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05/11/2013 11:49 EST | Actualisé 05/01/2014 05:12 EST

Je ne donnerai pas à Movember

Le mois de novembre est commencé et avec lui c'est le retour des moustaches du Movember. Cette campagne de sensibilisation sur la santé masculine est une idée qui est saluée par plusieurs, et chaque année de nombreuses personnalités publiques prennent part à cette campagne.

Si l'idée de créer des discussions sur le sujet de la santé masculine me semble une bonne idée a priori, je reste avec un profond malaise lorsque vient le temps de solliciter des dons en lien avec cette campagne. En effet l'an passé la campagne Movember au Canada a amassé une somme totale de 42 millions de dollars. Alors qu'une très petite somme de cet argent sert à financer les activités administratives du groupe, on peut légitimement se demander, mais à quoi sert tout cet argent ?

Movember Canada affirme que les dons recueillis sont distribués à différents organismes s'adressant à la santé masculine selon quatre priorités, la sensibilisation, la vie avec le cancer et après celui-ci, la santé mentale et finalement la recherche. En fouillant en profondeur, on constate que la majorité des fonds sont destinés à la recherche et qu'au Canada aucun organisme en santé mentale n'est subventionné par Movember.

Voilà le problème : pourquoi doit-on subventionner la recherche ? Les subventions à la recherche tout comme les actions d'accompagnements durant le traitement d'un cancer sont des actions qui relèvent des responsabilités étatiques. Au Canada, la santé est complètement prise en charge par l'État et financée par les impôts payés collectivement. Le même constat se pose avec la recherche universitaire et les subventions à la recherche. Le réseau universitaire est l'instrument collectif à notre disposition pour faire avancer la recherche !

Alors, pourquoi donnons-nous ? Est-ce parce qu'on trouve que nos institutions ne sont pas assez financées ? Si oui, ne vaudrait-il pas mieux demander directement à l'État d'augmenter le financement ? L'État étant constamment à la recherche de moyen pour diminuer ses dépenses risque-t-il de voir dans notre générosité une occasion pour se désengager? Il serait étonnant que les gens contribuent à la recherche dans le but de voir l'État se désengager de ses responsabilités sociales. Pourtant, par le passé, l'État ne s'est pas gêné. Dans son budget 2011-2012, le gouvernement voulait augmenter les revenus des universités notamment par la philanthropie. On demandait aux universités de recueillir 50% plus de dons de particulier en six ans. Un tel procédé nie la responsabilité qui incombe à l'État d'assurer lui-même le bon financement de ses institutions. Il aurait été facile de prélever les 54 millions supplémentaires par un relèvement de l'impôt à peine perceptible tout en respectant la capacité de payer de chacun. Mais non, le gouvernement préférait miser sur une solution qui n'a aucune assurance de perdurer dans le temps. De plus, rien n'assure que les contributions seront réparties de façon équitable à travers la société comme c'est le cas grâce à l'impôt.

Je crois que la philanthropie ne devrait jamais servir à entretenir nos services publics. Donc je ne donnerai pas au Movember, non pas parce que la santé masculine ne m'intéresse pas, mais parce que je crois que l'on fait déjà notre juste part en payant des taxes et des impôts. Si nous jugeons que ces causes doivent être mieux financées, c'est au gouvernement qu'il faut s'adresser, c'est à lui d'en prendre la responsabilité collective.

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