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28/02/2015 08:21 EST | Actualisé 30/04/2015 05:12 EDT

Les cégeps, un fleuron du système d'éducation québécois à redynamiser

Le cégep est une invention québécoise qui mérite de continuer d'exister, mais qui nécessite qu'on le redynamise notamment en y réinvestissant massivement et en modifiant la formation générale pour y ajouter un cours d'histoire national obligatoire.

Fondé en 1968 par nulle autre que Paul Gérin-Lajoie, alors ministre de l'Éducation au Québec, le niveau collégial a su, à travers les dernières décennies faire les preuves nécessaires de toute sa pertinence et son importance.

À l'heure où l'exode vers les grandes villes et où l'instruction est plutôt vu comme un mal nécessaire avant d'entrer sur le marché du travail, certains plaident pour un changement majeur de l'institution qu'est le cégep, et même leur abolition! Les jeunes du Parti québécois jugent que cette vision étroite de notre système d'éducation postsecondaire doit être dénoncée. En ce sens, nous croyons qu'il est nécessaire de combattre ceux qui souhaitent mettre à mal ce fleuron de la nation québécoise.

Un mal financement récurrent

La baisse de l'effectif étudiant au collégial a affecté plusieurs cégeps au cours des dernières années, plus particulièrement ceux en région. Ces baisses ont un impact direct sur les ressources financières allouées aux cégeps et peuvent par conséquent avoir des impacts sur leur offre de formation et de services aux étudiants.

D'ici 2020, un cégep comme Baie-Comeau perdra 30 % de son effectif. Gaspé et Matane, 20 %. Saint-Félicien, 15 %, tout comme Chicoutimi. La problématique se répercute aussi dans les régions avoisinantes des grands centres, qui deviennent des pôles d'attraction très puissants. Il faut donc adresser des solutions concrètes, maintenant, aux problèmes criants que nous subirons dans les prochaines années.

Étant un pôle de développement économique et social, notamment en région, il faut s'assurer que leur maintien n'est pas menacé. En ce sens, le CNJPQ propose :

1) Octroi de bourses à la mobilité entre le secondaire et le cégep, et entre le cégep et l'Université

Il faut mettre en place des bourses incitatives des grands centres vers les régions et des bourses incitatives pour le maintien des étudiants en région. En effet, un programme de mobilité mettant en place des incitatifs financiers pour un retour vers les régions ou un départ vers une région serait l'une des manières d'attirer davantage d'étudiants hors des grands centres et permettant ainsi une stabilité de l'effectif pour ces établissements.

2) Mise sur pied d'un programme de promotion permanente de mobilité régionale dès le secondaire

Ce programme de mobilité permanent aurait pour principale mission d'équilibrer l'effectif étudiant et d'accroitre l'attrait des cégeps en région auprès des jeunes des grands centres urbains comme Montréal et Québec.

Notre culture au sein de nos institutions

Cours d'histoire

Le politologue Henry Milner a démontré que les pays où le taux de vote des jeunes est le plus élevé sont également ceux où les jeunes étaient les mieux informés, lisent le plus, connaissent le mieux leur société et le fonctionnement de ses institutions démocratiques. Ce sont les pays où les « compétences civiques » sont les plus développées.

En ayant une culture générale riche et diversifiée, nous pourrons donc compter sur des jeunes citoyens informés et critiques. Des jeunes à même de comprendre leur milieu de vie, de connaître leurs institutions démocratiques, mais aussi des jeunes qui s'imprègnent de leur passé et qui auront une plus grande emprise sur notre avenir collectif.

L'enseignement de l'histoire nationale est primordial. Il participe au développement de notre mémoire collective et offre les outils nécessaires aux jeunes de s'affirmer en tant que citoyens. C'est pourquoi le CNJPQ est l'un des défenseurs de la première heure de l'idée d'ajouter un cours d'histoire nationale obligatoire au cursus collégial.

Langue française

Par ailleurs, il faut admettre que ces efforts se développent dans un contexte particulièrement exigeant où différents facteurs liés à la mondialisation viennent transformer la nature des rapports que la société québécoise entretient autant avec elle-même qu'avec un environnement dont les frontières tendent à s'estomper : pensons, entre autres, à l'ouverture des marchés, à la présence de plus en plus forte des réseaux sociaux, aux effets de la mobilité accrue des populations et des apports de l'immigration sur la composition et la dynamique des sociétés.

La loi 101 a établi au Québec un système unique d'éducation en français, tout en maintenant un réseau spécifique pour sa communauté anglaise. Plusieurs souhaitaient que la loi 101 embrasse le niveau collégial. À défaut, le projet de loi 14 s'assure que les étudiants qui obtiennent un diplôme d'études collégiales dans un cégep anglophone aient une réelle maîtrise du français. Cette mesure concrétise le principe clair qui veut que le français soit le point de rencontre entre toutes les composantes de la société québécoise. Aussi, la préférence accordée aux membres de la communauté historique anglophone dans les cégeps anglophones rappelle que ces institutions sont précisément des institutions communautaires.

Recherche au cégep

Lorsque l'on pense à la recherche, on pense immédiatement à des professeurs dans nos universités. Malheureusement, nous oublions trop souvent que nos cégeps sont aussi des hauts lieux de savoir où les enseignants font de la recherche dans divers domaines, dont les domaines techniques. Après tout, les enseignants possèdent pour la plupart une maitrise dans leur domaine d'étude ce qui fait qu'ils sont aptes à produire des recherches de qualité tout aussi valable que des recherches universitaires.

Les cégeps ne sont donc pas que des institutions d'enseignements, mais aussi des centres de recherche qui sont ancrés dans leur milieu qu'il soit urbain ou rural. Il serait donc une erreur de les fermer puisque nous nous passerions d'un apport en recherche différente que celle produite dans nos universités. De plus, il faudrait accroitre le soutien à la recherche dans les cégeps puisqu'il s'agit souvent d'un secteur trop souvent négligé.

Le cégep a fait ses preuves

Finalement, le cégep est une institution qui a fait la démonstration de sa pertinence depuis leur création. Ils ont permis de rendre les études postsecondaires accessibles à un plus grand nombre de Québécois grâce notamment aux secteurs techniques et aux frais de scolarité bas. De plus, la présence de cégeps en région éloignée a permis de maintenir des jeunes dans ses régions et d'y créer de l'expertise dans certains domaines. Les cégeps ont aussi permis d'éduquer nombre de Québécois, notamment grâce à la formation générale obligatoire, qui ne se rendent pas nécessairement à l'université. Le cégep est donc une invention québécoise qui mérite de continuer d'exister, mais qui nécessite qu'on le redynamise notamment en y réinvestissant massivement et en modifiant la formation générale pour y ajouter un cours d'histoire national obligatoire.

Ce texte est cosigné par Guillaume Rousseau, conseiller du comité national des jeunes du Parti québécois, et Stéfanie Tougas, vice-présidente au contenu du comité national des jeunes du Parti québécois.

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