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27/07/2013 09:53 EDT | Actualisé 26/09/2013 05:12 EDT

De la difficulté d'ouvrir et de faire vivre une petite galerie d'art

La réalité est que les galeries d'art sont de plus en plus désertées et que les petites galeries sont dans l'ombre des grandes galeries. Pour réussir, il faut innover et garder l'entreprise dans une dynamique qui demande beaucoup d'énergie et d'efforts. Il faut se démarquer des autres galeries, sous peine de disparaître. C'est un travail de tous les instants.

J'ai eu l'honneur d'assister à plusieurs lancements de galeries d'art au Québec. C'est toujours un moment plein d'espoir; on croit toujours en l'entreprise naissante. On souhaite bon succès au galeriste et aux artistes, parfois ils sont plusieurs artistes-galeristes-propriétaires-colocataires à tenir la barque. Peu importe la structure de l'entreprise: on veut croire que la galerie sera assez novatrice pour marquer de son empreinte le marché québécois de l'art contemporain et, éventuellement, le sortir du marasme. On a foi en ces artistes qui se lancent en affaires en ouvrant une petite galerie. C'est un moment où tout semble possible. La bonne volonté est communicative. L'enthousiasme est général. Le lancement se fait habituellement en grande pompe sous les rires et les applaudissements.

Le premier anniversaire est tout aussi important que le lancement. On invite les médias, des personnalités régionales, des élus, les quelques clients de la première année pour leur présenter de nouvelles peintures. C'est une campagne de séduction pour augmenter l'affluence de l'entreprise. Le bilan financier est loin d'être ce qu'on espérait, mais on prétend que tout va très bien pour conserver les apparences d'une bonne santé financière. Le «paraître» dans ce domaine est l'une des pierres angulaires du marché de l'art.

Le deuxième anniversaire est habituellement moins grandiose, car l'incertitude règne déjà depuis un moment. L'artiste qui rêvait d'avoir pignon sur rue ne peut pas assumer les heures d'ouverture et peindre en même temps. Parfois, les heures d'ouverture diminuent dans la deuxième année. La vocation de la galerie change en atelier-galerie. C'est plus pratique pour l'artiste-galeriste qui veut faire rouler son entreprise tout en peignant en même temps. Or, être commerçant à temps partiel et être artiste à temps partiel, c'est une division qui mène trop souvent à la fermeture. La qualité de la production artistique souffre inévitablement de ce manque de temps d'épanouissement créatif. Rares sont les petites galeries qui fêtent leur troisième anniversaire.

Dans le cas des galeries à propriétaires multiples, des frictions entre artistes gestionnaires ont mené à des divergences d'opinion sur la façon de mener l'entreprise. Les trop nombreuses réunions administratives contribuent à diminuer le temps de création. Des clans se forment dans le groupe, les idées novatrices ne passent pas, finalement plusieurs quittent le navire. La survie de la galerie est aussitôt menacée. Il faut trouver de nouveaux artistes-colocataires qui paieront leur part de loyer. Le choix des peintres est habituellement de plus en plus médiocre. La sélection se fait trop rapidement; le choix étant motivé uniquement par la capacité de payer des remplaçants.

Faute de pouvoir être autonome financièrement par la vente des oeuvres, la petite galerie devient parfois un lieu de location. Ceux qui peuvent payer ont des murs pour exposer. Le propriétaire s'est trouvé une source régulière de revenus et devient totalement dépendant d'elle. La vente devient accessoire, car les revenus sont réguliers et ne dépendent pas du bon vouloir de la clientèle. Trouver des artistes locataires est une question de survie. Le galeriste vit aussi, parfois, d'une aide de deux ans du CLD et quand cette aide se termine, l'entreprise cesse ses activités commerciales. C'est la fin d'un rêve qui garde toujours un arrière-goût d'échec. C'est le même phénomène avec une structure basée sur l'association (à but non lucratif) d'artistes: les subventions ne durent jamais longtemps et les aides des élus sont limitées.

L'artiste qui s'est lancé en affaires ne s'est pas donné le temps de se «bâtir» une écurie solide, une clientèle fidèle, ni un réseau de collectionneurs. Il a cru, qu'ayant pignon sur rue, l'affluence allait être automatique.

Le billet se poursuit après la galerie

La réalité est que les galeries d'art sont de plus en plus désertées et que les petites galeries sont dans l'ombre des grandes galeries. Pour réussir, il faut innover et garder l'entreprise dans une dynamique qui demande beaucoup d'énergie et d'efforts. Il faut se démarquer des autres galeries, sous peine de disparaître. C'est un travail de tous les instants. Les galeries en zones touristiques ont peut-être plus de chance que les autres, car chaque saison amène son flot de touristes. Il existe plusieurs structures: l'artiste-galeriste n'exposant que ses propres oeuvres, l'artiste-galeriste exposant ses oeuvres et celles d'autres artistes, les artistes-galeristes-propriétaires-colocataires tous administrateurs de l'entreprise, etc. Comme dans toutes les entreprises, pour réussir, il faut prendre le temps de bâtir quelque chose sur des fondations solides. Il faut une stratégie de développement, un sens du marketing, une connaissance du marché de l'art, une connaissance de la clientèle visée, etc. L'intérêt pour les arts visuels n'est malheureusement pas suffisant pour rester en affaires. On ne peut pas non plus s'improviser galeriste du jour au lendemain. Bien sûr, il y aura toujours des exceptions; les artistes qui réussissent en affaires, cela existe aussi!

Une nouvelle galerie d'art ouvre ses portes à Québec, le 30 juillet, sur l'avenue Cartier. La bonne volonté est communicative. L'enthousiasme est général. C'est un moment plein d'espoir pour les gens du milieu des arts visuels à Québec. On croit au futur succès de cette galerie. Le lancement officiel se tiendra en septembre. La propriétaire est une brillante femme d'affaires en plus d'être une remarquable artiste qui se fait connaître au niveau international. Elle sait donc que la rentabilité d'une entreprise ne se fait pas en six mois. Les bases solides du commerce, elle les a acquises avec son expérience de femme d'affaires. L'indice de son futur succès: elle sait où elle s'en va! Elle se démarque déjà par son concept et son choix d'artistes. Elle a déjà ce qu'il faut pour réussir là où plusieurs ont échoué. Je ne lui souhaiterai pas bonne chance - parce qu'il n'y a pas de hasard en art - je vais plutôt lui dire que je crois en elle!