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02/08/2016 08:23 EDT | Actualisé 02/08/2016 08:23 EDT

La crucifixion de Fethullah Gülen

Je suis ébranlé par l'accusation du, président de la Turquie, qui accuse ce sage turc d'avoir fomenté le tout récent putsch militaire.

Je suis ébranlé par l'accusation de Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie, qui accuse Fethullah Gülen d'avoir fomenté le tout récent putsch militaire.

Je suis ébranlé parce que je connais l'œuvre de ce sage turc, j'ai étudié ses écrits, et j'ai appris comment il perçoit sa mission dans la société. Théologien catholique engagé dans le dialogue interreligieux, étudiant dévoué de la pensée musulmane contemporaine et admirateur de Fethullah Gülen, je me sens obligé de dénoncer fermement l'idée absurde que ce dernier soit instigateur de violence.

La solidarité des catholiques avec les adeptes des autres religions vouées à la justice et la paix, est un phénomène récent; elle se fonde sur le nouvel enseignement de l'Église catholique issu du Deuxième concile du Vatican (1962-65). En tant que théologien conciliaire, j'ai même eu l'honneur de participer à la rédaction de Nostra aetate, la déclaration du Concile qui définit cette nouvelle approche envers les religions non-chrétiennes: le respect, le dialogue, l'appréciation des valeurs communes et la coopération en faveur du bien commun.

Depuis quelques années, j'ai étudié le mouvement du renouveau (al-nahda) des penseurs musulmans ouverts à la démocratie et au pluralisme tout en demeurant fidèles à la substance de leur foi. Ces penseurs se considèrent à la fois modernes et orthodoxes. Les théologiens catholiques se sont attaqués à un semblable sujet au 21e siècle. Ils voulaient, eux aussi, être modernes et orthodoxes. Leurs écrits ont affecté le nouvel enseignement du Deuxième concile du Vatican.

Fethullah Gülen fait partie du mouvement du renouveau al-nahda. Pour lui, l'islam est essentiellement une religion, le culte de Dieu, qui appelle les croyants à être bons et à faire du bien dans leur société. Gülen met l'accent sur les versets du Coran qui exigent que le peuple soit honnête et bienfaisant, et contribue à bâtir une société juste et paisible. Selon cet homme de prière, le Coran contient toute une éthique citoyenne. Au nom de l'islam, le sage turc prône l'éducation, la productivité, le dialogue avec les sciences et l'amitié universelle. Ce sont là les vertus promues par Hizmet, le Mouvement Gülen. Basé sur la foi musulmane, Hizmet est un mouvement d'éducation. Il est bien évident que Hizmet inspiré par la foi n'a aucune affinité avec la laïcité et l'esprit séculier de la clique militaire qui a monté la révolte.

Gülen ne s'est jamais mêlé de politique. Il voit les partis politiques arriver et disparaître, alors que l'islam perdure. Puisque lui-même et son mouvement promeuvent honnêteté et justice, et osent questionner ce qui se passe aux gouvernements et aux partis politiques, ils ont été dénoncés par plusieurs gouvernements comme ennemis de l'État.

Depuis quelques années, certains journalistes associés à Hizmet ont attiré l'attention du public sur la corruption et l'autoritarisme croissant du gouvernement d'Erdogan, observations qui ont provoqué l'hostilité du président turc envers Hizmet.

Ce mouvement est devenu le bouc-émissaire pour tous les problèmes non-résolus de la société turque. Et voilà que Gülen, le sage spirituel, se voit lui-même accusé d'être l'instigateur du putsch. Je trouve cette accusation absurde.

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