LES BLOGUES
14/09/2016 10:21 EDT | Actualisé 14/09/2016 10:21 EDT

Entre deux rives, les agneaux du seigneur

Dans le Sud, la question existentielle tourne autour du prix de l'animal à immoler, au nord c'est le tribut moral à payer qui est en question; malaise intercommunautaire, divergences d'avis... discorde à l'infinie! Entre les deux visions, il y a la bête.

Dans le Sud, c'est un acte de piété et de soumission, dans le Nord un fait religieux rétrograde et barbare. Dans le Sud, la question existentielle tourne autour du prix de l'animal à immoler, au nord c'est le tribut moral à payer qui est en question; malaise intercommunautaire, divergences d'avis... discorde à l'infinie! Entre les deux visions, il y a la bête.

Dans les pays de l'islam, la bête est présumée coupable

S'il se retrouve ligoté à vos pieds un matin, c'est qu'il a été choisi pour la fête. Non pas par vous-même, mais par votre seigneur. Il va être sacrifié. Pour perpétuer un mythe qui sauva votre lignée.

Son odyssée, lui et ses semblables, commencera par l'enfer des marchés, leurs conditions cruelles et les touffeurs des camionnettes bâchées. Les mains baladeuses des engraisseurs, intermédiaires, rabatteurs et vieux gredins viendront tâter et juger le beau et le présumé bon. Ils passeront de main en main, vendus, livrés... trahis!

Vous les entendrez peut-être braire leurs incompréhensions sur les balcons murés. Vous les verrez se lamenter à travers les enclos et les portails rouillés. Perdu, attendant le purgatoire et ruminant leurs angoisses.

Ne sentez-vous pas cette atmosphère lourde et étouffante, par ces journées orageuses et caniculaires. Ces rigoles ruisselantes et rouges, et ces trottoirs fumants. Les miasmes morbides des carbonades, abats, tripes pendantes que l'on étend, que l'on assèche.

Les sacrifiés perçoivent les incantations s'élevant de vos temples. Vos réjouissances et vos attentes. Les lames qui s'aiguisent au rythme des rires d'enfants, les crochets que l'on courbe, les cordes que l'on noue, le bruit de la meule affûtant feuille, hache et couperet. Échafaud et scène du crime, potence participative; comportement grégaire d'une société excitée par le théâtre de mort.

Des papas maculés, des gosses effarouchés que les jérémiades et autres râlements et convulsions, hanteront des années durant. Les gamins qui les verront expirer (les moutons), les garderont vivants longtemps dans leurs cauchemars. Ils reviendront les abattre une fois adulte, dévitalisés, insensibles, formatés et habitués.

«L'immolation du mouton de l'Aïd met l'Occident face à une morale incommodante que l'on aimerait éviter»

La digression du mouton savant

Ne voyez-vous pas là un acte d'un autre temps, sosie des fêtes mortuaires Inca, des rites sacrificiels Mayas, Égyptiens ou Nubiens. Des célébrations fossiles, éteintes et délaissées, remplacées peu à peu, par des rites non sanglants. C'est ce que montrent aussi la mythologie et l'histoire des anciens Grecs, ou les textes bibliques des Hébreux.

Le christianisme, quant à lui, est venu consacrer l'acte de la crucifixion, comme ultime acte sacrificiel qui mettait fin à toutes autres formes d'offrandes dites sanglantes.

À travers Jésus, le Dieu des chrétiens, aurait fait don à l'humanité entière d'une partie de lui-même. Un acte salvateur annonciateur d'une nouvelle ère pour l'homme. Une philosophie qui s'était transmise (par la force?) à la religion juive, qui abandonna peu à peu, après la destruction du temple de Jérusalem par les Romains, les rites sanglants pour ne les pratiquer que pendant les périodes de pèlerinage à la ville sainte.

Cette vision philosophique judéo-chrétienne du sacrifice serait une des sources d'incompréhensions et de tensions entre musulmans d'occident et sociétés d'accueils.

«À la limite, dans la baignoire, le « mouton martyr » serait peut-être bien mieux accueilli, si celle-ci (la baignoire) était une cuve sacrificielle, dans un temple éloigné que l'on appellerait civilement abattoir»

Le mouton dans la baignoire; un cas de conscience occidental?

L'immolation du mouton de l'Aïd met l'Occident face à une morale incommodante que l'on aimerait éviter: celle de la pertinence de l'abattage massif, qui revient à se questionner sur l'éthique de consommer de la viande animale, qui dérive sur le mystère de la supériorité de l'homme en tant qu'espèce omnipotente qui a droit de vie et mort sur l'ensemble des espèces.

