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16/11/2018 09:48 EST | Actualisé 16/11/2018 09:57 EST

Existe-t-il une solution pour Gaza?

Comment expliquer l'attitude du gouvernement israélien et quelle interprétation de la démission du ministre de la Défense en pleine période de tension?

Quel pays au monde accepterait de recevoir 500 roquettes et missiles sans réagir ou en le faisant avec «mesure»?
AP Photo/Tsafrir Abayov
Quel pays au monde accepterait de recevoir 500 roquettes et missiles sans réagir ou en le faisant avec «mesure»?

Près de 500 roquettes et projectiles divers ont été tirés en 48 heures sur les agglomérations civiles israéliennes. Un record absolu, alors que plus un seul citoyen de l'État Hébreu ne réside à Gaza depuis 2005. Pour l'heure, ni l'Égypte, ayant une frontière avec la bande côtière, ni l'ONU n'ont apporté de solution viable pour résoudre le conflit.

Au sein du gouvernement israélien, l'attitude à adopter face au Hamas et au djihad islamique palestinien divise. En témoigne la démission du ministre de la Défense, Avigdor lieberman, partisan d'une action musclée. Existe-t-il des raisons stratégiques pouvant expliquer la politique d'«apaisement» actuelle, contrairement à ce qui a prévalu en 2014?

Causes des récentes tensions: implosion du Hamas et rôle trouble de Mahmoud Abbas

Paradoxalement, le regain de violence auquel nous assistons est essentiellement lié à l'échec de la réunification palestinienne entre le Hamas, ayant pris le pouvoir par la force à Gaza, et l'Autorité Palestinienne (AP) de Mahmoud Abbas, en Cisjordanie. Le point d'achoppement principal étant que le Hamas ne veut pas remettre ses armes au gouvernement palestinien légitime. En guise de mesure de rétorsion, le Raïs palestinien a décidé de couper les vivres au mouvement islamiste en ne payant plus à Gaza ni les salaires des «fonctionnaires» ni l'électricité fournie par les israéliens.

Cela a eu pour conséquence de faire imploser le Hamas en différents groupuscules agissant de manière autonome. Il devenait donc urgent pour les dirigeants officiels de la milice islamiste de reprendre le contrôle de leurs troupes en organisant des actions visibles, telles la «marche du retour» ou les tirs de roquettes contre les localités israéliennes. Un message adressé à la fois à Mahmoud Abbas pour qu'il verse à nouveau les salaires et à Israël pour l'alimentation en électricité.

Il faut rajouter à cela, la reprise des attaques contre Israël par le djihad islamiste palestinien soutenu financièrement par l'Iran, qui était jusqu'à présent contenues par le Hamas.

Que faire pour que la situation change?

La levée du blocus aérien et maritime, conjointement mis en place par l'Égypte et Israël, ne peut se concevoir que si le désir de paix est réel de part et d'autre. Or, le Hamas et le djihad islamique, ne reconnaissant pas Israël, ont juré sa destruction.

Malgré cette situation, des centaines de camions israéliens acheminent tous les jours, en direction de la population de Gaza, des vivres et des matériaux divers dont l'essentiel est malheureusement détourné par le mouvement de la résistance islamique pour construire des tunnels offensifs, acheter des armes ou fabriquer des roquettes. En conséquence, tant que ces groupes terroristes feront la loi, tout ce que l'on peut espérer, ce sont des périodes d'accalmie de plus ou moins longue durée.

Pour déloger le Hamas du pouvoir, il serait nécessaire de pilonner massivement l'enclave et de lancer une opération terrestre, de plus grande envergure encore que celle de 2014, voire une réoccupation.

Avec les pertes humaines et les destructions que l'on peut imaginer, d'autant que les miliciens n'hésitent pas à se servir de leur population comme bouclier humain.

Même pour libérer la population de Gaza et faire cesser les attaques contre les civils israéliens, la communauté internationale ne laisserait jamais Tsahal atteindre ces objectifs. Et, le cas échéant, qui accepterait de gouverner Gaza en prenant la suite de l'État hébreu? Certainement pas Mahmoud Abbas. On est donc dans l'impasse.

Le Hamas ou l'Iran, quel danger choisir?

Aussi, malgré la situation sécuritaire intenable au sud du pays, avec le mécontentement sans cesse croissant de la population, les dirigeants israéliens sont confrontés à la quadrature du cercle. Assurer la sécurité de chaque citoyen israélien, juif, arabe ou druze tout en ne se lançant pas dans une opération qui risquerait de détourner le pays d'un danger bien plus grand.

En effet, le danger représenté par le Hamas est plutôt d'ordre tactique. Alors que celui représenté par l'Iran via la Syrie, le Hezbollah au Liban, avec ses 200 000 roquettes et missiles, ou encore le programme nucléaire de Téhéran, est d'ordre stratégique, menaçant l'existence même d'Israël.

C'est donc le contexte géopolitique qui a très probablement présidé à la décision mesurée du cabinet de sécurité israélien, en acceptant une énième trêve. De son côté, il serait suicidaire pour le Hamas de franchir les lignes rouges fixées par Israël, en commettant un méga-attentat, par exemple, car cela signerait sa fin quel que soit le prix à payer par l'État Hébreu. C'est ce type de considération qui permet de maintenir un statu quo entre les belligérants, mais pas de construire la paix.

Préserver l'alliance avec les pays sunnites

Un autre élément a dû peser dans la décision du premier ministre Benjamin Netanyahou. Dans la lutte contre la politique hégémonique perse, il y a une priorité absolue: préserver l'alliance de moins en moins officieuse avec l'Arabie saoudite, les monarchies du Golfe et Israël.

Même si les États arabes se détournent désormais de la cause palestinienne, lassés par le «jusqu'auboutisme» de leurs dirigeants, une nouvelle guerre à Gaza risquerait d'enflammer l'opinion publique et de rendre difficile la normalisation avec l'ancien ennemi.

Une solution à deux ou trois États?

Le plan de paix de Donald Trump tardant à être dévoilé, le président français, Emmanuel Macron, s'est dit prêt à aider à relancer les pourparlers de paix entre palestiniens et israéliens, en réaffirmant que la solution à deux États était incontournable.

Sur le terrain malheureusement on en est fort loin. Non pas tant en ce qui concerne la Cisjordanie qui, en dépit des problèmes de frontières réels avec Israël, est autonome et gouvernée par Mahmoud Abbas. Le vrai problème est à Gaza où le Hamas a édifié un Califat islamiste qui a bien peu en commun avec les aspirations nationalistes de l'AP.

Quel pays accepterait de recevoir 500 roquettes sans réagir?

Il est donc urgent, pour tous ceux qui sont sincèrement épris de paix pour cette région, de tenir compte de cette réalité incontournable: il existe aujourd'hui, deux entités palestiniennes irréductibles.

Ce n'est donc pas en condamnant perpétuellement la politique israélienne quel que soit le gouvernement, travailliste ou du Likoud, ou en demandant aux dirigeants israéliens de faire toujours plus d'efforts que l'on fera avancer les choses de manière substantielle. Car quel pays au monde accepterait de recevoir 500 roquettes et missiles sans réagir ou en le faisant avec «mesure»?

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