des Québécois est désormais 40% plus faible que celui des Canadiens, et ne représente même pas la moitié de celui des Américains. Le Québec n'est ni développé ni en voie de développement, mais en voie de sous-développement.

Du fait de la migration des personnes à haut potentiel et des activités économiques vers d'autres horizons, le gouvernement est rapidement devenu incapable de financer des services publics convenables. La plupart des régions sont peu à peu devenues dangereuses et inhospitalières, parsemées de villes fantômes. Les habitants qui restent ont donc afflué vers Québec et Montréal.

La métropole n'est plus que l'ombre d'elle-même. Jadis une ville rayonnante et florissante qui faisait l'envie du monde entier, elle subit finalement un sort similaire à Détroit. D'ailleurs, les États-Unis ont posté des troupes à la frontière québécoise. Celle-ci est maintenant plus surveillée que la frontière mexicaine.

Dans le seul journal restant, dont le gouvernement a pris le contrôle pour lui éviter la faillite, certains "économistes" soutiennent que le Québec illustre le succès de la décroissance et constitue un exemple pour le monde. A l'étranger, c'est au contraire l'incompréhension et la consternation qui dominent. Aux États-Unis et en Ontario, les personnes âgées se rappellent d'une province accueillante où il faisait bon vivre.

Le système de santé est toujours public, et les soins toujours gratuits en principe. Cela dit, avec le manque de moyens, les listes d'attente se sont allongées, si bien qu'une simple maladie peut facilement être fatale. L'espérance de vie a ainsi chuté à 62 ans...

Seule parade: être proche du pouvoir pour bénéficier d'un traitement de faveur. Pour de nombreux Québécois, c'est une question de vie ou de mort. L'État s'en sert habilement pour museler la critique: malgré les conditions de vie épouvantables, le dernier mouvement de contestation remonte à plus de dix ans.

Parallèlement, la corruption et le népotisme ont explosé. Avec le départ d'une partie de la population, des petits réseaux de Québécois ont eu accès à des positions clés, et privilégient les petits arrangements entre amis... Conséquence: à moins de faire partie de ces réseaux, il est quasiment impossible de décrocher un bon emploi.

Quant au français, il est certes protégé, mais plus vraiment parlé. Suite à la marginalisation du Québec, les autres provinces canadiennes ont délaissé cette langue. Cela fait longtemps que l'anglais y est la seule langue officielle. Même au Québec, les jeunes apprennent l'anglais pour espérer obtenir un emploi au Canada ou aux États-Unis, et ainsi "s'en sortir".

Lorsqu'on interroge les Québécois sur la direction prise par la province depuis 2014, ils prennent un air résigné et avouent ne pas avoir envisagé un tel déclin. Il est maintenant trop tard pour revenir en arrière. Alors on se souvient.

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