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11/02/2016 11:50 EST | Actualisé 11/02/2017 05:12 EST

Les 100 premiers jours de Justin Trudeau en trois actes

Encore plus que son père, Justin Trudeau semble aimer les mises en scène bien planifiées, les acteurs ayant du coffre et les dénouements qui surprennent le spectateur.

Acte 1. L'élection

Nous le savions, la politique c'est du théâtre. D'autant plus que le nouveau premier ministre du Canada s'est fait connaître en partie dans la série documentaire The Great War.

Encore plus que son père, Justin Trudeau semble aimer les mises en scène bien planifiées, les acteurs ayant du coffre et les dénouements qui surprennent le spectateur. C'est un peu l'impression que nous donnent les 100 premiers jours de Justin Trudeau. En science politique, on parle de la lune de miel qui accompagne toujours l'arrivée d'un nouveau gouvernement au pouvoir. Il faut le souligner, les libéraux de Justin Trudeau ont surpris tout le monde, y compris les sondeurs, en obtenant un mandat majoritaire.

Manifestement, les Canadiens voulaient passer à autre chose après dix années avec les conservateurs-réformistes de Stephen Harper. Justin Trudeau a récolté des appuis dans toutes les régions du Canada, ce qui lui a permis de former un gouvernement majoritaire. Le choix des membres de son cabinet a aussi été un beau moment de télévision, une entrée en scène toute à l'américaine, grandiose et exécutée avec brio sur fond de couleurs d'automne.

Un cabinet avec des ministres venant de toutes les provinces, un bel équilibre hommes-femmes et de nouveaux visages venant de différents groupes sociaux - tout cela est certainement à l'honneur du deuxième plus jeune premier ministre de l'histoire du Canada.

Acte 2. Les promesses

Ses conseillers et spécialistes en communication ont voulu frapper un grand coup dès le départ. L'ambitieux projet d'amener au Canada 25 000 réfugiés syriens avant Noël était de toute évidence irréaliste, mais qu'importe, «the show must go on»!

Pendant que tous les bons citoyens s'affairaient à préparer les tourtières de Noël et leur menu du Jour de l'an, tous les ministres et membres du gouvernement Trudeau sont venus à tour de rôle nous dire que le Canada accueillerait tous ces réfugiés sans problème. La politique, c'est aussi savoir faire rêver. Malgré les doutes des spécialistes en immigration, des fonctionnaires, des premiers ministres provinciaux et des maires des grandes villes canadiennes, rien n'arrêta Justin Trudeau. L'Épiphanie est arrivée le 6 janvier comme chaque année et, à ce moment à peine plus de 10 000 réfugiés avaient foulé le sol canadien.

Aujourd'hui, plusieurs maires, dont celui de Toronto, demandent un répit, car leurs villes ne peuvent trouver de logements pour tous les réfugiés qui sonnent à leur porte. Sur toute cette question de l'accueil des réfugiés, l'improvisation a semblé malheureusement au rendez-vous même si les objectifs demeurent louables et généreux.

Acte 3. Canada is back?

Justin Trudeau n'a cessé de répéter que le Canada allait redevenir un acteur majeur sur la scène internationale. En guise d'ouverture, il a remis le magnifique tableau de Pellan à l'entrée du ministère des Affaires étrangères. Bravo! Toutefois, le retrait du Canada de la coalition visant à combattre l'État islamique et le terrorisme, ses positions sur le projet de pipeline Énergie Est dont personne ne veut - les États-Unis d'Obama ont pourtant été clairs à propos du projet Keystone - ou encore la révision des contrats de défense, tout cela trahit un manque d'inspiration évident.

On a senti que Justin Trudeau perdait ses moyens lorsque les enjeux devenaient importants; ses réponses demeurent souvent vagues et imprécises sur ces sujets. Justin Trudeau est-il en train de faire marche arrière, de laisser les autres se battre à la place du Canada, de faire passer ses intérêts partisans avant ceux du pays, et du Québec dans le cas du projet Énergie Est, et de laisser un ressortissant canadien, Raïf Badawi, croupir aux mains de geôliers saoudiens pour des motifs commerciaux? Pourtant, il avait promis en campagne électorale que le Canada serait là pour parler de développement durable, de droits de la personne et de développement international. Est-ce vraiment le retour en force du Canada moral sur la scène internationale? Il reste ici beaucoup de travail à faire avant que l'on sache à quelle enseigne loge vraiment Justin Trudeau.

Tout le monde a déroulé le tapis rouge pour le nouveau premier ministre du Canada, les caméras et les autoportraits ont été au rendez-vous. Mais, il nous reste à entrer dans la salle afin de voir si la pièce et les acteurs sont méritoires et si le coût de la dernière élection fédérale en valait la chandelle. Les journalistes et critiques qui ont regardé les premières scènes de l'ère Trudeau 2 sont demeurés plutôt tièdes sur ces 100 premiers jours. Je suis de ceux-là, vous l'aurez compris! Justin Trudeau a au moins quatre ans pour se reprendre.

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