Même si le rite sacrificiel est abandonné par la majorité des Occidentaux, il continue à se manifester à travers de belles fêtes religieuses, dans la dinde de Noël ou via l'agneau de Pâques. On continue à abattre et à sacrifier de manière indirecte en se procurant des viandes chez le boucher ou dans les grandes surfaces. Dans cet occident héritier des valeurs judéo-chrétiennes, concepteur des déclarations des droits des hommes et des animaux, le malaise du « mouton martyr de l'Aïd» est d'abord un cas de conscience. Une insulte à la pensée évolutive humaine qui demeure, malgré tout, profondément animale. Un vilain reflet de notre nature crue, cruelle... dure à digérer.

À la limite, dans la baignoire, le « mouton martyr » serait peut-être bien mieux accueilli, si celle-ci (la baignoire) était une cuve sacrificielle, dans un temple éloigné que l'on appellerait civilement abattoir.

Mais revenons à nos moutons...

Dans les pays de l'Islam, nul ne semble se soucier de la moralité de l'acte ou s'interroger sur sa pertinence. Le débat « pléblique » se limite au volet financier, aux coûts, aux musettes et à la panse. Quoi de plus normal, lorsque des populations se débattent toujours, dans les bas-fonds de la pyramide de Maslow, et qu'elles considèrent que la richesse se mesure par la quantité de viandes ingurgitée.

Il y a surtout dans les rites, matière à l'asservissement. Ils font des croyants, des êtres prévisibles dont les besoins sont avant tout mystiques. On assurera simplement le « ftour » (repas de rupture du jeûne) du ramadan, les sucreries du petit Aïd, quelques places pour les pèlerins, des mosquées pour prier et des ovidés pour Al Adha (la « fête » du mouton). Ceux qui les dirigent (les croyants) n'ont qu'à satisfaire des besoins primaires pour se les mettre dans la poche. Mange, prie, dors... «Longanimité narquoise » dirait Kateb Yacine.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

