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19/04/2019 06:00 EDT | Actualisé 13/05/2019 16:39 EDT

Tiger Woods: coupable d'être un homme

Plusieurs se seraient retirés, mais c'était mal connaître ce battant naturel gratifié d'une force de caractère hors de l'ordinaire, clé du succès de chaque athlète ayant atteint les plus hautes sphères de la réussite.

AP Photo/David J. Phillip)
Tiger Woods réagit alors qu'il remporte le tournoi de golf Masters, le dimanche 14 avril 2019, à Augusta, en Géorgie.

Les plus âgés se souviendront de ce tout petit garçon qui à l'âge de deux ans à peine, avait impressionné l'Amérique sur le plateau de The Mike Douglas Show, frappant la balle avec l'aplomb apparent d'un surdoué.

Il devint des années plus tard, tel un mâle alpha prodige dominant les hordes mondiales de sa discipline, le plus grand golfeur de tous les temps, supplantant clairement les dieux du passé à ce chapitre, Arnold Palmer et Jack Nicklaus en tête.

Puis, ce fut la descente aux enfers.

En cette époque où le masculin est devenu un être policé, condamné à la perfection par le féminisme ambiant, Woods, personnage hétérogamétique idolâtré s'il en était un, offrait le profil rêvé du bouc émissaire puisé à même le star-système.

Époux modèle à première vue, mais à la libido insatiable à la John F. Kennedy, sa propension aux conquêtes féminines —révélée par l'une de ses flammes en mal de jaunisme —révolta sa conjointe avec force raison.

Il n'en fallut pas plus à la machine moraliste intéressée pour se mettre en marche, sensationnalisme médiatique rapportant les frasques matrimoniales du superhéros-contrevenant dans leurs moindres détails, garants de tirages et de cotes d'écoute astronomiques.

Mais davantage de sa déchéance inévitable, typique chez tout montré du doigt masculin d'exception ayant osé indisposer le sexe opposé, victimisé à outrance par l'ordalie actuelle. Laquelle minimisa d'emblée les gestes de violence posés par madame Woods, l'accablée à l'égard du monstre-adultère, dont le mari avait pourtant été retrouvé blessé et inconscient à l'intérieur de son véhicule de fuite le soir de la découverte du pot aux roses.

Devenu figure de proue de ses pairs du même sexe déjà étiquetés par ce lobby du changement à titre d'êtres toxiques, harcelé par la presse, abandonné par nombre de ses fans, largué par ses commanditaires, Woods découvrit avec stupeur l'univers glauque et sans issue du personnage masculin réprouvé, porteur des tares de l'individu contre-modèle contemporain.

S'ensuivit le versement dans le dédale psychosomatique relevé maintes fois chez le masculin occidental en crise — caractérisé par l'utilisation de substances — seule façon de se sentir vivant et ainsi existant à l'intérieur des affres de l'autodafé. Ainsi que de soulager, dans son cas, un mal sciatique persistant, augmenté assurément par le stress inhérent à la mise au ban collective de sa personne, pour crime... d'infidélité.

Visiblement affecté psychologiquement et physiquement, il tenta de se maintenir vainement sur le circuit durant des années.

Mais l'homme n'était plus que l'ombre de lui-même; on le vit rater des coups de départ et d'approche ainsi que des roulés qui lui semblaient élémentaires par le passé. Le monde du golf en était désormais convaincu: la carrière de Tiger était terminée. Plusieurs se seraient retirés pour de bon, acceptant avec fatalité, tels les Hollywoodiens autrefois déchus par le maccarthysme, leur sort de paria fabriqué.

C'était mal connaître ce battant naturel gratifié d'une force de caractère hors de l'ordinaire, clé du succès de chaque athlète ayant atteint les plus hautes sphères de la réussite.

Épaulé par sa mère, motivé par la volonté de démontrer à ses enfants que leur père, malgré ses défauts, n'avait rien d'un misérable, soutenu contre vents et marées par Nike, seul commanditaire ayant refusé de participer à «l'inquisition Woods», l'homme se reprit en mains.

Des thérapies vouées à contrôler ses pulsions sexuelles et à vaincre celles liées aux substances furent inscrites au plan de match, auxquelles furent greffées plusieurs opérations chirurgicales au dos. La lumière au bout du tunnel de l'ostracisme rejaillit ainsi progressivement, au point de convaincre Woods, maintenant reprogrammé, que l'heure était venue de tirer un trait définitif sur le passé. Et de se concentrer de nouveau sur ce qu'il fait de mieux: jouer au golf.

ASSOCIATED PRESS

Si sa victoire au Masters représente un fait d'armes extraordinaire, elle n'est que l'aboutissement d'une longue réadaptation encore plus remarquable, celle d'un homme coupable d'être un homme, qu'un certain courant dogmatique vindicatif n'aura pas réussi, pour une rare fois, à détruire.

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