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09/02/2018 05:00 EST | Actualisé 28/02/2018 11:36 EST

« Soyons plus positives... Se prendre en mains... » : ce sont vos mots

Je suis infirmière auxiliaire et j’ai quitté l’hôpital public parce que j’étais à bout de souffle... je n’en pouvais plus de travailler comme un robot.

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Cher Monsieur Couillard,

Je suis infirmière auxiliaire et j'ai quitté l'hôpital public parce que j'étais à bout de souffle... je n'en pouvais plus de travailler comme un robot. Je me suis sentie abandonnée. Je n'étais plus capable de donner ces soins de piètre qualité à mes patients. Il fallait toujours aller vite. Le risque d'erreur augmentant après chaque heure de travail et de fatigue accumulée... C'était une véritable course au rendement. Il fallait compter les jaquettes, les gants, le nombre de puff de savon entre deux lavages de mains trop rapides... Je n'avais plus le temps d'être ce pour quoi je suis faite: être au chevet de mon patient, à l'écoute de sa détresse, de sa douleur... Je n'avais plus le temps de lui prendre la main et de l'accompagner dignement...

Toujours plus vite dans un système de soins qui est devenu un business... Je me suis essoufflée... j'ai puisé une force quotidienne dans la gratitude de mes patients, mais, ce n'était malheureusement pas suffisant...

Quand, après ton quart de travail, tu n'as pas le droit d'aller chercher tes enfants avant la fermeture du service de garde, parce que l'on t'oblige à rester travailler sous menace de sanctions disciplinaires... quand tu es épuisée, que ton cerveau fonctionne au ralenti, que tu te sens sale et que tu as faim: tu dois continuer, en larmes, à travailler pour un autre quart...

Nos patients ne sont pas des pneus que l'on remplace sur une auto... ce sont des humains dont nous prenons soin au quotidien...

Nos patients ne sont pas des pneus que l'on remplace sur une auto... ce sont des humains dont nous prenons soin au quotidien... Quand ils pleurent, quand ils angoissent, quand ils ont mal, que dois-je répondre à mes patients? « Je n'ai pas le temps? »

J'ai quitté l'hôpital public le cœur en miettes, car je me suis refusé de donner ce genre de service à mes patients, trop rapide et beaucoup trop dangereux... En effet, les soignants font chaque jour des erreurs de médication et ils doivent vivre avec ce stress permanent.

Pouvez-vous me dire, Monsieur le Ministre, quelle qualité de soins nous donnons dans ces moments-là? Soyons positives? Positive de ne pas embrasser mes enfants, encore une fois, ce soir à cause d'un TSO? Positive en détestant ma collègue qui a refusé de rester travailler cette nuit? Positives? Nous prendre en mains?

Avec tout mon respect Monsieur, nous sommes vos soldats, votre première ligne au combat contre la maladie, dans la prise en charge de nos ainés, de nos enfants et de nos citoyens les plus fragiles... Et ce n'est pas comme ça que l'on traite des soldats!

Votre dévouement est précieux, vos sourires apaisants sont importants... Ne lâchez pas!

À mes collègues infirmières, infirmières auxiliaires, préposées aux bénéficiaires, ou autres soldates de ce système gangréné... je vous salue, je vous soutiens, je vous remercie, je vous accompagne... Vous êtes ce premier visage que le patient voit quand il arrive paniqué et désemparé dans un hôpital... Votre dévouement est précieux, vos sourires apaisants sont importants... Ne lâchez pas! La population québécoise est avec vous, et contrairement à notre ministre, elle est infiniment reconnaissante...

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