  • HAZEM BADER via Getty Images
    Une femme palestinienne prend en photo sa fille habillée traditionnellement à l'occasion de l'Aïd El Adha devant le Dôme du Rocher à Jérusalem, Palestine, le 12 septembre 2016.
  • Anadolu Agency via Getty Images
    Des fidèles arrivent pour effectuer la prière de l'Aïd à la mosquée Malek Ibn Anes à Carthage, Tunisie, le 12 septembre 2016.
  • Anadolu Agency via Getty Images
    Des musulmans partagent des gâteaux après la prière d'Aïd El Adha à la mosquée Bajrakli à Belgrade, Serbie, le 12 septembre 2016.
  • Anadolu Agency via Getty Images
    Un enfant camerounais, vêtu d'un habit traditionnel à l’occasion de l'Aïd El Adha, pose avant la prière. Kousseri, Cameroun, le 12 septembre 2016.
  • NurPhoto via Getty Images
    Des musulmans arrivent pour effectuer la prière de l'Aïd El Adha dans une mosquée à Kiev, Ukraine, le 12 septembre 2016.
  • Jason Lee / Reuters
    Des hommes préparent une chèvre au sacrifice durant Aïd El Adha près de la mosquée de Niujie à Pékin, Chine, le 12 septembre 2016.
  • Mohamed Nureldin Abdallah / Reuters
    La prière de l'Aïd à Khartoum, Soudan, le 12 septembre 2016.
  • Anadolu Agency via Getty Images
    Des fillettes syriennes marchent près de la mosquée Ebul Hasan à Jarablus où a lieu la prière de l'Aïd El Adha sous surveillance des membres de l'armée syrienne libre. Alep, Syrie, le 12 septembre 2016.
  • Ahmed Jadallah / Reuters
    Un petit pèlerin jette des cailloux à Mina durant le hajj, au premier jour d'Aïd El Adha à La Mecque, Arabie Saoudite, le 12 septembre 2016.
  • LAKRUWAN WANNIARACHCHI via Getty Images
    Une fillette sri-lankaise prie durant les célébrations d'Aïd El Adha à l'esplanade de Galle Face à Colombo, Sri Lanka, le 12 septembre 2016.
  • MOHAMMED ABED via Getty Images
    Une mère palestinienne et sa fille après la prière d'Aïd El Adha à Gaza, Palestine, le 12 septembre 2016.
  • AHMAD GHARABLI via Getty Images
    Les pèlerins arrivent à Mina pour accomplir le rituel des "Jamarat", le jet de cailloux aux piliers symbolisant la lapidation de Satan au premier jour d'Aïd El Adha. La Mecque, Arabie Saoudite, le 12 septembre 2016.
  • AHMAD GHARABLI via Getty Images
    Un pèlerin jette des cailloux au rituel des "jamarat", la lapidation de Satan à Mina, La Mecque, Arabie Saoudite, le 12 septembre 2016.
  • Anadolu Agency via Getty Images
    Des musulmans échangent les salutations après la prière d'Aïd El Adha à la mosquée Jalil Khayat à Erbil, Irak, le 12 septembre 2016.
  • Ismail Taxta / Reuters
    Un enfant somalien montre son jouet après la prière de l'Aïd à Mogadiscio, Somalie, le 12 septembre 2016.
  • Anadolu Agency via Getty Images
    Des musulmanes célèbrent Aïd El Adha à la KMF (Korean Muslim Federation) ) Séoul, Corée du Sud, le 12 septembre 2016.
  • Anadolu Agency via Getty Images
    La prière de l'Aïd à une mosquée de Saint-Pétersbourg, Russie, le 12 septembre 2016.
  • Anadolu Agency via Getty Images
    Une famille afghane marche pour rejoindre la prière de l'Aïd à la Masjid Sabz (mosquée verte). Mazâr-e Charîf, Afghanistan, le 12 septembre 2016.
  • MOHAMMED MAHJOUB via Getty Images
    Des musulmans échangent les salutations de l'Aïd devant une mosquée à Muscat, Oman, le 12 septembre 2016.
  • Dmitry Serebryakov via Getty Images
    Un musulman prend une photo avec son smartphone avant la prière de l'Aïd El Adha à la Mosquée-cathédrale de Moscou, Russie, le 12 septembre 2016.
  • NurPhoto via Getty Images
    Un enfant palestinien durant la prière de l'Aïd à Gaza, Palestine, le 12 septembre 2016.
  • NurPhoto via Getty Images
    Une fillette palestinienne durant la prière de l'Aïd à Gaza, Palestine, le 12 septembre 2016.
  • LILLIAN SUWANRUMPHA via Getty Images
    Une maman et sa fille attendent la prière de l'Aïd à la mosquée Haroon à Bangkok, Thaïlande, le 12 septembre 2016.
  • NurPhoto via Getty Images
    La prière de l'Aïd El Adha au centre islamique de Thailande à Bangkok, le 12 septembre 2016.
  • Ulet Ifansasti via Getty Images
    Une maman et son bébé en poussette célèbrent Aïd El Adha à la place 'Alun-alun kidul' à Yogyakarta, Indonésie, le 12 septembre 2016.
  • Jordan Pix via Getty Images
    Un enfant joue avec un mouton au marché temporaire de bétail, établi spécialement à l'occasion de l'Aïd El Adha à Zarqa, Jordanie, le 11 septembre 2016.
  • Anadolu Agency via Getty Images
    Vue aérienne de la mosquée Selimiye à Edirne durant la prière de l'Aïd, Turquie, le 12 septembre 2016.
  • Jordan Pix via Getty Images
    Un enfant jordanien joue pendant la prière de l'Aïd à Amman, Jordanie, le 12 septembre 2016.
  • YASSER AL-ZAYYAT via Getty Images
    Un musulman chiite koweïtien durant la prière de l'Aïd El Adha à la mosquée Al Sadeq à la capitale Koweït, Koweït, le 12 septembre 2016.
  • MANAN VATSYAYANA via Getty Images
    Des musulmans malaisiens préparent une vache au sacrifice durant Aïd El Adha devant la mosquée Sultan Salahuddin Abdul Aziz à Shah Alam, Malaisie, le 12 septembre 2016.
  • Ahmed Jadallah / Reuters
    Des pèlerins musulmans se rasent le crâne après le jet de cailloux à Mina comme le veut le rituel. La Mecque, Arabie Saoudite, le 12 septembre 2016.
  • Mohammad Ismail / Reuters
    Une fille afghane joue durant les célébrations du premier jour d'Aïd El Adha. Kaboul, Afghanistan, le 12 septembre 2016.
  • Aly Song / Reuters
    Une femme musulmane utilise son téléphone avant la prière d'Aïd El Adha devant une mosquée à Shanghai, Chine, le 12 septembre 2016.
  • Dmitry Feoktistov via Getty Images
    Des musulmans prient au premier jour d'Aïd El Adha à la mosquée-cathédrale sibérienne à Omsk, Russie, le 12 septembre 2016.
  • STRINGER via Getty Images
    Un enfant kosovar debout devant un enclos à moutons dans un marché de bétail au premier jour d'Aïd El Adha près de Pristina, Kosovo, le 12 septembre 2016.
  • STRINGER via Getty Images
    Un homme iranien marche avec un mouton acheté pour l'Aïd El Adha dans un marché à Téhéran, Iran, le 12 septembre 2016.
  • Eid Al-Adha in Yemen
    Eid Al-Adha in Yemen
    Anadolu Agency via Getty Images
    Des fidèles arrivent pour effectuer la prière de l'Aïd El Adha à la place de la liberté à Taïz, Yémen, le 12 septembre 2016.
  • Eid Al-Adha in Iran
    Eid Al-Adha in Iran
    Anadolu Agency via Getty Images
    Une femme iranienne effectue la prière de l'Aïd El Adha à l'université de Téhéran, Iran, le 12 septembre 2016.
  • SIA KAMBOU via Getty Images
    Des musulmans prient dans la province de Adjame à Abidjan, Côte d'Ivoire, le 12 septembre 2016.