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06/06/2018 09:00 EDT | Actualisé 06/06/2018 09:00 EDT

Achat de Trans Mountain: une dépense d’infrastructure réellement prometteuse

Voilà enfin une décision montrant de l’envergure pour Justin Trudeau.

Chris Wattie / Reuters
Justin Trudeau

Le nouveau leader d'Arabie Saoudite, Mohamed Ben Salmane inspire certains espoirs en matière de droits de l'homme, et encore plus de la femme. Toutefois, là où il semble le plus crédible, c'est dans son estimation du temps restant à l'ère de consommation de pétrole au niveau où nous le connaissons depuis l'après-guerre. Après tout, quiconque aspire à diriger le pays produisant le plus de pétrole au monde et disposant des deuxièmes plus grandes réserves prouvées se doit d'avoir approfondi la question. Or, celui qui tire désormais les ficelles à Riad considère disposer de seulement encore vingt ans de production avant de devoir se tourner vers des revenus différents pour maintenir son mode de vie. Et, logiquement, il compte sur cet argent pour s'assurer d'aller vers ... des voies ensoleillées.

Cela peut sembler peu de temps. Par contre, si l'on considère que le temps est de l'argent comme le veut l'adage, cela peut également représenter une fortune. C'est justement ce que Justin Trudeau semble avoir compris. Depuis son entrée en politique, il n'a jamais dérogé de sa position voulant qu'il soit impératif d'exporter plus rapidement et facilement le pétrole albertain. Il n'a pas été suffisamment efficace à cette tâche, disent ses détracteurs, mais le rachat du fameux pipeline Trans Mountain à Kinder Morgan prouve néanmoins, vu le niveau de critiques prévisible, un haut degré de motivation face à cette problématique d'exportation du pétrole. Une nationalisation déplaira à droite pour ce que ce mot représente en soi, et sera condamnée par la gauche parce que supposément néfaste à l'environnement. Sans compter les hauts cris sur les champs de compétence des provinces, qui pourraient subir conséquemment de graves contrecoups.

Pourtant, il y va, et cela est la chose à faire.

N'en déplaise aux grandes fortunes de ce monde, les peuples doivent recevoir une grande partie des revenus des ressources naturelles, surtout pour ce qui touche l'énergie, où le risque est moindre.

N'en déplaise aux grandes fortunes de ce monde, les peuples doivent recevoir une grande partie des revenus des ressources naturelles, surtout pour ce qui touche l'énergie, où le risque est moindre. Si certains États semblent pouvoir s'en priver et compter simplement sur des retombées de l'acabit de ceux des différents autres domaines d'activité économique, c'est généralement parce qu'ils comptent parmi les multinationales de chez eux, une quantité intéressante qui jouit justement du fait que les pays pourvus en ressources ne recourent pas à ce stratagème et fassent ainsi hausser leurs coûts. De toute façon, il n'y a qu'à penser à Hydro Québec pour comprendre qu'une nationalisation dans le domaine de l'énergie n'est pas par définition un désastre à la Nicolas Maduro! Surtout quand on parle simplement d'un outil de transport et non de la substance en soi, et que sa revente au privé soit d'emblée annoncée.

N'en déplaise aussi à ceux qui voudraient que nous nous privions des revenus de l'or noir par souci environnemental alors que la demande mondiale est encore aussi forte. Aller en ce sens équivaudrait tout simplement à offrir à d'autres, probablement moins compétents et bien intentionnés, les possibilités de développement venant avec une telle manne, qui peuvent aussi bien être du domaine de la protection de l'environnement, en passant (je me demande d'ailleurs pourquoi n'entend-on pas plus parler de l'entreprise qui a inventé un appareil fait pour retirer le co2 de l'air!). Nous vivons dans un système de relations internationales basé sur la compétition, et en faire fi est irresponsable sur tous les plans. Nous devons croire en notre capacité de faire ce qu'il y a de mieux en tant que peuple.

Concernant les compétences des provinces, il y a pire que de forcer un passage de pipeline et surtout quand son tracé est déjà occupé par un plus vieux! Ne serait-ce qu'en santé, se débarrasser d'une partie des milliers de fonctionnaires de la santé auxquels pratiquement personne n'a jamais eu affaire au profit de transferts plus généreux pour les provinces qui assurent la quasi-entièreté du service serait un début!

Voilà enfin une dépense concrète pour tous ces milliards de déficits. Voilà qui sera une infrastructure réellement féconde. J'irais même jusqu'à dire: voilà enfin une décision montrant de l'envergure pour Justin Trudeau.