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30/05/2018 09:00 EDT | Actualisé 30/05/2018 09:00 EDT

Les docteurs sont à bout de souffle eux aussi

Mesdames et messieurs, votre docteur, il est fragile lui aussi. C’est un être humain.

Getty Images/EyeEm

Avez-vous remarqué que, presque chaque jour, les médias nous bombardent d'un nouveau scandale concernant le salaire des médecins? Chaque jour, on nous parle d'une prime par-ci, une prime par-là... ou encore, on se rebelle contre leur éventuelle semaine de travail de quatre jours... Ces médecins qui sauvent nos vies, qui soignent, accompagnent, mettent au monde nos enfants, soulagent nos ainés. Ces docteurs sont pourtant à bout de souffle eux aussi...

Je travaille quotidiennement avec votre docteur, celui qui est disponible de jour comme de nuit, qui laisse sa famille les jours fériés pour être à votre chevet, celui qui prescrit et soigne, qui trouve des solutions et qui améliore nos vies.

On chiale sur son salaire? Connaissez-vous les immenses responsabilités qu'il porte sur ses épaules? Savez-vous que le gouvernement lui en demande encore plus chaque jour? Savez-vous à quel point son travail est exigeant physiquement et moralement? Savez-vous le nombre d'heures qu'il travaille chaque semaine? Savez-vous à quel point ses semaines sont chargées? Connaissez-vous le système de garde en milieu hospitalier, obligatoire, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, en alternance avec ses journées de clinique?

Au jour le jour, votre docteur, je le vois s'essouffler, je le vois craquer...

Au jour le jour, votre docteur, je le vois s'essouffler, je le vois craquer... Et pourtant, il continue de sourire et de prendre très grand soin de ses patients. Il ne compte pas ses heures. Il est toujours disponible pour vous. Ses enfants sont habitués à passer plusieurs jours sans le voir. Son conjoint gère, souvent seul, la vie familiale. Ce médecin peut être une mère de trois enfants en bas âge, ou avoir un parent qui lutte contre un cancer, ou bien encore être un père monoparental... Ce médecin a une vie privée, comme chacun d'entre nous. A-t-il des loisirs ou des passions?

De plus, combien d'années d'études acharnées lui aura-t-il fallu pour en arriver là? À quel point s'est-il endetté et qu'a-t-il sacrifié?

On ne se pose même pas la question...

On le pense surpuissant... on se dit qu'il ne ressent pas les choses, que par son travail, il s'est habitué... Il peut tout entendre et tout encaisser. On peut lui en demander encore et encore. Il est médecin après tout!

Pourtant, mesdames et messieurs, votre docteur, il est fragile lui aussi. C'est un être humain.

Il est ce héros qui essaye d'écoper l'eau dans un navire en plein naufrage...

Chaque jour, je rame à ses côtés et jamais je ne me dis : « hey, un médecin, ça gagne beaucoup trop d'argent ».

Est-ce qu'on pourrait le laisser respirer? Le laisser travailler? Arrêter de ternir ce beau métier et démotiver les jeunes à s'engager dans cette voie? Qui va nous soigner demain? Qui aura encore le courage de naviguer dans une tempête médiatique si intense?

Le docteur mérite notre reconnaissance et notre respect. Qui lui demande comment il va? Si vous croisez un médecin aujourd'hui, vous pouvez lui sourire et lui dire merci. Parce que, croyez-moi, lui aussi a besoin d'être soutenu et encouragé...