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20/10/2016 08:10 EDT | Actualisé 20/10/2016 08:10 EDT

«Great no more»

Peut-être que nous devrions tous nous réjouir du fait que Donald Trump a choisi «Make America Great Again» pour son slogan de campagne. Pour le plaisir de toute l'humanité, chaque fois qu'il invoque l'expression, nous porte un peu plus près du moment où nous n'aurons plus jamais à entendre une telle déclaration.

Dans une société globale, il n'y a plus de place pour un pays qui se présente comme «le plus grand et le plus fort» du monde. Tout particulièrement quand il est nécessaire d'avoir un arsenal d'armes et même de tuer pour le prouver. Tout au long de l'histoire, ces mots ont été au service de trop fragiles et de trop grands égos. Certains d'entre eux étaient tout simplement fous.

Espérons qu'aucun politicien ne puisse faire ces déclarations troublantes dans le futur. Bien sûr, vous pouvez accrocher votre médaille d'or pour un an, mais appeler un pays «great» est un appel au nationalisme qui sert à alimenter ce type de vanité et d'orgueil qui conduit aux guerres et aux politiques de division.

Le mot great se traduit mal en français, car il semble que l'être humain peut devenir grand, mais pas un pays. Personne n'est great, mais nous pouvons tous être fiers. Pas fiers de son pays, mais de nos réalisations. Fiers de ce que nous avons réussi individuellement, en famille et avec notre communauté. Fiers parce que nous avons voté l'application de programmes qui sont pour le bien commun des personnes, des animaux et de la terre. Et une fois que nous pouvons être fiers de tout ça, nous devrions rester humbles. Pas besoin d'aller vanter que vous êtes le plus grand sur terre. La chute est toujours trop près pour de tels mots.

En allant partout dans le monde en déclarant que vous êtes great et les plus grands, vous humiliez tout simplement les autres...

En allant partout dans le monde en déclarant que vous êtes great et les plus grands, vous humiliez tout simplement les autres, vous les rabaissez sans vous élever vous-même dans la pensée humaine. Les politiciens ne peuvent pas nous dire que nous sommes «grands» tant que chaque élément de la société ne puisse s'accomplir à son meilleur.

La grandeur n'est qu'illusion. J'ai vécu avec des familles dans plus de 110 pays, et chacune d'elles a voulu me montrer un «quelque chose» ou un «quelque part» de leur pays qui les rendaient fiers. Il y a de la beauté partout. Peu importe où nous sommes nés, les beautés de notre environnement, de notre peuple, de nos cœurs et de nos esprits sont ce que nous devrions apprendre à voir et à montrer au monde. Cela et la simple fierté qui vient avec le fait que nous avons apporté notre contribution à l'ensemble.

J'en suis venue à apprécier les petits pays. Ils facilitent simplement la prise de décision. Les résultats des décisions prises dans les pays où la population est inférieure à 10 millions, comme en Scandinavie, au Costa Rica, et d'autres sont souvent dus à un consensus. Ils permettent ainsi à tous de grandir.

Je viens du Québec où beaucoup de gens espèrent l'indépendance. Ce n'est pas le désir d'un adolescent qui veut aller vivre seul. Ce n'est pas à cause de haines. C'est tout simplement que le nombre aiderait à prendre plus facilement des décisions sur son propre destin. Des décisions qui aideraient le bien commun et à être plus ouvert au monde entier. Les pays géographiquement grands ne rendent pas cela possible.

Je pense qu'il est plus facile de penser globalement quand localement la vie est plus calme, paisible, sécuritaire et harmonieuse. Quand vous pouvez regarder votre environnement tout en englobant dans votre regard tous ceux qui partagent la planète avec vous.

La recherche du nationalisme et de la puissance ne peut que ramener une forme d'attitude tribale, et cette pensée n'a plus, elle aussi, sa place dans le monde. Fermer notre porte sur le monde, c'est retourner à la pensée tribale et ceci pourrait bien apporter abus et douleur dans l'avenir. Nous nous devons de rester éveillés et ouverts si nous voulons changer le monde. Cela est possible même dans le petit nous.

Le vote aux États-Unis représente cinq pour cent de l'opinion mondiale - et à cause de ce cinq pour cent, les Américains penseront-ils avoir le pouvoir de décision sur le destin de toute l'humanité?

L'appel au nationalisme fonctionne bien parce que la recherche de la grandeur fait partie de nous. Elle est en nous. La grandeur ne peut être que dans le petit. Il est bien difficile parfois d'accepter notre «petite vie», mais cela aide de savoir qu'être un citoyen du monde, c'est être petit pour être grand. Vous ne pouvez pas vivre dans tous les pays du monde, mais vous pouvez faire en sorte que le monde entier vous habite.

Les politiciens savent qu'ils ne peuvent plus vraiment dire: «Nous sommes les plus grands». Au lieu de cela, ils disent: «Soyons à nouveau grands.» J'ai entendu un politicien dire ces mêmes mots cette année en Inde. Des mots qui se retrouvent dans de nombreuses régions du monde - il n'y a pas que Donald Trump. Ces mots me font frissonner d'inquiétude à chaque fois. Quel pays a vraiment déjà été grand? Y a-t-il déjà eu un «grand» pays sans esclaves, sans tuer, sans humilier les autres? Sans tricherie et sans mensonges? Nous n'en voulons plus!

Le vote aux États-Unis représente cinq pour cent de l'opinion mondiale - et à cause de ce cinq pour cent, les Américains penseront-ils avoir le pouvoir de décision sur le destin de toute l'humanité? À la veille des élections américaines de 2016, les États-Unis semblent hors contact avec la réalité. Peut-être que ce qui pourrait être merveilleux, et même great aujourd'hui, ce serait la possibilité d'avoir des référendums mondiaux.

Ces jours-ci, il semble que ce qui nous concerne ce soit les pays où les gens sont les plus heureux, là où l'environnement est le plus sain et l'eau la plus propre. Les pays où les êtres sont égaux, où les hommes sont éveillés et les femmes habilitées. Là où l'on trouve non pas une fierté du pays, mais celle de contribuer au bien-être de toute l'humanité.

Les politiciens entendent-ils cet appel à l'éveil que nous demandons, ou sont-ils encore trop «petits» pour comprendre?

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