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28/12/2018 06:00 EST | Actualisé 13/05/2019 16:38 EDT

Hockey contemporain: la robotisation de l'athlète

Bobby Orr pense que nos jeunes hockeyeurs ne semblent plus s'amuser comme autrefois.

Boris Spremo via Getty Images
Bobby Orr, en 1976.

Nous nous souvenons tous de l'ère bénie de notre sport national. Jusque dans les années 1990, le Québec, perçu comme la Mecque du développement des joueurs d'exception, gratifia la Ligue nationale de hockey de nombre de supervedettes ainsi que d'attaquants et de défenseurs de calibre supérieur qui marquèrent à jamais leur discipline.

De Maurice Richard à Mario Lemieux, en passant notamment par Doug Harvey, Jean Béliveau, Yvan Cournoyer, Gilbert Perreault, Serge Savard, Guy Lafleur, Marcel Dionne, Mike Bossy, Denis Savard, Raymond Bourque, Michel Goulet, Luc Robitaille, Martin St- Louis et finalement Vincent Lecavalier.

Puis, plus rien.

Le même phénomène étant observé à l'échelle canadienne: bien que nos compatriotes Sidney Crosby, Connor McDavid, Nathan McKinnon et Shea Weber soulèvent parfois les foules, ils peinent à nous rappeler les grandes époques où Gordie Howe, Bobby Hull, Bobby Orr et Wayne Gretzky dominaient littéralement leurs adversaires, sinon les performances d'autres très grands joueurs tels Mark Messier, Larry Robinson, Darryl Sittler, Denis Potvin, Mike Gartner, Paul Coffey, Scott Stevens et Brett Hull, pour ne nommer que ceux-ci.

Plusieurs facteurs sociaux ont été mis de l'avant pour tenter d'expliquer la terminaison (soudaine) de cette production québécoise et canadienne de joueurs dominants. Y figurent par exemple la technosédentarité constatée chez nos jeunes depuis plus d'une vingtaine d'années, les coûts désormais exorbitants liés à la pratique du jeu de hockey organisé, ainsi que la dénatalité à laquelle notre territoire n'échappe pas, à l'image de nombreux pays occidentaux.

J'étais impatient de me retrouver sur la glace, à l'entraînement... Enfant, je passais le plus clair de mon temps à lancer des rondelles ou jouer dans les aires de stationnement, ainsi que sur la rivière ou la baie glacées. Bobby Orr

Toutefois, et comme le souligne Bobby Orr, on semble accorder peu d'importance à l'avènement malencontreux du coach-technicien, fier promoteur d'un système de jeu hermétique certes engageant, mais qui condamne le très jeune joueur (ainsi robotisé) à la mise à l'index de toute forme de créativité et d'improvisation. Contrevenant ainsi à son développement naturel au profit de la fausse conviction selon laquelle l'adoption du hockey à la soviétique était inévitable, de par les difficultés rencontrées par l'équipe canadienne lors de la Série du Siècle (1972).

Getty Images
Bobby Orr

La raclée subie par l'équipe canadienne à son tout premier match, aux mains des Soviétiques, par le compte de 7 à 3 (en plein Forum de Montréal, ô sacrilège!) s'est avérée éloquente en termes de retard de notre pays face à ceux qui pourtant «étaient venus apprendre» en notre sol... mais qui nous firent plutôt la leçon, estimèrent les spécialistes.

S'ensuivit une prise de position dans les milieux de hockey de chez nous, où il fut décrété qu'à l'avenir, le système de jeu prendrait le pas sur l'autodéveloppement du jeune joueur qui, jusque-là, peaufinait quasi librement ses aptitudes dans les rangs mineurs, et ce, au gré de son instinct, de sa finesse et bien sûr, de ses qualités d'athlète parfois surdoué.

Boston Globe via Getty Images

Grossière erreur, renchérit Orr. Il affirme que s'il avait été contraint d'évoluer dans un environnement à ce point schématisé, voire paralysant à ses débuts alors que contraire à l'épanouissement de ses habiletés, il n'aurait assurément pas accédé aux rangs juniors majeurs... à l'âge de 14 ans seulement! Pas plus qu'il n'aurait dominé par la suite au niveau professionnel, puisqu'aucun technicien, derrière le banc, ne lui aurait permis de déroger à son sacro-saint système.

L'ex-capitaine des Generals d'Oshawa, puis joueur étoile des Bruins de Boston, ajoutant que nos jeunes hockeyeurs ne semblent plus s'amuser comme autrefois, tout en déplorant au passage l'absence de ceux- ci à la patinoire du parc du quartier.

L'ex-capitaine des Generals d'Oshawa, puis joueur étoile des Bruins de Boston, ajoutant que nos jeunes hockeyeurs ne semblent plus s'amuser comme autrefois, tout en déplorant au passage l'absence de ceux- ci à la patinoire du parc du quartier, dans les aires de stationnement ou dans la rue ou la ruelle où se pratiqua longtemps le hockey-bottes avec une balle de tennis, comme sur les rivières ou lacs glacés, espaces multiples où le célèbre Numéro 4 développa en grande partie son immense talent.

Autres temps, autres convictions... Reste que l'analyse de celui que plusieurs considèrent être, à juste titre, le plus grand joueur de tous les temps, mérite qu'on s'y attarde, compte tenu de l'effritement du bassin de joueurs d'exception qui caractérise maintenant notre collectivité d'un océan à l'autre, au détriment d'un jeu de hockey sur glace professionnel nord-américain qui, en mal de supervedettes et autres athlètes prodigieux issus de nos propres contrées, a nettement perdu de son lustre d'antan.

Getty images
Bobby Orr, ancien joueur des Bruins de Boston, observe le retrait de son numéro au Boston Garden le 9 janvier 1979.

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